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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1911529

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1911529

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1911529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP TERTIAN - BAGNOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2019 et le 11 janvier 2022, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision en date du 20 mai 2019, par lequel le maire de Demandolx lui a délivré un certificat d'urbanisme déclarant non réalisable le projet consistant en la construction d'une maison individuelle sur des parcelles cadastrées C2001 et C2003 sur le territoire de la commune.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- elle est contraire à la politique antérieure qui visait à la conservation du hameau des Reybauds tout en veillant à ne pas favoriser l'habitat dispersé ;

- elle lui cause un grave préjudice financier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2021, la commune de Demandolx, représentée par Me Martinez, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés, et sollicite, au cas où le fondement de la décision, tiré de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, serait considéré comme erroné par le Tribunal, de bien vouloir procéder à une substitution de base légale sur le fondement des articles L. 111-3 et L. 111-4 du même code.

Par ordonnance en date du 12 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Martinez, représentant la commune de Demandolx.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 13 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui projette la construction d'une maison individuelle sur des parcelles lui appartenant, situées sur le territoire de la commune de Demandolx et cadastrées C2001 et C2003, a demandé la délivrance d'un certificat d'urbanisme. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 410-1 b) du code de l'urbanisme, le maire de Demandolx a déclaré le projet non réalisable par une décision datée du 20 mai 2019 dont M. A demande l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, applicable aux communes de montagne non couvertes par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu telles que Demandolx en l'espèce, " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble.

3. S'il ressort des pièces du dossier que le projet est proche d'une habitation située sur la parcelle voisine cadastrée C2002, cette dernière, isolée, ne saurait, à elle seule, constituer un groupe d'habitations à laquelle pourrait s'agréger le projet de M. A. Elle ne peut pas, non plus, être regardée comme faisant partie du hameau des Reybauds, étant distante d'une soixantaine de mètres de la plus proche des constructions qui le composent, cependant que le projet en serait distant d'une cinquantaine de mètres. Au demeurant, même les photographies versées par le requérant et prises du pont du Paoutas révèlent que les maisons du hameau et la paire que constitueraient le projet et la construction de la parcelle C2002 ne peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble, notamment en raison de la topographie en déclivité qui les sépare. Dans ces conditions, en estimant que le projet de M. A n'était pas réalisable au motif qu'il se situait en dehors des parties urbanisées de la commune, le maire de Demandolx a fait une exacte application des dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

4. Si le plan local d'urbanisme, que la commune avait commencé de travailler en 2016 sans pouvoir le mener à bien en raison de la mise en place d'une intercommunalité, prévoyait de définir un hameau des Reybauds incluant la parcelle d'assiette du projet, et si M. A fait valoir qu'un préjudice financier important résultera pour lui du caractère non constructible de sa parcelle, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

6. L'article L. 761-1 du code de justice administrative dispose : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de Demandolx au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Demandolx tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Demandolx.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller,

assistés de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Alpes de Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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