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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2000233

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2000233

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2000233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantJOURNAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier 2020 et le 23 avril 2021, M. B A, représenté par Me Journault, demande au tribunal :

1°) de condamner le département des Alpes-de-Haute-Provence à lui verser une somme de 43 562,44 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité fautive de la décision du 10 décembre 2018 refusant de retirer l'arrêté du 13 juin 2018 l'admettant à faire valoir ses droits à la retraite ;

2°) de mettre à la charge du département des Alpes-de-Haute-Provence la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa mise à la retraite à compter du 1er janvier 2019 n'a pas été prononcée par limite d'âge ; alors qu'il souhaitait finalement bénéficier d'une retraite à taux plein, l'administration a illégalement refusé de faire droit, par décision du 10 décembre 2018, à sa demande de retrait de l'arrêté de mise à la retraite ;

- la décision du 10 décembre 2018 est insuffisamment motivée ;

- en se fondant sur les intérêts qui seraient portés à l'agent appelé à le remplacer, l'administration a commis une erreur de droit, dès lors que seul l'intérêt du service pouvait justifier le refus de retirer l'acte ;

- l'intérêt du service ne justifie pas le refus qui lui a été opposé ;

- il n'est pas porté atteinte au droit d'un tiers et la nécessité de continuité du service imposait la poursuite de ses fonctions ;

- le motif tiré de l'affectation d'un nouvel agent en vue de son remplacement, invoqué tardivement par l'administration, est matériellement inexact, dès lors que ce n'est qu'en février 2019 que son poste a été pourvu, qu'à la date de sa demande de retrait, son poste était encore inoccupé et que l'administration ne peut se prévaloir d'un supposé reclassement de l'agent appelé à le remplacer ;

- la décision du 10 décembre 2018 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle compte tenu de sa manière de servir, de ce que son poste n'a pas été supprimé ou fait l'objet d'une réorganisation, et que cet emploi de catégorie C a été illégalement pourvu par un agent relevant de la catégorie B ; la nomination d'un agent de catégorie B sur un emploi de catégorie C ne sert pas l'intérêt du service ;

- l'illégalité fautive du département lui a occasionné un préjudice financier de 43 562,44 euros, correspondant au manque à gagner jusqu'à son départ à la retraite à taux plein, soit 15 530,44 euros, et à la différence avec la pension de retraite qu'il aurait dû percevoir à taux plein jusqu'à 80 ans, soit 28 032 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2020, le département des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Journault, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint technique territorial principal de 1ère classe du département des Alpes-de-Haute-Provence, exerçait les fonctions de chauffeur-livreur à l'unité de préparation culinaire. Il a demandé le 29 mai 2018 son admission à la retraite à compter du 1er janvier 2019. Par un arrêté du 13 juin 2018, le président du conseil départemental a satisfait à cette demande, qui n'a pas été prononcée par limite d'âge, sous réserve de l'avis conforme de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL), et l'a radié des cadres de la collectivité à compter du 1er janvier 2019. Le 29 novembre 2018, l'intéressé a sollicité du président du conseil départemental le report de sa mise à la retraite pour des raisons personnelles et pour une durée indéterminée, ce qui lui a été refusé par décision du 10 décembre 2018. M. A, qui avait saisi le département d'une demande indemnitaire préalable qui a été rejetée le 8 novembre 2019, demande au tribunal de condamner le département des Alpes-de-Haute-Provence à réparer le préjudice financier occasionné qu'il estime avoir subi du fait de la décision du département, fautive selon lui, de refus de retrait de l'arrêté du 13 juin 2018.

Sur la responsabilité du département :

2. En vertu de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration peut, selon le cas et sans condition de délai, abroger ou retirer une décision créatrice de droits, même légale, si son retrait ou son abrogation n'est pas susceptible de porter atteinte aux droits des tiers et s'il s'agit de la remplacer par une décision plus favorable au bénéficiaire ". Si, lorsque les conditions prévues par ces dispositions sont réunies, l'auteur d'une décision peut, sans condition de délai, faire droit à une demande de retrait présentée par son bénéficiaire, il n'est toutefois pas tenu de procéder à un tel retrait, alors même que la décision serait entachée d'illégalité. Il appartient ainsi à l'auteur de la décision d'apprécier, sous le contrôle du juge, s'il peut procéder ou non au retrait, compte tenu tant de l'intérêt de celui qui l'a saisi que de celui du service.

