mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2004138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 2 juin 2020, 1er juillet et 22 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Xoual, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2020 par lequel le maire de la commune de La Salle-les-Alpes a rejeté sa demande de permis de construire ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de La Salle-les-Alpes, à titre principal, de délivrer le permis sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La Salle-les-Alpes la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- l'article A10 du règlement méconnaît l'article 123-9 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, la hauteur du bâtiment envisagé de 6,42 mètres étant inférieure à la hauteur maximale autorisée de 9 mètres ;
- il est entaché d'erreur de droit, l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme n'étant pas applicable ;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 septembre et 7 décembre 2022, la commune de La Salle-les-Alpes, représentée par Me Vaillant, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture de l'instruction est intervenue le même jour en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Le mémoire présenté pour M. A et enregistré le 19 janvier 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arniaud,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- les observations de Me Molland, représentant M. A, et celles de Me Vaillant, représentant la commune de La Salle-les-Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est propriétaire d'une parcelle cadastrée section AD n° 95 classée en zone agricole. Dans le cadre de son activité d'apiculture, il a déposé une première demande, rejetée le 27 septembre 2019, de permis de construire d'une miellerie destinée au stockage de matériels ainsi qu'à l'extraction du miel des cadres et au conditionnement en pots. L'intéressé a déposé une deuxième demande de permis de construire, rejetée le 7 février 2020, puis une demande de certificat d'urbanisme et une troisième demande de permis de construire, cette dernière ayant été rejetée par l'arrêté attaqué du 6 mars 2020. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée que la demande de permis de construire présentée par M. A a été rejetée aux motifs que le projet prévoit une hauteur de 6, 42 mètres en méconnaissance de l'article A10 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune et que l'autorité communale souhaite maintenir un espace exempt de construction afin de protéger les vues remarquables, la circulation des animaux, les prairies de fauches et un " espace naturel exceptionnel ". Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur avant le 31 décembre 2015 : " () Les règles édictées dans le présent article peuvent être différentes, dans une même zone, selon que les constructions sont destinées à l'habitation, à l'hébergement hôtelier, aux bureaux, au commerce, à l'artisanat, à l'industrie, à l'exploitation agricole ou forestière ou à la fonction d'entrepôt. En outre, des règles particulières peuvent être applicables aux constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif. ". S'il est loisible aux auteurs des plans locaux d'urbanisme de préciser, pour des motifs d'urbanisme et sous le contrôle du juge, le contenu des catégories énumérées à l'article R. 123-9, les dispositions de cet article ne leur permettent, toutefois, ni de créer de nouvelles catégories de destination pour lesquelles seraient prévues des règles spécifiques, ni de soumettre certains des locaux relevant de l'une des catégories qu'il énumère aux règles applicables à une autre catégorie.
4. D'autre part, le VI de l'article 12 du décret du 28 décembre 2015 relatif à la partie réglementaire du livre Ier du code de l'urbanisme et à la modernisation du contenu du plan local d'urbanisme dispose que : " Les dispositions des articles R. 123-1 à R. 123-14 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur au 31 décembre 2015 restent applicables aux plans locaux d'urbanisme dont l'élaboration, la révision, la modification ou la mise en compatibilité a été engagée avant le 1er janvier 2016. Toutefois, dans les cas d'une élaboration ou d'une révision prescrite sur le fondement du I de l'article L. 123-13 en vigueur avant le 31 décembre 2015, () le conseil municipal peut décider que sera applicable au document l'ensemble des articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2016, par une délibération expresse qui intervient au plus tard lorsque le projet est arrêté () ".
5. Il est constant que l'élaboration du plan local d'urbanisme de la commune de La Salle-les-Alpes a été prescrite avant le 1er janvier 2016. Il n'est pas allégué, ni ne ressort des pièces du dossier, qu'une révision ait été prévue sur le fondement du I de l'article L. 123-13 en vigueur avant le 31 décembre 2015, ni que le conseil municipal aurait alors décidé que sera applicable au document l'ensemble des articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2016. Il résulte dès lors des dispositions citées au point précédent que ce document d'urbanisme demeure régi par les articles R. 123-1 à R. 123-14 de ce code dans leur rédaction en vigueur au 31 décembre 2015 et telles que rappelées au point 3 du présent jugement.
