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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007026

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007026

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007026
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMATHIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 août 2020, 25 mars 2021 et 6 avril 2021, M. et Mme A E, représentés par Me Mathieu, demandent au Tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration n'était pas fondée à appliquer la procédure de taxation d'office au titre des revenus d'origine indéterminée dans la mesure où ils ont fourni des explications précises et toutes les informations qui étaient en leur possession ;

- l'administration n'a pas effectué toutes les investigations nécessaires notamment en interrogeant l'entreprise Karim D qui leur a versé de nombreuses recettes non déclarées ;

- la mise en demeure n° 2172 bis du 26 août 2016 est insuffisamment motivée ; par suite l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales a été méconnu ;

- la preuve du bien-fondé des impositions incombe à l'administration dès lors que c'est à tort que la procédure de taxation d'office a été appliquée ;

- c'est à tort que l'administration a taxé au titre des revenus d'origine indéterminée certaines sommes qui n'étaient pas des revenus imposables ;

- le montant des salaires que M. E a déclarés au titre de l'impôt sur le revenu de 2013 à hauteur de 10 349 euros doit être ramené au montant imposable de 7 209 euros ;

- la majoration de 40 % en application des dispositions de l'article 1729-a du code général des impôts est injustifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2021, le directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte-d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la charge de la preuve incombe au contribuable ;

- les réponses apportées par les requérants à la demande d'éclaircissements et de justifications en date du 18 mai 2016 et à la mise en demeure du 26 août 2016 sont insuffisantes ; dès lors que certains crédits bancaires sont restés injustifiés, c'est à bon droit que l'administration a appliqué la procédure de taxation d'office ;

- l'éventuel contrôle de l'entreprise de M. D, suggéré par le contribuable ne dispensait pas les requérants de justifier l'ensemble des crédit bancaires d'origine indéterminée apparaissant sur ses comptes bancaires au titre des deux années vérifiées ;

- c'est à bon droit que les écarts entre les montants déclarés par les requérants sur leur déclaration de revenus et le total des opérations créditrices portées sur leurs comptes bancaires pour les années 2013 et 2014 ont été imposés au titre des revenus d'origine indéterminée dès lors que les requérants ne fournissent pas de justification suffisante sur la nature et l'objet de crédits bancaires correspondants ;

- les requérants ne rapportent pas la preuve qui leur incombe qu'ils n'ont pas perçu la somme déclarée en 2013 au titre des traitements et salaires ;

- la preuve du caractère délibéré du manquement est apportée eu égard à la nature et à l'importance des rehaussements.

Par une ordonnance du 8 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 octobre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. et Mme E, l'administration fiscale les a imposés, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, au titre des années 2013 et 2014, selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, à raison de certains crédits figurant sur les relevés de leurs comptes bancaires. Dans, le cadre de la présente instance, M. et Mme E demandent au Tribunal de les décharger, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014 pour un montant total, en droits et pénalités, de 142 333 euros.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable () des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés. () ". En vertu de l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales, les demandes de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. Aux termes de l'article L. 69 du même livre : " () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ".

3. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de l'examen de leur situation fiscale personnelle initié par un avis du 25 février 2016, M. et Mme E ont été destinataires, en application de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, d'une demande d'éclaircissements et de justifications n° 2172 le 18 mai 2016 portant sur l'origine, la nature et l'objet des crédits financiers non identifiés inscrits sur leurs comptes bancaires. À la suite de leur réponse le 19 août 2016, et en raison du caractère insuffisant de leur réponse, ils ont reçu une mise en demeure d'apporter des précisions sur certains crédits et ont répondu par un courrier du 7 octobre 2016. Toutefois, si M. et Mme E ont produit de nombreuses pièces, et notamment un tableau des crédits établis par leurs soins, ils n'ont pas justifié, à l'issue du contrôle, des crédits bancaires à hauteur de 138 353 euros pour l'année 2013 et 55 120 euros pour l'année 2014. En particulier, s'agissant des chèques émis par M. D pour des montants de 118 002,50 euros en 2013 et de 44 670,31 euros en 2014, si M. et Mme E affirment qu'ils ont reversé 93 % de ces sommes en espèces à M. G E, frère du requérant et véritable maître de l'affaire dans l'entreprise D, les pièces qu'ils produisent ne permettent d'établir, ni la réalité du lien entre M. G E et l'émetteur de ces chèques, ni le reversement en espèces qu'allèguent les requérants. Dès lors, contrairement à ce qu'ils soutiennent, les informations que M. et Mme E ont fournies au service sont insuffisantes, la circonstance que l'administration fiscale aurait pu contrôler la société de M. D étant à cet égard sans incidence. S'agissant ensuite du crédit de 2 600 euros apparaissant sur le compte bancaire de M. et Mme E le 11 juillet 2013, l'affirmation des requérants selon laquelle il correspond à deux chèques émis par la sœur de M. E correspondant au remboursement de frais qu'ils auraient engagés pour l'achat et l'installation d'une climatisation au domicile de celle-ci, n'est étayée par aucune pièce justificative. Il en va de même du crédit de 2 500 euros en date du 17 juin 2013 sur le compte de la HSBC, qui selon les requérants correspond au prix de la cession d'un échafaudage à M. C. Enfin, s'agissant des crédits de 1 700 et 1 500 euros apparaissant sur le compte bancaire de la Caisse régionale de crédit agricole mutuel le 20 mai 2014, les requérants ne justifient pas, par la seule production de la copie d'un chèque et d'une attestation de Mme F, au demeurant non produits, qu'ils résulteraient de la vente de jantes en aluminium à celle-ci et du remboursement de réparations sur son véhicule.

