jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2005854 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | URIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août et 16 décembre 2020, M. A C demande au tribunal d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a refusé de lui verser l'allocation d'aide de retour à l'emploi.
Il soutient que :
- la décision de refus de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de consultation de la commission paritaire, en méconnaissance des dispositions de l'article 46 du règlement de l'assurance chômage annexé au décret du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage ;
- il est en droit de bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi dès lors que sa démission est justifiée par un motif légitime ;
- en estimant d'une part que sa démission ne pouvait être regardée comme une perte involontaire d'emploi pour la mise en œuvre de la réglementation relative à l'assurance chômage et d'autre part qu'il ne justifiait pas d'une recherche active d'emploi lui permettant de bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi après 121 jours, le département des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles 2 et 46 bis du règlement de l'assurance chômage annexé au décret du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 décembre 2020, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Urien, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 300 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- si le tribunal estimait illégal le motif tiré du caractère volontaire de sa rupture du contrat de travail, il y aura lieu de lui substituer celui tiré de ce que M. C n'a pas été en recherche active d'emploi pendant 121 jours suivant sa démission.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Urien, représentant le département des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été recruté par le département des Bouches-du-Rhône pour y exercer les fonctions d'auditeur qualité, par un contrat à durée déterminée d'un an, à compter du 3 juin 2019. Par une lettre du 5 décembre 2019, M. C, en faisant valoir une dégradation de sa relation professionnelle avec sa responsable hiérarchique, a présenté sa démission, laquelle a été acceptée par un arrêté du 12 décembre 2019. M. C demande l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le département des Bouches-du-Rhône a refusé de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi à la suite de la prolongation de son état de chômage.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du CJA. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer. Il en va notamment ainsi en ce qui concerne les agents publics privés d'emploi.
3. Aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les personnes aptes au travail et recherchant un emploi ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre ". Aux termes de l'article L. 5424-1 de ce code : " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : () / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales () ". Il résulte de ces dispositions ainsi que de celles des articles L. 5422-2, L. 5422-3 et L. 5422-20 du même code que les agents publics involontairement privés d'emploi ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions définies par l'accord prévu par l'article L. 5422-20, ou en l'absence d'accord, par les mesures d'application déterminées par décret en Conseil d'Etat.
Sur les droits de M. C à bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter de sa radiation des cadres :
4. Si M. C soutient que sa démission devrait être regardée comme une perte involontaire d'emploi du fait du comportement qu'il impute à sa supérieure hiérarchique, il ne conteste pas ne pas remplir l'une des conditions prévues au paragraphe 2 de l'article 2 du règlement d'assurance chômage annexé au décret du 26 juillet 2019 visé ci-dessus. Dès lors, il ne peut être regardé comme ayant été involontairement privé d'emploi et, par conséquent, comme étant éligible au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi dès sa radiation des cadres.
Sur les droits de M. C à bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi lors du réexamen de sa situation, à l'issue d'un délai de 121 jours de chômage non indemnisé :
5. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 juillet 2019, visé ci-dessus : " I. - Les mesures d'application du régime d'assurance chômage prévues à l'article L. 5422-20 du code du travail sont déterminées à l'annexe A du présent décret () ". Aux termes de l'article 46 du règlement de l'assurance chômage annexé au décret du 26 juillet 2019 : " Les instances paritaires mentionnées à l'article L. 5312-10 du code du travail sont compétentes pour examiner les catégories de cas énumérées à l'article 46 bis. Elles doivent alors procéder à un examen particulier des situations en prenant en compte les circonstances mentionnées à l'article 46 bis " et aux termes de son article 46 bis : " Les catégories de cas mentionnées à l'article 46 sont celles mentionnées aux §1 à §7. / § 1 - Cas de départ volontaire d'un emploi précédemment occupé / Une ouverture de droit aux allocations ou un rechargement ou une reprise des droits peut être accordé au salarié qui a quitté volontairement son emploi ou au salarié démissionnaire en cessation d'inscription comme demandeur d'emploi au moment du contrôle prévu au II de l'article L. 5426-1-2 du code du travail, et dont l'état de chômage se prolonge contre sa volonté, sous réserve que les conditions suivantes soient réunies : / a) L'intéressé doit avoir quitté l'emploi au titre duquel les allocations lui ont été refusées, depuis au moins 121 jours () ; / b) Il doit remplir toutes les conditions auxquelles est subordonnée l'ouverture d'une période d'indemnisation, à l'exception de celle prévue au e de l'article 4 ; / c) Il doit apporter des éléments attestant ses recherches actives d'emploi, ainsi que ses éventuelles reprises d'emploi de courte durée et ses démarches pour entreprendre des actions de formation () ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les agents visés au 2° de l'article L. 5424-1 du code du travail ayant quitté volontairement leur emploi et dont l'état de chômage se prolonge contre leur volonté, en dépit de démarches actives de recherche d'emploi, ont droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi dès lors qu'ils satisfont à l'ensemble des conditions prévues aux a), b) et c) de l'article 46 bis du règlement de l'assurance chômage précité.
