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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2005450

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2005450

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2005450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSCP TERTIAN - BAGNOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 22 juillet 2020, le 19 février 2021, et le 4 mars 2022, M. A B, représenté par la SCP Tertian-Bagnoli-Langlois-Martinez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2019 par laquelle le maire de Marseille ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la SA SFR, et tendant à l'installation de six antennes relais sur une parcelle cadastrée 833 I 38 dans le 7ème arrondissement de Marseille ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable en raison de l'impact visuel du projet ;

- le projet méconnaît l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques ;

- le projet méconnaît l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme, et relève du champ d'application du permis de construire et non de celui de la déclaration préalable ;

- l'effet cumulé des six antennes relais, objets de travaux, dépasse les seuils fixés par le décret n° 2002-775 ; la SA SFR ne démontre pas avoir entrepris les actions nécessaires pour s'assurer d'une part, qu'il n'existe pas d'établissements scolaires, crèches, micro-crèches ou établissements de soins dans un rayon de 100 mètres, et d'autre part, que le champ électromagnétique émis par les six antennes relais sera aussi réduit que possible ;

- l'arrêté en litige méconnaît le principe de précaution prévu à l'article 5 de la Charte de l'environnement, ainsi que les dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme et

R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté en litige méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés 00000000 le 5 octobre 2020, et le 5 novembre 2021 la

SA SFR soutient que la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir, conclut au rejet de la requête, à ce que M. B soit condamné à une amende pour recours abusif d'un montant de 10 000 euros sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative, et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2020, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Charte de l'environnement ;

- le décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 pris en application du 12° de l'article L. 32 du code des postes et télécommunications et relatif aux valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques ;

- le code de l'urbanisme;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caselles,

- les conclusions de M. Jean-Marie Argoud, rapporteur public,

- et les observations de Me Martinez, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 juillet 2019, le maire de Marseille ne s'est pas opposé à l'installation d'un relais de téléphonie mobile, composé de six antennes relais implantées sur la toiture d'un château d'eau, situé au 31-15 rue Pablo Picasso à Marseille. M. B, voisin immédiat du projet, demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le moyen, tiré de ce qu'il n'y aurait pas eu de partage et mutualisation des pylônes existants en méconnaissance de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques alors qu'il existe plusieurs autres pylônes supportant des antennes relais de téléphonie mobile, doit être écarté comme inopérant, l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques ne mentionnant en tout état de cause pas d'obligation de partage et de mutualisation des pylônes.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme " () les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable ():/ a) Les constructions dont soit l'emprise au sol, soit la surface de plancher est supérieure à cinq mètres carrés et répondant aux critères cumulatifs suivants : / - une hauteur au-dessus du sol inférieure ou égale à douze mètres ; / - une emprise au sol inférieure ou égale à cinq mètres carrés ; / - une surface de plancher inférieure ou égale à cinq mètres carrés. Toutefois, ces dispositions ne sont applicables ni aux éoliennes, ni aux ouvrages de production d'électricité à partir de l'énergie solaire installés au sol, ni aux antennes-relais de radiotéléphonie mobile ; () / j) Les antennes-relais de radiotéléphonie mobile et leurs systèmes d'accroche, quelle que soit leur hauteur, et les locaux ou installations techniques nécessaires à leur fonctionnement dès lors que ces locaux ou installations techniques ont une surface de plancher et une emprise au sol supérieures à 5 m² et inférieures ou égales à 20 m². ".

4. Il n'est pas contesté que le projet déclaré par la SA SFR consiste à implanter six antennes-relais de téléphonie mobile sur le complexe d'étanchéité d'un réservoir d'eau. Le projet relevant du régime applicable aux travaux sur des constructions existantes, les installations faisant l'objet de la décision en litige ne peuvent être regardées comme une construction nouvelle, au sens et pour l'application de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, seules les dispositions de l'article R. 421-13 du code de l'urbanisme s'appliquent et, par renvoi, celles de l'article R. 421-17 du même code. Dès lors le moyen, tiré de la méconnaissance de ces mêmes dispositions, doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences.

6. D'autre part, s'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution, énoncé par l'article 5 de la Charte de l'environnement et auquel se réfère l'article L. 110-1 du code de l'environnement, lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la Charte ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.

7. Enfin, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement ".

8. En l'espèce, M. B ne fait état d'aucun élément circonstancié de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque spécifique au public en cause et pouvant résulter de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile. La seule présence de six antennes relais à une même hauteur, à proximité de la propriété de M. B, en dépit de la présence d'un jeune enfant au sein du foyer, ne peut, en l'absence d'étude produite établissant l'existence d'un risque pour les personnes concernées, constituer un tel élément circonstancié. A cet égard, les dispositions de l'article 5 du décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 relatif aux valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunications ou par les installations radioélectriques ne prévoient pas de distance minimale à respecter entre l'antenne relais et les établissements scolaires, crèches ou établissements de soins, la seule obligation imposée étant que " l'exposition du public au champ électromagnétique émis par l'équipement ou l'installation [soit] aussi faible que possible tout en préservant la qualité du service rendu ". En outre, si le requérant soutient que l'effet cumulé par les six antennes relais dépassent les seuils autorisés par le décret précité, il ne l'établit pas en se bornant à rapprocher les éléments de la check-list du dossier d'information, selon laquelle les services déployés pourraient atteindre 2 600 Mhz, de la valeur limite d'exposition au public qui serait de 2 400 Mhz en application des dispositions du décret n° 2002-775 du 3 mai 2002. Par suite, le moyen, tiré de ce qu'en ne s'opposant pas à la demande de déclaration de travaux déposée par la SA SFR, le maire de Marseille aurait méconnu l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme, ainsi que le principe de précaution notamment garanti par l'article 5 de la charte de l'environnement, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

10. Il ressort des pièces du dossier que la zone UR2 dans laquelle le projet en litige est implanté, est composé d'un tissu urbain à dominante d'habitat pavillonnaire, qui ne présente aucun intérêt architectural particulier, en dépit d'une vue sur Notre Dame de la Garde. Par ailleurs, les six antennes relais doivent être implantées au sommet d'un réservoir d'eau d'une taille impressionnante, qui ne peut être regardé comme représentatif d'un quartier traditionnel marseillais. Par ailleurs, la commune fait valoir que ces antennes seront intégrées dans de fausses cheminées, qui seront peintes de la même couleur que la façade existante du réservoir, tout comme le chemin de câble. Enfin, en raison de ce camouflage, et de la hauteur du réservoir d'eau destiné à accueillir ces installations, le matériel installé sur le complexe ne sera pas visible depuis la voie publique. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense.

Sur les conclusions tendant au prononcé d'une amende pour recours abusif :

12. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la SA SFR tendant à ce que le requérant soit condamné à une telle amende ne sont pas recevables.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. M. B versera à la SA SFR la somme de 1 500 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la SA SFR la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Marseille, et à la SA SFR.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fédi, président,

Mme Caselles, première conseillère,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

La rapporteure,

signé

S. CASELLES Le président,

signé

G. FEDI

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2005450

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