jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ADDEN AUVERGNE-RHONE-ALPES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et quatre mémoires complémentaires enregistrés les 9 octobre 2020,
21 avril 2021, 2 juin 2021, 22 décembre 2021 et 17 février 2022, la société civile immobilière Les Camus, représentée par Me Lebeau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2020 par lequel le maire d'Aix-en-Provence a accordé un permis de construire à la SARL Speri pour la rénovation d'une maison individuelle et ses annexes et la construction d'une maison individuelle et de quatre logements sur la parcelle cadastrée n° RK 34 sise 110 boulevard des Camus à Puyricard, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le maire d'Aix-en-Provence a délivré à la SARL Speri un permis de construire modificatif ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence et de la SARL Speri la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du permis de construire délivré le 3 mars 2020 :
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme ;
- il ne comporte aucun tableau indiquant la proportion de logements de taille minimale en violation de l'article R. 431-16-2 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UM3 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UM5 dudit règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UM7 dudit règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UM9 dudit règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UM12 dudit règlement ;
- la prescription relative à l'implantation de bacs à ordures ménagères sur une parcelle distincte, sans accord de son propriétaire, est illégale ;
S'agissant du permis de construire modificatif délivré le 29 octobre 2021 :
- il ne régularise pas la méconnaissance des articles UM3 et UM5 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il ne régularise pas l'incomplétude du dossier et la méconnaissance de l'article UC12 du PLUi.
Par quatre mémoires en défense enregistrés les 22 février 2021, 28 mai 2021 et
13 janvier 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani, demande au tribunal, à titre principal, de rejeter la requête, à titre subsidiaire de faire application des dispositions de l'article L.600-5 ou de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme et, en toute hypothèse, de mettre à la charge de la SCI Les Camus la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par cinq mémoires en défense enregistrés les 1er mars 2021, 20 mai 2021, 7 juin 2021,
8 février 2022 et 15 juin 2022, la SARL Speri, représentée par Me Reboul, demande au tribunal à titre principal de rejeter la requête, à titre subsidiaire de faire application des dispositions de l'article L.600-5 ou de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme et, en toute hypothèse, de mettre à la charge de la SCI Les Camus la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 décembre 2022, a été prononcée, en application des articles R.611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Peyrot,
- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,
- les observations de Me Gaudon pour la SCI Les Camus, de Me Andreani pour la commune d'Aix-en-Provence et de Me Reboul pour la SARL Speri.
Une note en délibéré, présentée par Me Reboul pour la SARL Speri, a été enregistrée le 13 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 3 mars 2020, le maire d'Aix-en-Provence a délivré à la SARL Speri un permis de construire portant, d'une part, sur la rénovation et l'extension d'un bâtiment existant et de ses annexes pour la réalisation de trois maisons individuelles et, d'autre part, sur la construction d'un bâtiment en R+1 comprenant quatre logements individuels, sur une parcelle cadastrée RK-0034 d'une superficie de 1 606 m² sise 110 boulevard des Camus à Puyricard. Par arrêté du 29 octobre 2021, le maire d'Aix-en-Provence a délivré à la SARL Speri un permis de construire modificatif n°1 puis, par un arrêté du 7 juin 2022, un permis de construire modificatif n°2. Par sa requête, et dans le dernier état de ses écritures, la SCI Les Camus demande au tribunal d'annuler le permis de construire initial du 3 mars 2020 ainsi que le permis de construire modificatif n°1 du 29 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article UM3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, relatif aux accès et voirie : " () 2° Caractéristiques des voiries 1/Toute construction ou aménagement doit être desservi par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles qui y sont édifiés, notamment en ce qui concerne les exigences de sécurité routière, de secours et de défense contre l'incendie, de sécurité civile et de collecte des déchets (). 3/Les voies privées existantes () ouvertes à la circulation publique desservant de nouvelles opérations doivent avoir une emprise minimum () de 5 mètres pour les voies à double sens de circulation. () 5/ Toutefois, les largeurs de voie imposées ci-dessus peuvent être réduites ponctuellement pour conserver des éléments présentant un intérêt paysager ou écologique (arbres, murets de pierres sèches, ) ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle RK-0034, terrain d'assiette du projet en litige, est desservie par le chemin des Camus, voie privée existante à double sens de circulation, propriété de la SCI Les Camus, société requérante, qui y autorise la circulation par une servitude de passage. La SARL Speri, pétitionnaire, produit au débat un constat d'huissier daté du
5 février 2021 qui procède à quatre mesures de la largeur de la voie, toutes affichant une distance supérieure à 5 mètres. La requérante produit quant à elle un rapport réalisé le 25 mai 2021 par un architecte expert judicaire près la cour d'appel d'Aix-en-Provence ayant réalisé 9 relevés qui font notamment état d'une largeur de 4,20 mètres à l'intersection entre le chemin des Camus et le boulevard des Camus, en raison de la présence d'un dallage en béton pour un container d'ordures ménagères, de 4,62 mètres et de 4,97 mètres à deux autres endroits en raison de l'implantation de poteaux téléphoniques, mais aussi, d'une largeur de 4,91 mètres, 4,86 mètres et 4,90 mètres à d'autres points, tous compris entre l'accès projeté à la parcelle RK-0034 et l'intersection avec le boulevard des Camus.
