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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2004354

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2004354

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2004354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCITEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2020, M. A B, représenté par Me Citeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2019 par laquelle le maire de la commune de Marseille a décidé de surseoir à statuer sur sa demande de permis de construire d'une maison individuelle ainsi que la décision du 10 février 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Marseille de lui délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze à compter de cette notification ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision de surseoir à statuer méconnaît l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme : elle constitue une décision illégale de retrait d'un acte administratif ; le permis d'aménager du 10 octobre 2014 ne constitue pas une décision modificative ; ce permis bouleverse l'économie générale de la décision d'urbanisme de 2010 ;

- le projet litigieux n'est pas de nature à compromette ou à rendre plus onéreuse l'exécution du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le22 septembre 2022, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les autres moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Citeau, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 mars 2011, un permis d'aménager a été délivré à M. B portant sur la division en deux lots de la parcelle initiale sise 9 chemin de la Carraire sur la commune de Marseille. Deux lots cadastrés 903 D 369 et 903 D 370 ont été créés et une déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux a été déposée le 26 avril 2013. Le 10 octobre 2014 un acte intitulé " permis d'aménager " a été délivré au requérant. L'intéressé a déposé une demande de permis de construire le 4 octobre 2019 en vue de la construction d'une maison individuelle sur la parcelle D 369. Par un arrêté du 23 décembre 2019, la commune de Marseille a pris un arrêté portant sursis à statuer sur cette demande et a rejeté, le 10 février 2020, le recours gracieux formé par le requérant. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2019 et de la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, applicable aux procédures devant les juridictions de l'ordre administratif en vertu du I de l'article 15 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois ". Aux termes de l'article 1er de la même ordonnance, dans sa rédaction résultant de l'ordonnance du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire : " I.- Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le délai de recours légalement imparti devant les juridictions administratives est expiré entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus, son échéance est, en application de ces dispositions, reportée au 24 août 2020.

3. Il ressort des pièces du dossier que le recours gracieux formé par M. B contre la décision en litige du 23 décembre 2019 a été rejeté par une décision expresse du 20 février 2020. En application des dispositions mentionnées ci-dessus, le délai de recours contentieux contre la décision du 23 décembre 2019, prorogé par l'exercice du recours gracieux jusqu'au 20 avril 2020, arrivait à échéance le 24 août 2020. La présente requête, enregistrée au greffe du tribunal le 10 juin 2020 n'est donc pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". La faculté ouverte par ces dispositions législatives à l'autorité compétente pour se prononcer sur une demande d'autorisation, de surseoir à statuer sur cette demande, est subordonnée à la double condition que l'octroi de l'autorisation soit susceptible de compromettre l'exécution du projet du plan local d'urbanisme ou à la rendre plus onéreuse et qu'il ait atteint, à la date à laquelle l'autorité doit statuer, un état d'avancement suffisant.

5. Il n'est d'une part pas contesté qu'à la date de délivrance de la décision attaquée, le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable du futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Marseille Métropole était intervenu. D'autre part, à cette même date, le projet de PLUi prévoyait le classement de la parcelle assiette du projet dans la zone UEc1 du règlement du PLUi, soit une zone urbaine à vocation économique dans lesquelles les constructions nouvelles d'habitation ne sont pas autorisées, l'objectif poursuivi par les auteurs du document étant, ainsi qu'il est indiqué dans le rapport de présentation, de désenclaver économiquement le quartier en créant une offre commerciale de proximité. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la parcelle en cause se situe au milieu d'un quartier pavillonnaire urbanisé et que le projet porte sur la construction d'une maison de 145 m2 voisine d'une autre habitation, en bordure Est de la nouvelle zone urbaine à venir. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du caractère limité du projet contesté en comparaison de l'ampleur de la zone UEc1 à venir, de son implantation dans la continuité d'autres habitations et en bordure seulement de cette zone destinée à être urbanisée par des commerces de proximité, les contraintes alléguées par la commune de Marseille ne suffisent pas à établir que le projet en litige serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution de ce futur plan. Par suite, en opposant un sursis à statuer à la demande de permis de construire de M. B, le maire de Marseille a fait une inexacte application des dispositions du code de l'urbanisme mentionnées ci-dessus.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de justifier, en l'état du dossier, l'annulation de l'arrêté en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 23 décembre 2019 du maire de Marseille ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire ". Doit être regardée comme un refus, au sens de ces dispositions, une décision de sursis à statuer prise sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement que le maire de Marseille examine la demande de permis de construire présentée le 23 décembre 2019. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 1 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 décembre 2019 du maire de Marseille portant sursis à statuer ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Marseille de procéder au réexamen de la demande de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Marseille versera une somme de 1 000 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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