6. Si le département des Bouches-du-Rhône soutient que M. C a quitté volontairement son emploi, cette circonstance ne saurait, en tout état de cause, fonder le refus opposé à sa demande de versement d'allocations d'aide au retour à l'emploi dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que cette circonstance ne ferait pas obstacle à ce qu'il sollicite le bénéfice des dispositions précitées du règlement de l'assurance chômage.
7. Il résulte de l'instruction que le département ayant opposé à M. C, le 9 janvier 2020, un refus à sa première demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi, l'intéressé a sollicité par un courrier posté le 3 avril 2020 le réexamen de cette demande et l'allocation de cette aide. M. C a, dès la fin de sa collaboration avec le département des Bouches-du-Rhône et après s'être inscrit comme demandeur d'emploi le 5 décembre 2019, présenté sa candidature à de nombreuses offres d'emploi correspondant, contrairement à ce que soutient le département, à ses qualifications, notamment comme auditeur en décembre 2019 à la caisse nationale d'allocations familiales et en février 2020 à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, comme assistant qualité, technicien qualité, animateur qualité, entre décembre 2019 et mars 2020 dans des entreprises ou des établissements de santé ou sociaux, établis dans les Bouches-du-Rhône ou en région parisienne, et a poursuivi ensuite activement ses efforts de recherche d'emploi en postulant notamment à diverses offres de nature similaire. Il s'est ainsi porté candidat, entre la date de sa radiation des cadres le 5 décembre 2019 et la mi-mars 2020, à plus de 30 offres d'emploi. Le département des Bouches-du-Rhône fait valoir d'une part que les recherches ne peuvent être qualifiées d'actives compte tenu de l'envoi par l'intéressé de son seul curriculum vitae, sans lettre de motivation, et d'autre part que M. C n'a pas poursuivi ses recherches d'emploi entre le 13 mars et le 5 avril 2020. Toutefois, si M. C a déposé son seul CV en réponse à de nombreuses offres d'emploi, il a également transmis des courriers de motivation à plus de dix reprises. Il ne peut enfin lui être reproché d'avoir cessé ses envois à compter de la mi-mars 2020, date d'entrée en vigueur de l'état d'urgence sanitaire, matérialisé par un confinement généralisé strict jusqu'au 11 mai suivant. Le département des Bouches-du-Rhône n'est donc pas fondé à soutenir que M. C n'attestait pas de ses recherches actives d'emploi pendant cette période et il n'y a donc pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs sollicitée en défense. Par suite, et dès lors qu'il n'est par ailleurs pas contesté qu'il remplissait les autres conditions auxquelles l'article 46 bis du règlement de l'assurance chômage subordonne l'octroi des allocations d'aide au retour à l'emploi, le département des Bouches-du-Rhône était tenu de lui verser ces allocations pour la période courant à compter du 122e jour après sa radiation des cadres, date à laquelle il doit être regardé comme remplissant l'ensemble des conditions exigées par les stipulations de l'article 46 bis du règlement de l'assurance chômage dont il sollicite le bénéfice.
8. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant exact des droits de M. C pour la période à compter du 122e jour suivant sa radiation des cadres, il y a lieu de renvoyer l'intéressé devant le département des Bouches-du-Rhône pour que soient calculées et versées, dans un délai de deux mois, les allocations d'aide au retour à l'emploi qui lui sont dues.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du requérant, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Le département des Bouches-du-Rhône est condamné à verser à M. C les allocations d'aide au retour à l'emploi auxquelles il a droit à compter du 122e jour suivant sa radiation des cadres.
Article 2 : M. C est renvoyé devant le département des Bouches-du-Rhône pour qu'il soit procédé, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, au calcul et au versement des allocations d'aide au retour à l'emploi qui lui sont dues à compter du 122e jour suivant sa radiation des cadres.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. B
Le président,
Signé
J-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026