4. Il résulte de l'ensemble de ces constatations, qui ne sont pas contradictoires dès lors que les relevés effectués pour le compte des parties ne l'ont pas été aux mêmes endroits, que le chemin des Camus ne présente pas, en plusieurs points, la largeur minimale de 5 mètres prescrite par l'article UM3 du règlement du plan local d'urbanisme. La société pétitionnaire ne saurait en outre se prévaloir des dérogations précitées par le 5/ du 2° de l'article UM3, dès lors qu'elle n'établit ni le caractère ponctuel de cette largeur insuffisante, ni même l'intérêt paysager ou écologique justifiant une telle dérogation. Dans ces conditions, la SCI Les Camus est fondée à soutenir que l'arrêté du 3 mars 2020 par lequel le maire d'Aix-en-Provence a délivré à la
SARL Speri un permis de construire méconnaît les dispositions de l'article UM3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du
29 octobre 2021 valant permis de construire modificatif n°1 qui ne régularise pas un tel vice.
5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen soulevé par la SCI Les Camus n'est, en l'état du dossier, susceptible d'entrainer l'annulation des décisions attaquées.
Sur l'application des articles L.600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
6. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées () contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
7. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies. Les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par une mesure de régularisation.
8. D'une part, le vice mentionné au point 4, tiré de l'insuffisante largeur du chemin des Camus, unique voie desservant le terrain d'assiette du projet et de la méconnaissance des dispositions de l'article UM 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aix-en-Provence, qui emporte l'impossibilité de réaliser le projet dans son ensemble, n'est pas relatif à une partie identifiable du projet au sens des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme.
9. D'autre part, ce vice ne saurait être régularisé ni au titre des adaptations mineures dont il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions d'application fixées par l'article L.152-3 du code de l'urbanisme pourraient être remplies, ni au titre des dérogations listées aux articles L. 152-4 et suivants du même code. Dans ces conditions, alors que la régularisation suppose un élargissement de la voie et dépend d'actes juridiques sur lesquels le pétitionnaire n'a aucune maîtrise, voire de travaux dont rien ne permet au tribunal de supposer qu'ils seraient effectivement réalisables à une échéance raisonnable, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 doivent être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Les Camus est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mars 2020 par lequel le maire d'Aix-en-Provence a délivré à la SARL Speri un permis de construire ainsi que l'arrêté du 29 octobre 2021 valant permis de construire modificatif n°1.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Les Camus, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Aix-en-Provence et la SARL Speri demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Les Camus et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er: Les arrêtés du 3 mars 2020 et du 29 octobre 2021 par lesquels le maire d'Aix-en-Provence a délivré un permis de construire et un permis de construire modificatif à la SARL Speri sont annulés.
Article 2 : La commune d'Aix-en-Provence versera à la SCI Les Camus la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Camus, à la SARL Speri, à la SCCV Le Clos de Puyricard et à la commune d'Aix-en-Provence.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Busidan, première conseillère,
M. Peyrot, premier conseiller.
Assistés de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
P. PeyrotLa présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2007728
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026