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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2003484

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2003484

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2003484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantURIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 avril, 17 juin 2020 et 27 septembre 2021, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Saint-Clément-sur-Durance a opposé un sursis à statuer à sa demande de permis de construire ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux.

Il soutient que :

- l'arrêté du 26 novembre 2019 est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'un permis de tacite était né ;

- il est entaché d'un détournement de procédure dès lors que la délibération du 25 octobre 2019 ne pouvait procéder à la modification du zonage du PLU ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2022, la commune de Saint-Clément sur Durance, représentée par Me Urien, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. B une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Le mémoire enregistré le 6 avril 2022 pour M. B n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Urien, représentant la commune de Saint-Clément-sur-Durance.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Saint-Clément-sur-Durance a été enregistrée le 29 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que le 11 mai 2019, un certificat d'urbanisme d'information a été délivré concernant les parcelles cadastrées section D n° 04 et n° 05 situées à " la Liaude " sur la commune de Saint-Clément-sur-Durance. Le 24 mai 2019, M. B a déposé une demande de permis de construire un bâtiment artisanal avec bureau et logement de fonction sur ces parcelles. Par un arrêté du 26 novembre 2019, le maire de la commune a opposé un sursis à statuer à la demande de permis de construire de M. B. Par une décision du 19 mars 2020, la commune a rejeté le recours gracieux présenté par l'intéressé le 20 janvier 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2019 portant sursis à statuer et la décision du 19 mars 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : / a) Lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 523-1 du code du patrimoine : " Les opérations d'aménagement, de construction d'ouvrages ou de travaux qui, en raison de leur localisation, de leur nature ou de leur importance, affectent ou sont susceptibles d'affecter des éléments du patrimoine archéologique ne peuvent être entreprises que dans le respect des mesures de détection et, le cas échéant, de conservation et de sauvegarde par l'étude scientifique ainsi que des demandes de modification de la consistance des opérations d'aménagement ". Aux termes de l'article R. 523-4 du même code : " Entrent dans le champ de l'article R. 523-1 : / 1° Lorsqu'ils sont réalisés dans les zones prévues à l'article R. 523-6 et portent, le cas échéant, sur des emprises au sol supérieures à un seuil défini par l'arrêté de zonage, les travaux dont la réalisation est subordonnée : / a) A un permis de construire en application de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme ". L'article 4 de l'arrêté du préfet de Région n° 05134-2013 du 17 octobre 2013 fixant les zones de prescription archéologique dispose par ailleurs que : " Dans la zone n°1 déterminée à l'article 3 du présent arrêté, tous les dossiers de demande de permis de construire, de démolir et d'aménager portant sur une superficie supérieure à 400m2 sont présumés faire l'objet de prescriptions archéologiques préalablement à la réalisation de l'opération d'urbanisme ou d'aménagement faisant l'objet de la demande. Il en est de même pour les décisions de réalisation de zones d'aménagement concertées situées dans cette zone ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction () ".

4. Il ressort de la lecture combinée de l'article 4 de l'arrêté du préfet de région n° 05134-2013 du 17 octobre 2013 fixant les zones de prescription archéologique et des dispositions de l'article R. 523-4 du code du patrimoine que le seuil de 400 m² fixé par les dispositions de l'article 4 se rapporte à l'emprise au sol des projets ou travaux dont la réalisation est subordonnée à la délivrance d'un permis de construire, et non à la taille de la parcelle, assiette de ce projet. Il en résulte également que les projets ou travaux dont l'emprise au sol excède le seuil de 400 m² font l'objet d'une présomption de prescriptions archéologiques et nécessitent ainsi la saisine du préfet de région pour avis, ladite saisine étant de nature à proroger d'un mois le délai d'instruction de la demande de permis de construire. En l'espèce, la demande présentée par M. B portait sur la construction d'un bâtiment de 147 m2 projetée sur des parcelles de plus de 400 m2 situées en partie dans la zone n° 1 déterminée à l'article 3 de l'arrêté du préfet de Région du 17 octobre 2013. L'emprise au sol de ce projet étant inférieure à 400 m2, la saisine du préfet de Région pour avis n'était donc pas requise et le délai d'instruction de la demande de M. B, qui n'avait pas lieu d'être prorogé d'un mois, était fixé à trois mois.

