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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2002918

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2002918

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2002918
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVICTORIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars 2020 et le 16 mars 2021, les associations Conservatoire des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Nature et Citoyenneté Crau-Camargue-Alpilles et France Nature environnement Bouches-du-Rhône, représentées par Me Victoria, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2019 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a délivré un permis de construire à la SAS Centrale PV De Font de Leu en vue de la création d'une centrale photovoltaïque sur un terrain sis Domaine de Calissane, lieu-dit Font-de-Leu ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux du 25 janvier 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la SAS Centrale PV De Font de Leu la somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le recours est recevable ;

- l'arrêté litigieux est signé par un auteur qui n'a pas la compétence pour ce faire ;

- l'étude d'incidence Natura 2000 est insuffisante en méconnaissance de l'article

L. 414-4 du code de l'environnement ;

- l'étude d'impact est également entachée d'insuffisance ;

- le classement de la zone du projet en zone Ne du plan local d'urbanisme (PLU) est incompatible avec les orientations du schéma de cohérence territoriale (SCOT) Agglopole de Provence ;

- le projet ne respecte pas l'ancien plan d'occupation des sols qui classait le secteur en zone NC agricole.

Par des mémoires, enregistrés le 27 mai 2020, le 1er décembre 2020, le 10 décembre 2021 et le 9 février 2024, la SAS Centrale PV De Font de Leu, représentée par Me Le Mière, à titre principal conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en toutes hypothèses, à ce qu'il soit mis à la charge des associations requérantes la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par les associations ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 10 août 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par les associations ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er mars 2024, a été prononcée, en application des article R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique

- et les observations de Me Victoria, représentant les associations requérantes et de

Me Silva-Delaquaize pour la SAS Centrale PV De Font de Leu.

Une note en délibéré a été enregistrée le 5 avril 2024 pour la SAS Centrale PV De Font de Leu.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 février 2018, la SAS Centrale PV De Font de Leu a déposé une demande de permis de construire une centrale photovoltaïque pour une surface de plancher créée de 141 m² sur un terrain situé Domaine de la Calissane sur le territoire de la commune de Lançon de Provence. Le 10 octobre 2019, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a délivré l'autorisation sollicitée. Le 25 novembre 2019, les associations " Conservatoire des espaces naturels de Provence Alpes Côte d'Azur ", " Nature et citoyenneté Crau Camargue Alpilles " et " France Nature environnement " Bouches du Rhône ont déposé un recours gracieux auquel le préfet n'a pas répondu. Par la présente requête, lesdites associations demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2019 ainsi que de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur ". Aux termes de l'article L. 600-12-1 du code de l'urbanisme : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions de refus de permis ou d'opposition à déclaration préalable. Pour ces décisions, l'annulation ou l'illégalité du document d'urbanisme leur ayant servi de fondement entraîne l'annulation de ladite décision ".

3. Il résulte de l'article L. 600-12-1 du code de l'urbanisme que l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un document local d'urbanisme n'entraine pas l'illégalité des autorisations d'urbanisme délivrées lorsque cette annulation ou déclaration d'illégalité repose sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet en cause. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de l'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours contre une autorisation d'urbanisme, de vérifier d'abord si l'un au moins des motifs d'illégalité du document local d'urbanisme est en rapport direct avec les règles applicables à l'autorisation d'urbanisme. Un vice de légalité externe est étranger à ces règles, sauf s'il a été de nature à exercer une influence directe sur des règles d'urbanisme applicables au projet. En revanche, sauf s'il concerne des règles qui ne sont pas applicables au projet, un vice de légalité interne ne leur est pas étranger. Lorsqu'un motif d'illégalité non étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet est susceptible de conduire à remettre en vigueur tout ou partie du document local d'urbanisme immédiatement antérieur, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours en annulation d'une autorisation d'urbanisme ne peut être utilement soulevé que si le requérant soutient également que cette autorisation méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.

4. Par un arrêt n°22MA02364 du 6 juillet 2023, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Marseille a confirmé le jugement n°1804826 du 23 juin 2022 par lequel le tribunal a annulé la délibération du 13 décembre 2017 approuvant la révision du PLU du conseil municipal de Lançon-Provence classant le secteur de Calissane en zone Ne du PLU, aux motifs de l'insuffisance de l'étude d'impact et de l'incompatibilité de ce classement avec le SCOT Agglopole Provence approuvé le 15 avril 2013 dès lors que celui-ci prévoit que l'implantation des centrales photovoltaïques doit privilégier les sites déjà antrhopisés tels que délaissés industriels, délaissés d'autoroutes ou de voies SNCF, sols pollués, et que l'implantation dans les espaces agricoles et naturels est déconseillée et ne pourra être envisagée qu'en l'absence de solutions alternatives et sous réserve du faible impact du projet. Par conséquent, les associations requérantes sont fondées à soutenir que l'arrêté litigieux est illégal du fait de l'illégalité du PLU qui a classé le terrain d'assiette en zone Ne.

5. En outre, par un arrêt n°15MA03128 du 21 février 2017, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Marseille avait jugé les dispositions du POS de la commune de Lançon admettant en zones NC les ouvrages techniques lorsqu'ils sont d'intérêt général incompatibles avec le SCOT Agglopole Provence pour les mêmes motifs. Par conséquent, les associations requérantes sont également fondées à soutenir que l'arrêté litigieux est illégal du fait de l'illégalité du texte immédiatement antérieur au PLU, à savoir le POS, qui a classé le terrain en zone NC.

6. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code dans ses dispositions applicables à la date de la décision contestée : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ; 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application. ".

7. Il résulte de ce que précède, et ainsi que le font valoir les associations requérantes, que la légalité du permis de construire en litige doit être appréciée au regard des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme. Ces dernières ne prévoyant pas la possibilité de construire des centrales photovoltaïques en dehors des parties urbanisées de la commune, le projet contesté méconnait les dispositions précitées.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, l'annulation du permis de construire contesté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 10 octobre 2019 doit être annulé ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux des associations requérantes.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les associations requérantes, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, versent au préfet des Bouches-du-Rhône la somme demandée par lui au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser aux associations requérantes au titre des frais qu'elles ont exposés à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 octobre 2019 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera aux associations Conservatoire des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Nature et Citoyenneté Crau-Camargue-Alpilles et France Nature environnement Bouches-du-Rhône, la somme totale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié aux associations Conservatoire des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Nature et Citoyenneté Crau-Camargue-Alpilles et France Nature environnement Bouches-du-Rhône, à la SAS Centrale PV Font de Leu et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE Le greffier

Signé

F. BENMOUSSA

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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