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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2301947

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2301947

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2301947
TypeDécision
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2023, M. C A, représenté par Me Ghaem, avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui donner un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai qui n'excède pas cinq jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un récépissé portant trace de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour dans un délai qui ne saurait excéder huit jours sous astreinte de 5 00 euros ;

3°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est placé en situation de précarité puisqu'il ne peut travailler sans être régularisée et l'expose à une mesure d'éloignement alors qu'il est marié avec une ressortissante française ;

- la condition d'utilité est remplie dès lors qu'il a droit à un titre de séjour ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- il n'existe aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissante rwandais, a présenté une demande de titre de séjour réceptionnée par la préfecture de Mayotte le 13 février 2023. En l'absence de réponse M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui octroyer un rendez-vous afin de bénéficier d'un titre de séjour sollicité.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a tout d'abord déposé sa demande de titre de séjour par le site internet de l'administration numérique des étrangers en France mais s'est vu opposer le message constant de la préfecture de Mayotte à savoir " qu'il n'existe plus de plage horaire libre pour la demande de rendez-vous ", et qu'il est indiqué que le demandeur doit recommencer ultérieurement. Le 2 février 2023, le conseil du requérant par voie de courrier recommandé a présenté une demande de titre de séjour, réceptionnée le 13 février de la même année par les services préfectoraux. M. A a par ailleurs adressé de multiples courriels aux services de la préfecture de Mayotte, mais sans obtenir de réponse satisfaisante. Dans ces conditions, dès lors, d'une part, que M. A justifie avoir effectué deux tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine de présenter une demande de titre de séjour et qu'au surplus les services de la préfecture ne l'invitent pas à renouveler sa tentative ni ne lui indiquent la démarche qu'il devrait suivre dans sa situation, d'autre part, que, compte tenu de l'ancienneté de sa présence sur le territoire de Mayotte, de la réalité et de l'ancienneté de sa relation avec une ressortissante française, Mme B, avec laquelle, au demeurant il est marié depuis le 19 mars 2022, et qu'il justifie de l'existence d'une communauté de vie avec cette personne depuis l'année 2017. M. A établit aussi de sa parfaite intégration pour avoir détenu une autorisation de travail pendant un temps et avoir bénéficié d'un contrat de travail et qu'actuellement, outre qu'il participe à des missions de traducteur auprès des services de police, il occupe un emploi de vendeur qu'il risque de ne pouvoir conserver, faute pour lui de voir sa situation régularisée. Ainsi, l'intéressé doit être regardé comme justifiant, dans les circonstances particulières de l'espèce, de ce que sont remplies les conditions mentionnées à l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de communiquer à M. A, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous pour qu'il puisse présenter une demande de titre de séjour. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a pas lieu en revanche d'enjoindre au préfet de délivrer au requérant un récépissé de la demande de titre de séjour sollicitée l'autorisant à travailler, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte de donner un rendez-vous à M. A dans les conditions mentionnées au point 6.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au Préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 25 avril 2023.

Le président,

G. CORNEVAUX

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301947

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