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de M. B a été déposée le 24 mai 2019. A la demande des services de la commune de Saint-Clément-sur-Durance, M. B a fourni des pièces complémentaires le 1er juillet 2019. Par un courrier du 19 juillet 2019 remis en main propre, une nouvelle demande de pièces complémentaires lui a été adressée, à laquelle il a répondu par le dépôt de nouvelles pièces le 6 août 2019. Le délai d'instruction de sa demande de permis, de trois mois ainsi qu'il a été indiqué au point précédent, a commencé à courir à compter de cette date, le dossier de demande de permis de construire de l'intéressé étant alors complet. Par suite, et en application des dispositions de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme citées au point 3, au 6 novembre 2019, M. B disposait d'un permis de construire tacite. Contrairement à ce qu'il soutient, cette dernière circonstance n'entache pas d'un vice de procédure la décision attaquée du 26 novembre 2019. Cette décision par laquelle le maire a prononcé un sursis à statuer sur la demande de permis de construire doit s'analyser comme procédant au retrait du permis tacitement accordé, dont il appartient au juge d'apprécier la légalité au regard des moyens soulevés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'alinéa 3 de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". Aux termes de l'article L. 410-1 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de délivrance du certificat d'urbanisme du 11 mai 2019 : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. () ".

7. Il résulte de la combinaison des articles L. 410-1 et L. 153-11 du code de l'urbanisme que tout certificat d'urbanisme délivré sur le fondement de l'article L. 410-1 a pour effet de garantir à son titulaire un droit à voir toute demande d'autorisation ou de déclaration préalable déposée dans le délai indiqué examinée au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat. Figure parmi ces règles la possibilité de se voir opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande de permis, lorsque sont remplies, à la date de délivrance du certificat, les conditions énumérées à l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

8. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 25 septembre 2015, la commune de Saint-Clément-sur-Durance a prescrit la révision générale du plan local d'urbanisme (PLU). Par ailleurs, le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement durable (PADD) de la commune s'est tenu le 18 mai 2018, antérieurement à la date du certificat d'urbanisme délivré le 11 mai 2019 concernant les parcelles assiettes du projet en litige. Les orientations générales visent notamment la maîtrise du développement urbain et la volonté de développer l'activité économique. Les parcelles D n° 04 et n° 05, assiettes du projet en litige, étaient classées, à cette date, en zone UC(i), soit une zone équipée réservée principalement aux activités artisanales, industrielles et commerciales. Le PLU révisé, tel qu'arrêté par la délibération du 25 octobre 2019, classe la parcelle D n° 04 en zone Ne, soit en secteur naturel accueillant des activités économiques existantes et dont l'extension des constructions est limitée, et la parcelle D n° 05 en zone Aa, c'est-à-dire en zone agricole d'intérêt agronomique et paysager où aucune construction n'est possible sauf les équipements d'intérêt collectif et services publics indispensables à la condition qu'ils ne portent pas atteinte à la vocation de la zone. Toutefois, à la date du certificat d'urbanisme, le classement de ces zones était en discussion et M. B fait valoir, sans être utilement contredit, que la création d'une zone économique conforme aux objectifs du plan d'aménagement et de développement durable (PADD) était encore à l'étude dans ce secteur. Le rejet du recours gracieux de M. B mentionne d'ailleurs la possibilité de créer une zone économique sur la parcelle D n° 04. Il ressort aussi des pièces du dossier que le projet porte sur la construction d'un bâtiment de 147 m2 comprenant un local artisanal de 85 m2, un bureau de 17m2 et un logement de fonction de 45 m2. Ce projet, principalement de nature économique, est situé dans la quasi-totalité de la parcelle D n° 04, pour laquelle était en projet la création d'une zone économique, dont il n'est pas contesté qu'elle aurait permis la réalisation du projet en litige. Dans ces conditions, en opposant un sursis à statuer au motif que le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan, alors que ce projet à la date du certificat d'urbanisme du 11 mai 2019, de par sa situation, son importance relative et compte tenu des orientations du PADD et du projet de création de zone économique, ne dérogeait pas à l'idée poursuivie par les auteurs du plan, la commune a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

9. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'acte en litige.

10. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée portant retrait de permis de construire et opposant un sursis à statuer, ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux, doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Clément-sur-Durance demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 novembre 2019 du maire de la commune de Saint-Clément-sur-Durance et la décision portant rejet de recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Clément-sur-Durance présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Clément-sur-Durance.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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