mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2002033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL JEAN-PIERRE & WALGENWITZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mars 2020 et 7 avril 2022, Mme D B (née A), représentée par Me Harutyunyan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a rejeté sa demande d'imputabilité de sa pathologie au service ;
2°) d'enjoindre à la région PACA de reconnaître l'imputabilité de sa pathologie au service à compter du 3 septembre 2013 et de régulariser sa situation à partir de cette date en ce qui concerne la reconstitution de sa carrière et ses droits à la retraite ;
3°) de mettre à la charge de la région PACA la somme de 3 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle n'a retrouvé dans le dossier constitué par l'administration et adressé à la commission de réforme ni le rapport qui aurait été soi-disant rédigé par la région PACA au sujet des problèmes révélés par différents agents du lycée où elle exerçait ni les autres documents nécessaires à l'examen de sa demande d'imputabilité au service ;
- la région a sollicité des éléments complémentaires afin de traiter sa demande d'imputabilité au service alors qu'elle disposait déjà de tous les éléments nécessaires ; le retard pris dans la gestion de son dossier est du seul fait de la région alors qu'elle-même a procédé à plusieurs relances ;
- la région n'a toujours pas répondu à sa demande de protection fonctionnelle ;
- les faits de harcèlement moral qu'elle a subis à compter de l'année 2011 sont à l'origine de son état dépressif et de son arrêt de travail depuis le 3 septembre 2013 ; la responsabilité de la région, qui était informée de ces agissements, est engagée du fait de cette situation ;
- l'administration est tenue de veiller à la santé, à l'hygiène et à la sécurité de ses agents en application de l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, de l'article 108-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, de l'article 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 et des articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, la région PACA, représentée par Me Jean-Pierre, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2018/000881 du 13 avril 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Harutyunyan, représentant Mme B, et de Me Akacha substituant Me Jean-Pierre, représentant la région PACA.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B exerçait ses fonctions d'adjointe technique territoriale de 2ème classe de la région PACA au sein du lycée Pasquet à Arles. A compter du 3 septembre 2013, elle a été placée en congé de maladie ordinaire de manière discontinue pour un état dépressif majeur puis, par un arrêté du 5 octobre 2015, en disponibilité à compter du 25 août 2015, position qui a été prolongée par arrêtés successifs jusqu'au 24 mai 2017. Par lettre du 11 janvier 2016, elle a demandé à la région que sa pathologie soit reconnue imputable au service. Par une lettre du 29 mars 2016, celle-ci l'a informée des étapes de la procédure d'examen de sa demande. Lors de sa séance du 17 janvier 2019, la commission de réforme a émis un avis défavorable à cette demande. Par lettres du 26 octobre 2019, reçue le 12 novembre 2019, et du 4 février 2020, Mme B a demandé à la région de se prononcer sur sa demande du 11 janvier 2016. Par deux lettres des 12 novembre 2019 et 29 janvier 2020, la région l'a informée que son dossier avait été transmis à la direction des ressources humaines pour y être traité et lui a demandé de fournir un dossier complet dont un courrier demandant la reconnaissance de la maladie professionnelle, sa fiche de poste détaillée et le certificat médical initial. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande du 12 novembre 2019 de reconnaissance de l'imputabilité de sa pathologie au service, d'enjoindre à la région de reconnaître cette imputabilité à compter du 3 septembre 2013 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et à la régularisation de ses droits à la retraite.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois;ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite () ".
3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. Par un jugement n° 1702761 du 15 juillet 2019 devenu irrévocable, le tribunal administratif de Marseille a retenu que Mme B avait été victime de harcèlement moral de la part du chef de cuisine du lycée dans lequel elle exerçait ses fonctions et a condamné la région à réparer les préjudices subis du fait de ce harcèlement en lui versant les sommes correspondant à sa perte de traitement de septembre 2013 à décembre 2018, sa perte de pension résultant de la période de disponibilité de quatre ans, d'août 2015 à la date du jugement, ainsi qu'à son préjudice moral et aux troubles subis dans ses conditions d'existence.
5. Ainsi que cela a été exposé au point 1, Mme B souffre depuis 2013 d'un état dépressif majeur à l'origine de son placement en congé de maladie ordinaire puis en disponibilité pour raison de santé. Si la commission de réforme a émis un avis défavorable à la demande d'imputabilité au service de l'affection de la requérante lors de sa séance du 17 janvier 2019, il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des conclusions des expertises de la médecin du travail et du premier expert psychiatre, que les symptômes sont progressivement apparus avec l'amplification des agressions verbales subies, que l'intéressée présente des signes d'angoisse et d'une intense dépression, ainsi que d'une anxiété qui la renvoie toujours au vécu de harcèlement subi dans le poste qu'elle occupait, et qu'elle est au bord de l'effondrement psychique. Si deux autres experts psychiatres ont relevé l'absence de lien entre l'affection de Mme B et le service, le premier s'est placé dans un contexte erroné, car exempt de tout harcèlement moral, pour évaluer la situation de la requérante, et le second s'est borné à exclure la possibilité d'un lien entre sa pathologie et l'exercice effectif de ses fonctions, sans toutefois apporter de précisions sur les motifs de cette appréciation. Dans ces conditions, la pathologie de la requérante doit être regardée comme ayant été causée par les agissements de harcèlement moral qu'elle a subis et donc comme étant en lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sans qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière puisse, en l'espèce, conduire à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Ainsi, la décision implicite de rejet de la demande du 26 octobre 2019 de Mme B tendant à la reconnaissance de l'imputabilité de sa pathologie au service doit être annulée pour erreur d'appréciation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Au regard du moyen d'annulation de la décision attaquée, il y a lieu d'enjoindre à la région PACA de reconnaître l'imputabilité de la pathologie de Mme B au service à compter du 3 septembre 2013, de procéder à la reconstitution de sa carrière et à la régularisation de ses droits à pension dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. D'une part, la requérante étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région PACA la somme de 1 500 euros à verser à Me Harutyunyan, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle. D'autre part et en revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la région PACA la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la région PACA a rejeté la demande du 12 novembre 2019 de Mme B tendant à la reconnaissance de l'imputabilité de sa pathologie au service est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la région PACA de reconnaître l'imputabilité de la pathologie de Mme B au service à compter du 3 septembre 2013, de procéder à la reconstitution de sa carrière et à la régularisation de ses droits à la retraite dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La région PACA versera à Me Harutyunyan une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Les conclusions présentées par la région PACA sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B (née A), à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et à Me Harutyunyan.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère,
Assistées par Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
E.-M. C
La présidente,
Signé
K. Jorda-LecroqLa greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026