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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006067

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006067

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantPREZIOSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2020, M. A B, représenté par Me Prezioso, demande au tribunal :

- d'annuler la décision du 26 mai 2020 par laquelle le préfet de police des Bouches-du-Rhône lui a ordonné de se dessaisir des armes en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou détenir des armes, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation du permis de chasser en lui faisant obligation de remettre son document de validation ;

- d'enjoindre au préfet de police des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lever l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, d'obtenir la restitution des armes remises à la gendarmerie de Trets et de rétablir la validité de son permis de chasser, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

- de mettre à la charge du préfet des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, dès lors qu'il a remis les armes en sa possession le 1er janvier 2019 à la gendarmerie de Trets alors que l'administration lui demande de restituer des armes dont il n'est plus détenteur depuis des années et du fait qu'il n'est plus titulaire d'un permis de chasser depuis janvier 2019 ;

- cette décision est entachée d'un défaut de base légale, les dispositions du 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure ne pouvant régir qu'une interdiction de détention définitive prononcée par le juge pénal ;

- le préfet a méconnu le principe du non bis in idem en prononçant une interdiction d'acquérir ou de détenir des armes et en retirant la validation de son permis de chasser sans prévoir de durée à cette sanction ;

- cette sanction revêt un caractère disproportionné ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait puisqu'il n'est plus détenteur d'aucune arme ou munition ;

- l'interdiction de détenir des armes a été pleinement exécutée sans qu'il n'ait été autorisé à les récupérer ;

- les faits ayant justifié sa condamnation sont erronés ;

- il est titulaire d'un permis de chasser depuis plus de trente ans et bénéficie de l'estime de l'ensemble des chasseurs l'ayant côtoyé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, la préfète de police des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était détenteur de plusieurs armes des catégories B et C. Par un jugement définitif du tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence du 28 janvier 2019, il a été condamné, pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité commis le 30 décembre 2018, à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis, assortie des peines complémentaires d'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pour une durée d'un an et de confiscation des armes placées sous scellés. A la suite de cette condamnation, le préfet de police des Bouches-du-Rhône a initié à son encontre, le 10 mars 2020, une procédure de dessaisissement de l'ensemble de ses armes. Par arrêté du 26 mai 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet a ordonné à l'intéressé de se dessaisir des armes et munitions en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou détenir des armes et munitions, l'a inscrit au FINIADA et lui a retiré la validation du permis de chasser en lui faisant obligation de remettre son document de validation.

2. D'une part, l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes des catégories A, B et C :/ 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : ()/ -violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants dudit code ; ()/2° Les personnes condamnées à une peine d'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation ou condamnées à la confiscation d'une ou de plusieurs armes dont elles sont propriétaires ou dont elles ont la libre disposition () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / () / 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; (). ". Par ailleurs, l'article L. 423-15 du code de l'environnement dispose que : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : / () / 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Selon l'article R. 423-12 de ce code, le permis de chasser doit être validé chaque année. Enfin, aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. / Lorsque le préfet retire la validation du permis de chasser, le titulaire doit lui remettre son document de validation. / Le droit de timbre, les redevances cynégétiques, les cotisations, les contributions et les participations acquittés ne sont pas remboursés ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour interdire l'acquisition et la détention d'armes à M. B, le préfet de police des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur le 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, visé au point 2, compte tenu de sa condamnation par le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence le 28 janvier 2019 à une peine complémentaire d'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation.

5. Si comme le soutient M. B, à la date à laquelle le préfet a pris la décision en litige, le 26 mai 2020, ce dernier ne se trouvait plus en situation de compétence liée au regard de sa condamnation à une peine d'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation prononcée pour un an, il ressort du jugement du tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence du 28 janvier 2019 que le requérant a également été condamné à la peine complémentaire de la confiscation des scellés, lesquels contenaient les armes qu'il avait remises à la gendarmerie de Trets en exécution du jugement du même tribunal du 31 décembre 2018. Le préfet se trouvait donc en situation de compétence liée pour prendre les mesures d'interdiction de détention des armes et de dessaisissement de celles-ci, en vertu du 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure s'agissant des personnes condamnées à la confiscation d'une ou de plusieurs armes dont elles sont propriétaires ou dont elles ont la libre disposition. Le préfet de police des Bouches-du-Rhône, qui n'avait pas à porter une appréciation sur les faits de l'espèce, était donc en application des dispositions du 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, tenu de prononcer à l'encontre de M. B une interdiction d'acquisition et de détention d'armes de toute catégorie. Il était également tenu, en application des dispositions citées au point 3 du présent jugement, de procéder au retrait de la validation du permis de chasser de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. La situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le préfet de police rend inopérant les moyens soulevés par M. B et tirés de la méconnaissance du principe " non bis in idem ", du caractère disproportionné de la mesure, de ce que les faits ayant justifié sa condamnation sont erronés et de son comportement exemplaire.

7. En revanche, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait lui ordonner de se dessaisir des armes en sa possession, ces dernières ayant été remises à la gendarmerie de Trets, ni solliciter la remise de son document de validation de son permis de chasser, ce dernier n'ayant pas été renouvelé, a trait à la cause juridique de la compétence liée, de sorte que ce moyen est opérant.

8. Si M. B soutient avoir remis l'ensemble de ses armes à la gendarmerie de Trets le 1er janvier 2019 conformément au jugement correctionnel du 31 décembre 2018 du tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence, ordonnant, avant l'audiencement du 28 janvier 2019, son placement sous contrôle judiciaire, assorti de la remise de toutes les armes dont il était détenteur, l'intéressé, condamné par le jugement du 28 janvier 2019 à l'interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pour une durée d'un an seulement, est resté, comme le soutient le préfet, propriétaire de ces armes, y compris de l'arme placée sous scellée. Aussi, il était loisible à M. B d'en solliciter la restitution, comme l'y autorise l'article 41-4 du code pénal. Or, le requérant ne soutient, ni même n'allègue s'être vu opposer un refus à cette restitution. En outre, en se bornant à soutenir, sans plus de précisions, ne plus être en possession depuis des années de certaines armes visées dans la décision attaquée, alors qu'au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. B a restitué des armes non répertoriées dans le fichier ministériel des armes, dénommé " Application de Gestion du Répertoire Informatisé des Propriétaires et Possesseurs d'Armes " (Agrippa), l'intéressé ne permet pas au tribunal d'apprécier le bien-fondé de cette allégation. Par suite, le préfet de police des Bouches-du-Rhône a pu à bon droit, plus d'un an après le jugement correctionnel du 28 janvier 2019, demander à M. B la restitution des armes en sa possession.

9. Si le requérant soutient qu'il ne disposait plus de la validation de son permis de chasser à la date de la décision attaquée, il ne l'établit pas. En tout état de cause, à supposer même que l'intéressé n'était plus titulaire de cette validation à la date de la décision attaquée, la décision du préfet lui enjoignant de restituer ce document doit être regardée comme étant un acte superfétatoire ne faisant pas grief et, par suite, insusceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir.

10. . Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision lui demandant de restituer ses armes ou lui retirant la validation de son permis de chasser d'un défaut d'examen, d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 mai 2020 présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de police des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère.

Assistés de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. C

La présidente,

Signé

P. Rousselle

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2006067

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