mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007412 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | PELGRIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre 2020 et 22 septembre 2021, la société Habitations de Haute-Provence, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 20 932,97 euros en réparation du préjudice subi du fait du retard apporté à l'octroi du concours de la force publique, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée compte tenu du retard pris par le préfet dans la mise en œuvre du concours de la force publique au vu de sa décision du 18 octobre 2016 suspendant le concours de la force publique qu'il avait accordé le 21 septembre précédent ;
- son préjudice est évalué à la somme de 15 932,97 euros correspondant aux loyers dûs entre le 12 octobre 2016 et le 29 octobre 2018 et à la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 mai et 6 octobre 2021, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Habitations de Haute-Provence ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision de renvoi en formation collégiale.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 mai 2011, la société Habitations de Haute-Provence a consenti un contrat de bail immobilier d'une durée de 3 ans renouvelable par tacite reconduction portant sur un logement à usage d'habitation situé 6 allée des Lilas à Barcelonnette. Par ordonnance du 29 septembre 2015, le juge des référés du tribunal d'instance de Digne-les-Bains a condamné les locataires à payer la somme de 2 959,53 euros au titre des loyers, charges et indemnités d'occupations dûs au 21 juillet 2015 en vingt mensualités et suspendu l'application de la clause résolutoire du contrat de location pendant l'exécution des délais de paiement accordés. A défaut de paiement d'une seule mensualité, l'ordonnance prévoyait que la clause résolutoire trouverait son effet et entraînerait l'expulsion des locataires avec l'aide de la force publique si ces derniers n'avaient pas quitté volontairement le logement dans le délai de deux mois. Après avoir informé le préfet par courrier du 28 avril 2016 du commandement de quitter les lieux pris à l'encontre des locataires, la société Habitations de Haute-Provence a sollicité le 12 août 2016 le concours de la force publique, qui lui a été accordé le 21 septembre 2016 par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence. Toutefois, par une décision du 18 octobre 2016, le préfet a décidé de suspendre la mise en œuvre du concours de la force publique jusqu'au 1er avril 2017. Par un jugement du 12 janvier 2017, le tribunal de grande instance de Digne-les-Bains a ordonné la suspension à compter du 28 octobre 2016 et pour une durée de deux ans de la procédure d'expulsion des locataires de la société Habitations de Haute-Provence à la suite de la décision de la commission de surendettement des particuliers des Alpes-de-Haute-Provence du 28 octobre 2016 ayant déclaré recevable le dossier des locataires surendettés et demandant au créancier de ne prendre aucune mesure individuelle défavorable à l'encontre des débiteurs. Par une demande indemnitaire préalable du 17 mai 2017, restée sans réponse, la société a sollicité la réparation du préjudice subi du fait du retard dans l'octroi du concours de la force publique. Par des demandes des 14 mai 2018, 8 janvier 2019 et 26 mai 2020, le montant du préjudice a été actualisé. Le 19 septembre 2018, la société a réitéré sa demande de concours de la force publique. Par courrier du 3 octobre 2018, le préfet a informé la société requérante que le concours de la force publique lui était accordé à compter du 29 octobre 2018. L'huissier de justice en présence de la force publique a constaté le 29 octobre 2018 que les lieux avaient été libérés. La demande indemnitaire préalable du 26 mai 2020 ayant été implicitement rejetée, par la présente requête, la société requérante demande la condamnation de l'Etat à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi pour la période comprise entre le 12 octobre 2016 et le 29 octobre 2018 en lui versant une somme globale de 20 932,97 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'une part, en application des dispositions précitées, toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.
4. D'autre part, lorsque le préfet, régulièrement requis à cet effet, refuse le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision juridictionnelle exécutoire ordonnant l'expulsion de l'occupant d'un local, la période de responsabilité de l'Etat ainsi ouverte n'est pas suspendue par la circonstance, postérieure à la date de ce refus et indépendante de la volonté du propriétaire, que le juge judiciaire accorde un délai de grâce à l'occupant.
5. En l'absence de circonstances survenues postérieurement à l'édiction de la décision du 21 septembre 2016 ayant accordé le concours de la force publique, la décision de l'autorité préfectorale du 18 octobre 2016 suspendant celui-ci doit être regardée comme retirant cette décision du 21 septembre 2016. Il en résulte qu'au 18 octobre 2016 est née une décision implicite de rejet.
6. Eu égard à ce qui a été exposé au point 4, le préfet n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée au titre des préjudices subis par la société requérante entre le 28 octobre 2016 et le 28 octobre 2018, période au cours de laquelle a été suspendue, par le jugement du tribunal de grande instance du 12 janvier 2017, postérieur à la décision de refus de concours de la force publique, la procédure d'expulsion des locataires de la société Habitations de Haute-Provence pour deux ans à compter de la décision de la commission de surendettement des particuliers des Alpes-de-Haute-Provence du 28 octobre 2016.
7. Compte tenu du délai de deux mois dont disposait le préfet des Alpes-de-Haute-Provence pour donner suite à la demande de la société requérante, sa carence à accorder le concours de la force publique aux fins de permettre l'exécution de l'ordonnance du 29 septembre 2015 du tribunal d'instance de Digne-les-Bains engage la responsabilité sans faute de l'Etat à compter du 12 octobre 2016, jusqu'à la date de la libération effective des lieux par le locataire, soit en l'espèce le 29 octobre 2018.
En ce qui concerne les préjudices :
8. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé de comptes produit, que le montant mensuel du loyer s'élève à 531,98 euros pour la période en litige. Toutefois, au regard des pièces versées en ce sens au débat par la société requérante, il y a lieu de déduire la somme de 916 euros qui lui a été versée par la caisse d'allocations familiales au titre de l'aide personnalisée au logement pour les mois d'octobre et novembre 2016, ainsi que la somme de 800 euros versée par le centre communal d'action sociale. Ainsi, pour la période courant du 12 octobre 2016, date à laquelle le concours de la force public aurait dû être accordé, jusqu'au 29 octobre 2018, date à laquelle l'occupation des lieux par le locataire a pris fin, soit 2 ans et 17 jours, l'Etat doit être condamné à verser à la société requérante, au titre de son préjudice financier, un montant de 11 452,98 euros.
9. En outre, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de fixer à la somme de 1 000 euros l'indemnité due par l'Etat à la société Habitations de Haute-Provence en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui ont nécessairement résulté pour elle du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme totale de 12 452,98 euros l'indemnité due par l'Etat à la société Habitations de Haute-Provence en réparation de ses préjudices.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
11. Aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".
12. Lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
13. En l'espèce, la société Habitations de Haute-Provence a droit à ce que la somme qui lui est allouée au point 10 soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 mai 2019, date de réception de sa demande préalable sollicitant des intérêts. Ces intérêts seront capitalisés pour produire intérêts, en application des dispositions de l'article 1343-2 du code civil, au 29 mai 2020, date à laquelle il en était échu une année entière, puis à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à payer à la société Habitations de Haute-Provence une somme de 1 500 euros au titre des frais qu'elle a exposés dans la présente instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Habitations de Haute-Provence la somme de 12 452,98 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 mai 2019 et capitalisation des intérêts dans les conditions précisées au point 13.
Article 2 : L'Etat versera à la société Habitations de Haute-Provence la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Habitations de Haute-Provence et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère.
Assistées de Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026