mercredi 28 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1910740 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 décembre 2019 et le 28 janvier 2021, M. B C, la SAS Master Phil et M. D A, représentés par Me Vaillant, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2019 par lequel le maire de la commune d'Enchastrayes a délivré à la régie Ubaye Ski un permis de construire un tapis de remontée mécanique sur des parcelles cadastrées E 545, E 921, E 523 et E 406 ;
2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le dossier de demande de permis de construire ne contient pas de plan côté en trois dimensions ;
- le gestionnaire du domaine public n'a pas donné son accord ;
- l'arrêté litigieux méconnait l'article L. 111-2 du code de l'urbanisme et le plan de prévention des risques naturels prévisibles ;
- le projet envisagé n'est pas conforme à la destination de l'emplacement réservé (ER) n°46 prévu par le règlement du PLU ;
- une modification du PLU aurait dû intervenir en application de l'article L. 153-36 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté litigieux méconnait l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires, enregistrés le 20 avril 2020 et le 28 mai 2021, la commune d'Enchastrayes, représentée par Me Fiat, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants la somme de 4 000 euros an application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont ni qualité ni intérêt à agir ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2020, la régie Ubaye-Ski, représentée par Me Lacroix, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et à titre infiniment subsidiaire demande au tribunal de faire application des articles L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demande, en toutes hypothèses, de mettre à la charge des requérants la somme de 3 000 euros an application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont ni qualité, ni intérêt à agir ;
- la requête est tardive ;
- ils ne justifient pas avoir respecté les modalités de notification exigées par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 mars 2022, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code du tourisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,
- les observations de Me Punzano, représentant la commune d'Enchastrayes, et de Me Tabarly, représentant la Régie Ubaye Ski.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 août 2019, le maire d'Enchastrayes, agissant au nom de l'Etat, a délivré à la régie Ubaye Ski un permis de construire un tapis de remontée mécanique sur des parcelles cadastrées E 545, E 921, E 523 et E 406 en lieu et place d'un téléski existant. Le 7 octobre 2019, M. C, la SAS Master Phil et M. D A ont exercé un recours gracieux contre l'autorisation accordée qui a été rejetée par la commune par courrier du 8 octobre 2019. Par la présente requête, ils demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 août 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coter dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les côtes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ". Et, aux termes de l'article R. 431-13 du même code : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. ".
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que celui-ci contient un plan de masse à l'échelle 1/400, côté, permettant de situer précisément la remontée projetée sur le terrain d'assiette. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de plan de masse côté en trois dimensions manque en fait.
5. D'autre part, il résulte des statuts de la Régie " Ubaye Ski ", qui est un service de la communauté de communes de la Vallée de l'Ubaye Serre Ponçon créée par arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence le 16 décembre 2016, qu'elle dispose de la compétence de gestion et d'exploitation du domaine skiable sur le territoire de la commune d'Enchastrayes. Dans ces conditions, étant à la fois pétitionnaire et gestionnaire du domaine skiable, sous l'égide de la communauté de communes Vallée de l'Ubaye Serre-Ponçon, la régie Ubaye ski n'avait pas à justifier de son propre accord pour le projet en litige.
6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 29 septembre 2010 relatif à la conception, à la réalisation, à la modification, à l'exploitation et à la maintenance des tapis roulants mentionnés à l'article L. 342-17-1 du code du tourisme dispose que " Tout tapis roulant est implanté en tenant compte des risques naturels éventuels ". Aux termes du règlement du plan de pévention des risques naturels prévisibles zone R10 : " Occupation et utialisation du sol : toute occupation et utilisation du sol, de quelque nature qu'elle soient, sont interdites, à l'exception de celles visées ci-après : occupation et utilisqtion du sol autorisées (sous réserves des autres réglementations en vigueur) à condition qu'elle n'aggarvent pas les risques, n'en provoquent pas de nouveaux et ne présentent qu'une vulnérabilité restreinte () - les travaux d'infrastrutures nécessaires au fonctionnement des services publics ()- le remplacement des remontées mécaniques déjà en place, leur réparation et les méangements strictement nécessaires à leur fonctionnement ".
8. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique permettent d'octroyer un permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
9. Il ressort du plan de zonage du plan de pévention des risques naturels prévisibles (PPRNp) que la parcelle E 545 est classée en zone R10 sur une portion seulement en amont du terrain d'assiette et que le tapis de remontée mécanique ne se situe pas sur cette partie. Par suite, les requérants ne démontrent pas que le projet méconnaitrait le PPRNp et qu'il pourrait aggraver, par l'abaissement et l'applanissement de la plateforme de départ, les risques de glissement de terrain. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 précité et du PPRNp doit être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". L'article L. 151-38 du même code précise : " Le règlement () peut également délimiter les zones qui sont ou peuvent être aménagées en vue de la pratique du ski et les secteurs réservés aux remontées mécaniques en indiquant, le cas échéant, les équipements et aménagements susceptibles d'y être prévus. ". De même, l'article L. 151-41 prévoit : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : () 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; () ".aux termes de l'article L. 153-36 de ce code : " Sous réserve des cas où une révision s'impose en application de l'article L. 153-31, le plan local d'urbanisme est modifié lorsque l'établissement public de coopération intercommunale ou la commune décide de modifier le règlement, les orientations d'aménagement et de programmation ou le programme d'orientations et d'actions. ".
11. L'autorité administrative chargée de délivrer le permis de construire est tenue de refuser toute demande, même émanant de la personne bénéficiaire de la réserve, dont l'objet ne serait pas conforme à la destination de l'emplacement réservé, tant qu'aucune modification du plan local d'urbanisme emportant changement de la destination n'est intervenue.
12. Il ressort toutefois de la liste des emplacements réservés du PLU que l'ER 46 délimite l'emprise du téléski du Pré l'Adroit, pour une surface de 4 200 m² et une largeur de 8 mètres. Si les modes d'installations de remontées mécaniques diffèrent entre le tapis roulant projeté et le téléski existant, leur destination de transport du public reste identique et conforme au PLU. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le tapis roulant ne serait pas conforme à la destination de l'ER tel que défini dans le PLU. Il suit de là qu'ils ne sont pas non plus fondés à soutenir que le maire aurait dû engager une procédure de modification du PLU en vertu de l'article L. 153-36 précité.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. ".
14. Il résulte des dispositions précitées que les projets de construction doivent s'inscrire dans la continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants et que la réalisation d'installations ou d'équipement publics telles les remontées mécaniques sont autorisées hors des zones urbanisées dès lors que leur vocation est de desservir le domaine public skiable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissnce de l'article L. 122-5 précité doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir invoquée en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Enchastrayes qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C, de la SAS Master Phil et de M. A une somme de 1 500 euros au même titre à verser à la commune d'Enchastrayes.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : M. C, la SAS Master Phil et M. A verseront à la commune d'Enchastrayes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, premier requérant nommé, à la commune d'Enchastrayes et à la Régie Ubaye Ski.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Houvet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
F. LE MESTRIC
Le président,
Signé
F. SALVAGE La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026