6. Aux termes de l'article A 10 du règlement du PLU de la commune de La Salle-les-Alpes relatif à la hauteur maximale des constructions en zone agricole : " La hauteur ne doit pas excéder 4 m pour les installations apicoles et 9 m pour les autres constructions ". Par ces dispositions, les auteurs du PLU ont instauré des règles qui différent au sein de la catégorie de destination " exploitation agricole ou forestière " selon qu'il s'agit d'une installation apicole ou d'une autre construction. Ces dispositions traitent ainsi différemment, dans une même zone, des constructions relevant pourtant d'une même destination au sens de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme, sans qu'aucun motif d'urbanisme ne justifie une telle variation. Par suite, M. A est fondé à exciper de l'illégalité de l'article A 10 du règlement du PLU de la commune à l'appui de ses conclusions d'annulation dirigées contre le refus qui lui a été opposé.
7. En troisième lieu, compte tenu de l'illégalité des dispositions de l'article A 10 du règlement du PLU prévoyant une hauteur maximale de 4 mètres pour les installations apicoles, le moyen selon lequel l'autorité administrative aurait méconnu ces dispositions en qualifiant le projet en cause d'" installation apicole " doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les auteurs du PLU aient entendu restreindre la qualification d'" installation apicole " aux seules constructions destinées à abriter des ruches pour l'élevage des abeilles.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article A 11 du règlement du PLU de la commune : " Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, du site et des paysages ".
9. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
10. D'une part, M. A fait valoir que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et non sur les dispositions de l'article A 11 du règlement du PLU de la commune qui présentent le même objet. Toutefois, à la supposer avérée, cette circonstance, qui implique seulement que le juge administratif vérifie la légalité de l'acte contesté au regard des dispositions du règlement du PLU, n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée.
11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet de construction est situé dans un écrin naturel offrant un espace de respiration et de verdure non urbanisé entre deux chemins formant un ovale. Une chapelle du XVème siècle, classée bâtiment historique, est située au sud, de manière isolée, centrale et en surplomb de cet ovale. Si M. A relève utilement que l'autorité administrative ne pouvait pas se prévaloir de la préservation de la circulation des animaux et des zones de fauches pour refuser le permis de construire sollicité sur le fondement des dispositions mentionnées au point 8 du présent jugement, son projet de construction, d'une emprise au sol d'environ 161 m2 et d'une hauteur de 6,42 mètres, s'inscrit en partie nord-ouest de cet ovale, jusqu'alors préservé de toute construction. Par ailleurs, située en contrebas d'une petite bute sur laquelle est implantée la chapelle et à moins de cent mètres de ce bâtiment historique isolé, la construction, de par ses dimensions, sera nécessairement visible depuis cette dernière. En outre, si M. A fait valoir l'existence de chalets proches du terrain d'assiette de son projet, ces chalets ne sont pas édifiés dans l'espace de verdure préservé entre les deux chemins. Enfin, si, dans le cadre de la présente demande de permis de construire un avis favorable tacite de l'architecte des bâtiments de France a été rendu, cette seule circonstance ne saurait suffire, dans les conditions de l'espèce, à modifier l'appréciation que le maire a portée sur l'application des dispositions en cause. Par suite, compte tenu des caractéristiques du projet et de celles des lieux avoisinants, c'est sans erreur d'appréciation que le maire de La Salle-les-Alpes a estimé que le projet méconnaissait les dispositions mentionnées au point 8 du présent jugement.
12. Lorsqu'une décision repose sur plusieurs motifs parmi lesquels certains sont légaux et d'autres illégaux, le juge de l'excès de pouvoir recherche si l'administration aurait pris la même décision en ne se fondant que sur les motifs légaux. En l'espèce, si, ainsi qu'il a été exposé au point 6, M. A est fondé à exciper de l'illégalité de l'article A 10 du règlement du PLU de la commune à l'appui de ses conclusions d'annulation dirigées contre le refus qui lui a été opposé, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de La Salle-les-Alpes aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le motif tiré de la violation de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que les conclusions de la requête de M. A, tendant à l'annulation de l'arrêté par lequel le maire de cette commune a opposé un refus à sa demande de permis de construire, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de la Salle-les-Alpes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de La Salle-les-Alpes au titre de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de La Salle-les-Alpes tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de La Salle-les-Alpes.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Busidan, première conseillère,
Mme Arniaud, conseillère,
Assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
C. Arniaud
La présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026