4. Les éléments de réponse apportés par les requérants ayant été jugés insuffisants, l'administration fiscale a mis en demeure M. et Mme E, par lettre 2172 bis du 26 août 2016, d'apporter des compléments de réponse au sujet de crédits portés sur leurs comptes pour des montants de 455 166, 59 euros en 2013 et 630 975,45 euros en 2014, dont les éléments mis à disposition du service vérificateur ne permettaient pas de connaître la provenance exacte. La mise en demeure, qui comporte un tableau mentionnant globalement le total des écritures créditrices à justifier par compte et par année, est accompagnée d'une annexe de dix pages, constituée, pour chaque compte concerné, d'une liste des crédits d'origine indéterminée détaillant, outre leur montant, leur date, leur nature, le libellé qui leur avait été donné par les requérants pour les désigner dans leur réponse du 19 août 2016 à la demande d'éclaircissements du 18 mai 2016. L'administration y indique également que les contribuables sont invités à justifier la cause juridique et le détail des fonds détaillés dans cette annexe en s'appuyant sur toutes justifications appropriées. Par suite, contrairement à ce que soutiennent les époux E, cette mise en demeure indiquait explicitement les points sur lesquels portait la demande ainsi que l'exigent les dispositions de l'article L. 16 in fine du livre des procédures fiscales.

5. Il résulte de ce qui précède, et dès lors que les éléments de réponse apportés par M. et Mme E sont demeurés insuffisants, que l'administration fiscale était fondée à mettre en œuvre la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales pour établir les impositions en litige.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". En application de ces dispositions il incombe à M. et Mme E, régulièrement taxés d'office sur le fondement des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve de l'exagération des bases imposables retenues par l'administration.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée :

7. En premier lieu, M. et Mme E soutiennent que la somme de 2 600 euros, créditée sur leur compte bancaire le 11 juillet 2013, provient de deux chèques émis par la sœur de M. E correspondant au remboursement par celle-ci de frais engagés par les requérants pour l'achat et l'installation à son domicile d'un climatiseur. Toutefois, M. et Mme E ne peuvent se prévaloir de la présomption d'un prêt familial alors qu'il n'est pas établi que cette somme aurait effectivement été versée par la sœur de M. E. Dans ces conditions, les requérants, qui n'apportent pas la preuve qui leur incombe du caractère non imposable de la somme en litige, ne sont pas fondés à soutenir qu'elle ne pouvait être taxée comme un revenu d'origine indéterminé.

8. En second lieu, si les époux E soutiennent que l'imposition des autres crédits apparaissant sur leurs comptes bancaires dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée est infondée, ils ne produisent toutefois à l'instance aucune pièce permettant de justifier des explications succinctes qu'ils fournissent au Tribunal sur la cause juridique et l'origine de ces sommes. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a imposé ces sommes dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

En ce qui concerne les salaires déclarés en 2013 :

9. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le contribuable forme une réclamation afin de contester l'imposition qui a été établie conformément à sa déclaration, il lui revient de démontrer le caractère exagéré de l'imposition. Il lui appartient notamment de produire tous les éléments en sa possession permettant de démontrer qu'il remplit les conditions fixées pour obtenir le bénéfice de cette exonération.

10. En l'espèce, le montant de l'impôt sur le revenu auquel ont été assujettis les époux E au titre de l'année 2013 a été établi d'après les bases indiquées dans leur déclaration. Par suite, la charge de la preuve de l'exagération de ces impositions leur incombe.

11. Si M. et Mme E soutiennent qu'ils ont déclaré le montant des salaires au titre des revenus 2013 à hauteur de 10 349 euros au lieu de 7 209 euros et que la différence doit être déduite de la base retenue par l'administration pour asseoir les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2013, ils ne justifient pas leur demande.

En ce qui concerne les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

13. Pour établir, ainsi qu'il lui incombe, l'existence d'un manquement délibéré, l'administration fiscale fait valoir l'importance et le caractère régulier des omissions constatées sur les deux années vérifiées. Elle établit ainsi l'intention des requérants d'éluder l'impôt. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés à demander la décharge des majorations dont ont été assorties les cotisations en litige.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des impositions en litige présentées par M. et Mme E doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de Justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A E et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. B

La présidente,

Signé

G. Markarian

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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