vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2006427 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CITEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 août 2020 et 15 décembre 2022, M. F E, représenté par Me Citeau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2020 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont il a été victime le 5 octobre 2018 et l'a placé en congé maladie ordinaire avec impact sur la rémunération ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas établi que la commission de réforme s'est prononcée dans une composition régulière ;
- la décision contestée est entachée d'incompétence négative dès lors que l'administration s'est à tort sentie en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis de la commission de réforme ;
- c'est à tort que l'administration a considéré que l'existence d'un décalage important entre les horaires de service et le trajet est, à lui seul, de nature à rompre le lien avec le service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud conclut au rejet de la requête, à titre principal, comme irrecevable, à titre subsidiaire, comme non fondée.
Il fait valoir que :
- la requête, introduite après l'expiration du délai de deux mois imparti, est tardive ;
- l'auteur de la décision attaquée disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 8 janvier 2020 ;
- la décision attaquée est suffisamment motivée ;
- il ne s'est pas senti lié par l'avis rendu par la commission qui n'a qu'un caractère consultatif ;
- le décalage d'une durée de plus de 3 heures entre l'horaire de prise de service et la survenue de l'accident aboutit à détacher l'accident du service.
Par un courrier du 17 octobre 2023, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'étaient pas encore applicables pour l'instruction de la demande d'imputabilité au service de l'accident dont M. E a été victime, cet accident ayant eu lieu le 5 octobre 2018 et la déclaration d'imputabilité le 8 octobre 2018, soit avant l'entrée en vigueur du décret n° 2019-122 du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l'État.
Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été présentées pour M. E et par le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud, par des mémoires enregistrés le 19 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charpy,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
- et les observations de Me Citeau pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, fonctionnaire de police affecté à la circonscription de police de Marseille depuis septembre 2014, a été victime, le 5 octobre 2018, d'un accident de la circulation sur le boulevard Sainte-Marguerite dans le 9ème arrondissement de Marseille. La demande formée par l'intéressé le 8 octobre 2018, tendant à obtenir la reconnaissance de l'imputabilité de cet accident à son service, a fait l'objet d'une décision de refus du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud en date du 22 janvier 2020, dont il demande l'annulation pour excès de pouvoir.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les dispositions applicables :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / IV. -Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau./ () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État ".
3. Les dispositions précitées ont vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur. Les droits des agents publics en matière d'accident de service ou de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'accident de M. E est survenu le 5 octobre 2018 et que sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service a été formulée le 8 octobre 2018. En octobre 2018, soit avant l'entrée en vigueur du décret n° 2019-122 du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l'État, aucune disposition ne rendait applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique de l'État les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Il en résulte que l'administration ne pouvait se fonder, pour instruire la demande de reconnaissance d'accident de service du requérant, sur les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, mais seulement sur celles de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État.
5. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit :/ () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants ()/ Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".
6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
7. En l'espèce, dans le présent litige, il y a lieu de substituer, au fondement erroné de l'article 21 bis précité, les dispositions du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. E des garanties qui lui sont reconnues par la loi et que le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud dispose du même pouvoir d'appréciation que dans celles de cet article 21 bis.
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
8. En premier lieu, dès lors que la commission de réforme interdépartementale a rendu un avis favorable à la demande d'imputabilité formulée par M. E le 8 octobre 2018, ce dernier ne saurait utilement faire valoir que ladite commission aurait été irrégulièrement composée. Le moyen tiré de ce que la décision en litige serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière doit par suite être écarté pour inopérance.
9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée en date du 22 janvier 2020 a été signée par Mme C B, directrice des ressources humaines. Cette dernière a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône, préfet de la zone de défense et de sécurité Sud en date du 6 janvier 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2020-006 du 8 janvier 2020. Il n'appartient pas, par ailleurs, à l'administration de justifier de l'empêchement des délégataires en l'absence d'éléments circonstanciés sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
10. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision du 22 janvier 2020 que le préfet a examiné la situation de M. E en prenant en compte l'ensemble des éléments de son dossier, notamment les certificats médicaux des 5 octobre 2018, 26 février 2019 et 11 juin 2019, l'avis de la commission de réforme interdépartementale du 19 décembre 2019, ainsi que l'absence de justification du décalage horaire entre l'heure de son accident et la prise de service.
11. D'une part, il résulte de ce qui précède que la décision attaquée indique les dispositions normatives applicables et mentionne les circonstances de faits relatives à la situation de M. E qui la fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure le requérant de discuter les motifs de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
12. D'autre part, il ne ressort, ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet, qui a procédé à un examen particulier de la situation de M. E, se serait estimé lié par l'avis de la commission de réforme du 19 décembre 2019, au surplus favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident de circulation survenu le 5 octobre 2018. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence négative doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
13. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.
14. En l'espèce, M. E expose qu'il se rendait sur son lieu de travail pour prendre son service lorsqu'il a été victime d'un accident de circulation le 5 octobre 2018, et que la circonstance que l'accident soit survenu à 16 heures alors que sa prise de fonction avait lieu à 19 heures n'est pas de nature à détacher son accident de son service, dans la mesure où ce décalage horaire est justifié par les nécessités de la vie courante et les conditions normales d'exercice de l'emploi. Il soutient à cet égard, qu'il avait fait l'objet d'une convocation par sa hiérarchie pour déposer au secrétariat de son commissariat des documents relatifs au suivi de sa carrière, que l'impératif de ponctualité lors de sa prise de fonction et la nécessité de tenir compte de la réalité du trafic automobile et des horaires d'ouverture dudit secrétariat l'ont contraint à se présenter à 16 heures.
15. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant ne produit, à l'appui de ses écritures, qu'une attestation peu circonstanciée du commandant A D, datée au surplus du 27 août 2020 soit presque deux ans après l'accident, dont il ressort que l'intéressé se rendait, à la demande du secrétariat, au commissariat du 8ème pour remettre un document au sujet de la fiabilisation de son dossier dialogue. Cette pièce ne permet pas d'établir que la venue de M. E à 16 heures procèderait d'une quelconque injonction ou ordre de service de sa hiérarchie, ni qu'elle serait rattachable aux conditions normales d'exercice de ses fonctions. Par suite, en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont M. E a été victime le 5 octobre 2018, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud n'a pas entaché sa décision du 22 janvier 2020 d'une erreur de qualification juridique ou d'appréciation des faits.
16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin-de non-recevoir opposée en défense, que M. E n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 22 janvier 2020. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent donc être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il présente aux fins d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E demande au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Charpy
Le président,
Signé
J.B. Brossier
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026