3. La décision rejetant une demande tendant au report de la date de mise à la retraite n'a pas pour objet de refuser un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Cette décision n'entre par ailleurs dans le champ d'application d'aucune autre disposition de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte que la décision refusant de reporter la date de mise à la retraite de M. A n'avait pas à être motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 10 décembre 2018 est inopérant.

4. Il résulte de l'instruction, notamment des termes des décisions du 10 décembre 2018 et 8 novembre 2019, que l'administration a fondé le refus de report de la date de départ à la retraite de M. A sur un motif lié à l'intérêt du service, et plus précisément à la nécessité d'assurer la continuité de celui-ci, en proposant le poste devenu vacant à un autre agent à compter du 1er janvier 2019.

5. M. A soutient que sa demande de retrait ne porte pas atteinte aux droits des tiers, qu'il n'est pas justifié d'un intérêt du service et que le report de sa date de mise à la retraite lui aurait permis d'obtenir le bénéfice d'un revenu plus favorable. Toutefois, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 25 septembre 2018, l'administration a notifié à un autre agent du département son recrutement, en vue de son reclassement professionnel, sur le poste de M. A à compter du 1er janvier 2019. S'il est constant qu'à la date à laquelle M. A a sollicité le report de sa mise à la retraite, soit le 29 novembre 2018, la décision d'affectation n'avait pas encore été prise à l'égard de cet agent, que la commission administrative paritaire, saisie le 27 novembre 2018, n'avait pas encore rendu son avis sur cette affectation, et qu'en l'absence d'affectation formelle de ce même agent sur le poste vacant, l'éventuel report de la mise à la retraite du requérant n'était pas susceptible de porter atteinte aux droits de ce dernier, l'administration fait valoir, sans être utilement contredite, que la situation de l'agent appelé à remplacer le requérant nécessitait un reclassement professionnel pour raisons de santé et que dans ce contexte, par un avis du 30 novembre 2017, le médecin du travail a émis un avis favorable à une prise de poste en qualité de chauffeur-livreur au vu des restrictions médicales de l'agent. Il en résulte que la procédure de recrutement diligentée en vue de pourvoir l'emploi jusqu'alors occupé par M. A était avancée et que l'affectation à très brève échéance d'un nouvel agent sur l'emploi, qui tenait compte des restrictions médicales applicables à cet agent, s'opposait, dans l'intérêt du service, au report de la date de mise à la retraite de l'intéressé. En outre, M. A ne soutient ni même n'allègue qu'il aurait été disposé à occuper tout autre poste que le sien. Enfin, s'il se prévaut dans ses écritures d'une demande de report en vue d'obtenir une pension à taux plein, la demande qu'il a adressée à l'administration le 29 novembre 2018 se bornait à indiquer que ce report était sollicité pour " raisons personnelles " et pour une durée indéterminée. Ainsi, pour rejeter la demande de retrait de mise à la retraite anticipée de M. A, l'administration a pris en compte la situation personnelle de celui-ci et ne s'est pas fondée sur des circonstances étrangères à l'intérêt du service. La circonstance, au demeurant non établie, que l'agent ayant vocation à le remplacer n'aurait finalement été nommé qu'au 1er février 2019, tout comme celle selon laquelle cet agent aurait été affecté sur un emploi ne correspondant pas à son cadre d'emploi ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation ainsi portée par l'administration sur la situation personnelle de M. A et l'intérêt du service. M. A ne saurait davantage utilement se prévaloir, au regard de ce qui précède, de sa manière de servir. Il en résulte que l'administration n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation en refusant par la décision attaquée de retirer l'arrêté du 13 juin 2018 admettant le requérant à la retraite.

6. M. A n'étant pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision du 10 décembre 2018 refusant de reporter sa date de mise à la retraite, ses conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice qui aurait résulté pour lui d'une telle illégalité doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par M. A soit mise à la charge du département des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que réclame le département sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Alpes-de-Haute-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. C

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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