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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2000820

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2000820

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2000820
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSELARLU MORI-CERRO AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2020, la société " Le Live ", représentée par Me Mori-Cerro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé la fermeture pour une durée de quatre semaines de l'établissement qu'elle exploite à Gignac-la-Nerthe ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 8272-2 du code du travail en n'informant le procureur de la République que huit jours après la remise du rapport constatant le manquement qui lui est reproché ;

- elle n'a pas préalablement été informée de ce que le préfet envisageait de prendre une sanction à son encontre ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité en ce qu'il mentionne une fermeture à compter de sa notification tandis que l'avis de fermeture annexé précise qu'elle prendra effet au 26 janvier 2020 ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation des faits ;

- la fermeture administrative a entrainé une perte financière considérable, qui la met en difficulté et le préjudice financier en résultant doit être réparé à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc, rapporteure,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société " Le live " exploite un établissement de restauration rapide situé à Gignac-la-Nerthe. A la suite d'un contrôle effectué le 12 octobre 2019 au sein cet établissement, les agents de la direction centrale de la sécurité publique de Vitrolles ont relevé un manquement aux dispositions de l'article L. 1221-10 du code du travail, et notamment à l'obligation de déclaration préalable à l'embauche, manquement constitutif de l'infraction visée à l'article L. 8221-5 du même code. Par un courrier du 26 novembre 2019, le préfet des Bouches-du-Rhône a informé la société " Le Live " de son intention de prendre à son encontre un arrêté de fermeture administrative temporaire de son établissement. Par l'arrêté attaqué du 14 janvier 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé, sur le fondement de l'article L. 8272-2 du code du travail, la fermeture administrative temporaire pour une durée de quatre semaines de l'établissement " Le Live".

2. D'une part, aux termes de l'article L. 8272-2 du code du travail : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. Elle en avise sans délai le procureur de la République ". Aux termes de l'article L. 1221-10 de ce code : " L'embauche d'un salarié ne peut intervenir qu'après déclaration nominative accomplie par l'employeur auprès des organismes de protection sociale désignés à cet effet. ". Aux termes de l'article L. 8211-1 de ce code : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : / 1° Travail dissimulé ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 8272-8 du même code : " Le préfet tient compte, pour déterminer la durée de fermeture d'au plus trois mois du ou des établissements ayant servi à commettre l'infraction conformément à l'article L. 8272-2, de la nature, du nombre, de la durée de la ou des infractions relevées, du nombre de salariés concernés ainsi que de la situation économique, sociale et financière de l'entreprise ou de l'établissement ".

4. Si la société requérante soutient que le préfet n'a pas respecté son obligation prévue par les dispositions de l'article L. 8272-2 du code du travail citées au point 2, d'aviser sans délai le procureur de la République de la mesure de fermeture, cette circonstance, à la supposer établie, est sans influence sur la légalité de celle-ci, une telle information ne faisant pas partie du processus d'élaboration de la décision de sanction et poursuivant un simple objectif de coordination des sanctions administratives et pénales. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le procureur de la République a été informé de l'engagement d'une procédure de sanction administrative à l'encontre de la société requérante par un courriel du 15 novembre 2019, soit huit jours après la transmission à l'autorité préfectorale du rapport d'enquête du 7 novembre 2019. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure relative à cette information doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / - infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

6. Il résulte de l'instruction que par une lettre du 26 novembre 2019 adressée au gérant de la société " Le Live", les services de la directions régionale des entreprises de la concurrence de la consommation du travail et de l'emploi de Provence-Alpes-Côte d'Azur ont informé celui-ci de leur intention de fermer provisoirement l'établissement et l'ont invité à présenter ses éventuelles observations écrites dans un délai de 15 jours, suivant les dispositions citées au point précédent, ainsi que de la possibilité de présenter des observations orales. Cette lettre, présentée à son destinataire le 28 novembre suivant, a été retournée au service revêtue de la mention " pli avisé et non réclamé ". Ces mentions doivent être regardées comme étant suffisamment claires, précises et concordantes pour établir que le dirigeant de l'établissement a régulièrement été avisé de ce que ce pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relevait et qu'il s'est abstenu d'aller le retirer dans le délai de garde de quinze jours. Ainsi, la notification du courrier du préfet du 26 novembre 2019 doit être réputée être intervenue régulièrement à la date de présentation du pli, soit le 28 novembre 2019. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure doit être écarté.

7. La circonstance que l'arrêté en cause prévoit une date d'effet de la fermeture à compter de sa notification, intervenue le 21 janvier 2020, alors que l'avis de fermeture devant être apposé sur l'établissement indique une date d'effet au 26 janvier 2020, relève des modalités d'exécution de l'acte en litige et est sans incidence sur sa légalité. Au surplus, il résulte de l'instruction que c'est à la demande même de la société que l'administration a accepté , par bienveillance, de lui accorder un délai de cinq jours avant la mise en œuvre de la sanction, afin de permettre le maintien de l'ouverture de l'établissement à l'occasion d'une soirée importante organisée le 24 janvier 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en cause serait entaché d'une illégalité du fait de contradictions relatives à la date d'effet de la mesure doit être écarté comme inopérant.

8. L'arrêté litigieux a retenu que lors du contrôle, le 12 octobre 2019, de l'établissement " Le Live ", un employé filtrait les entrées de l'établissement sans avoir fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche, contrairement à ce que prévoient les dispositions de l'article L. 1221-10 du code du travail, ce qui constitue une violation de l'article L. 8221-5 de ce code. Il résulte de l'instruction que lors de ce contrôle qui s'est déroulé à 1h30 le 12 octobre 2019, les agents de police ont constaté la présence dans l'établissement de trois personnes occupées à filtrer les entrées. Après avoir sollicité leurs identités, l'une d'elles, qui n'avait pas fait l'objet d'une déclaration préalable, a tenté de se soustraire au contrôle en prenant la fuite. En se bornant à soutenir que l'intéressé est un client qui discutait au moment du contrôle avec le physionomiste, la société requérante ne remet pas sérieusement en cause les résultats du contrôle. Elle ne saurait pas plus utilement se prévaloir de ce que l'intéressé n'a pas reconnu lors de son audition par les services de police travailler dans l'établissement. La circonstance que l'arrêté ne mentionne ni le nom des autres personnes contrôlées, ni les constatations faites les concernant est sans incidence sur la constatation du délit de travail dissimulé. Si la société requérante produit une liste des dix salariés qu'elle aurait employés à la date des faits litigieux, outre son président, ainsi que les bulletins de salaire de ces salariés, ces éléments ne sont, en tout état de cause, pas de nature à lui permettre de contester utilement la matérialité du manquement constaté. Par suite, la société Le Live n'est pas fondée à soutenir que la matérialité des faits reprochés n'est pas établie.

9. A supposer que la société requérante, qui fait état dans ses écritures d'une " erreur d'appréciation ", ait entendu ainsi se prévaloir du caractère disproportionné de la sanction prononcée, ce moyen n'est, en tout état de cause, pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société " Le Live " n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé la fermeture pour une durée de quatre semaines de l'établissement qu'elle exploite.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

11. Les conclusions de la requérante tendant à être indemnisée du préjudice financier qui aurait résulté de l'illégalité de la décision attaquée, alors, en tout état de cause, la société " Le Live " ne justifie pas avoir adressé une demande préalable à l'administration, doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2020.

Sur les frais liés à l'instance :

12 Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la société requérante soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société " Le Live " est rejetée.

Article 2 Le présent jugement sera notifié la société " Le Live " et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. Gaspard-Truc

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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