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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005238

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005238

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005238
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantHAUTOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2020 et des mémoires enregistrés le 26 février 2021 et le 9 novembre 2022, ce dernier non communiqué, M. A D et Mme C B épouse D, représentés dans le dernier état de leurs écritures par Me Abbou, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite née du silence gardé sur sa demande du 20 février 2019 adressée au ministre des finances, renvoyée pour attribution au directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône tendant à ce que lui soit accordée une remise, à titre gracieux, d'impositions restant dues à hauteur de 2 979 610,14 euros ;

2°) d'ordonner à leur bénéfice l'application des dispositions de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales à tout nouvel acte de saisie poursuite-exécution, que pourrait émettre l'administration fiscale après le prononcé de la décision à intervenir pour les périodes visant les exercices 2008 à 2021 inclus ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à chacun des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre une somme de 3 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur conseil sous condition que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- ils sont en droit de bénéficier des dispositions de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales au vu de la disproportion existant entre les impositions qui leur sont réclamées et leurs revenus ;

- l'administration détourne la réalité des faits et fait valoir des éléments factuels sans rapport avec leur demande et la procédure suivie ;

- l'administration commet une erreur manifeste d'appréciation en rejetant l'application des dispositions de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire, enregistré le 27 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par décision du 12 avril 2021, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zarrella, rapporteur,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dermerguerian, substituant Me Abbou, représentant M. D et Mme B épouse D.

Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier adressé le 20 février 2019 au ministre de l'économie et des finances, lequel l'a renvoyé pour attribution au directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône, le 19 avril 2019, M. et Mme D ont sollicité, sur le fondement de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales, une remise gracieuse de la dette fiscale, qu'il évaluaient à la somme de 2 979 610,14 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ou de contributions sociales des années 2005, 2006, 2010, 2012 et 2013, d'autre taxe au titre de l'année 2005 et de taxe d'habitation au titre des années 2014, 2015 et 2016. Ils demandent au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration des impôts sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable ; / 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence / 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives () ". Si la décision refusant une remise gracieuse peut être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir.

3. Lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse d'impôt en application du 1° de l'article L. 247 précité, l'administration est tenue de ne prendre en compte que la situation financière du contribuable. En revanche, lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse de pénalités en application du 2° du même article, elle doit également prendre en considération tous les éléments pertinents relatifs à la situation du contribuable, y compris l'intervention d'un jugement pénal relatif au contribuable.

4. Si M. et Mme D soutiennent que leur dette fiscale s'élevait, à la date de la demande, à la somme de 2 979 610,14 euros, les pièces qu'ils produisent ne corroborent pas ce montant. Elles font toutefois apparaître qu'ils se voyaient réclamer, en principal les sommes de 394 060 euros au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2005, 84 634 euros au titre des contributions sociales de cette même année, 57 280 euros au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2006 et 13 258 euros au titre des contributions sociales de cette année, 615 144 euros au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2010, 115 818 euros au titre de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales de l'année 2012, 117 016 euros au titre de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales de l'année 2013, et les sommes respectives de 10 646 euros, 136 et 137 euros correspondant à la taxe d'habitation et la contribution à l'audiovisuel public des années 2014, 2015 et 2016. Si les requérants se voyaient également réclamer la somme de 176 894 euros au titre de l'année 2005, la mention " autre taxe " figurant sur les documents qu'ils produisent ne permet pas de déterminer s'il s'agit d'un impôt direct. M. et Mme D doivent, dès lors, être regardés comme débiteurs d'une dette d'impôt direct, hors majorations, s'élevant à la somme de 1 408 129 euros.

5. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les requérants percevaient, à la date du refus attaqué, l'allocation de revenu de solidarité active d'un montant de 1 052 euros mensuels en 2019, année de présentation de leur demande au directeur régional des finances publiques, avaient trois enfants à charge et étaient non imposables au titre de l'impôt sur le revenu 2019. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils disposaient d'un patrimoine immobilier ou boursier. Si l'administration fait valoir que M. et Mme D étaient hébergés dans un hôtel particulier de 412 mètres carrés, il ressort des pièces du dossier que cet immeuble était occupé sans droit ni titre. Par ailleurs, sans soutenir que l'impossibilité de payer leur dette serait imputable à l'organisation volontaire par les contribuables de leur insolvabilité, l'administration invoque la mauvaise foi des contribuables et leur comportement frauduleux. Toutefois, ces agissements, réprimés par les pénalités qui leur ont été infligées ou par les sanctions pénales qu'ils encourent, sont sans influence sur l'appréciation qu'il convient de porter sur l'existence d'une disproportion entre le montant de leur dette fiscale et celui de leurs revenus, en tenant compte de leurs charges. Si la commission de surendettement des particuliers des Bouches-du-Rhône a, le 26 octobre 2017, déclaré leur demande irrecevable au vu de leur absence de bonne foi, cette circonstance ne saurait davantage, s'agissant des impôts directs, fonder légalement la décision de refus contestée. Si l'administration invoque la qualité de marchand de biens de M. D, et sa qualité de dirigeant social de quatre sociétés, dont deux sont en liquidation, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été radié du registre du commerce et de sociétés, pour cette activité de marchand de biens en novembre 2007. Il soutient sans être contredit que les gérances des sociétés en cause, qui n'ont pas d'activité étaient bénévoles, et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D tire un revenu de cette qualité. La possession de parts sociales invoquée par l'administration n'est pas établie, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle soit à l'origine de revenus pour le couple, alors que M. D avait, par ailleurs, été condamné en 2018 à payer la somme de 2 846 814 euros entre les mains du liquidateur judiciaire de la SARL Caprim.

6. Au vu des montants et documents avancés, les requérants doivent être regardés comme remplissant la condition de disproportion marquée entre le montant de leur dette fiscale et leur situation financière et patrimoniale à la date de la demande. Il suit de là que, eu égard à l'importance de la somme réclamée et compte tenu tant des revenus que du patrimoine disponible des requérants, l'administration ne pouvait, sans commettre une erreur manifeste dans son appréciation des capacités contributives de ces derniers, estimer qu'ils étaient financièrement en mesure de régler leur dette fiscale et donc rejeter totalement leur demande de remise gracieuse en tant qu'elle portait sur les droits réclamés. M. et Mme D sont, dès lors, et dans cette mesure, fondés à solliciter l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration des impôts sur cette demande, étant observé que l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision administrative a pour seule conséquence d'obliger l'administration à statuer à nouveau sur la demande dont elle était saisie, mais n'a pas pour effet de décharger les contribuables de l'impôt établi au nom du couple ni d'en réduire le montant.

7. Pour le surplus, l'administration fait valoir que M. et Mme D ont été condamnés à titre personnel pour fraude fiscale, par arrêt confirmatif de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence du 5 juin 2012. Le service fait également valoir que M. D, n'ayant tenu aucune comptabilité depuis 2006, il a également été condamné par le tribunal de commerce de Gap le 27 avril 2018 à verser au liquidateur de la SARL Caprim près de 3 millions d'euros et que son dossier a été déclaré irrecevable par la commission de surendettement en raison de sa mauvaise foi. Eu égard à ces éléments, non contestés, relatifs à la situation des contribuables, l'administration a pu, sans entacher sa décision d'une appréciation manifestement erronée, rejeter la demande des requérants en tant qu'elle portait sur les majorations d'impôts comprises dans leur demande.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. D et Mme B épouse D sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de rejet implicite née du silence gardé par l'administration des impôts sur la demande de remise gracieuse du 20 février 2019 de M. D et Mme B épouse D est annulée en tant qu'elle porte sur les impôts directs mentionnés au point 4.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à Mme C B épouse D et à la directrice des finances publiques de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Zarrella, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

A-D Zarrella

La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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