mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007964 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 octobre 2020 et 15 novembre 2022, la société Anastasia, représentée par Me Levy, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi du fait du retard apporté à l'octroi du concours de la force publique, avec intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée compte tenu du retard pris par le préfet dans la mise en œuvre du concours de la force publique ;
- elle a subi un préjudice financier correspondant au montant de la dette locative pendant la période de responsabilité de l'Etat, soit du 1er avril 2020 au 31 mai 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Anastasia ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision de renvoi en formation collégiale.
Vu :
- le code civil ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 février 2018, la société Anastasia a consenti un contrat de bail immobilier d'une durée de 3 ans renouvelable par tacite reconduction portant sur un logement à usage d'habitation situé 1 rue Vivandière à Aubagne. Par jugement du 19 mars 2019, le tribunal d'instance d'Aubagne a résilié ce bail de location avec effet au 12 septembre 2018, condamné le locataire à payer au propriétaire la somme de 2 936,39 euros au titre des loyers, charges et indemnités d'occupations dus et ordonné, à défaut de départ volontaire ou de meilleur accord entre les parties, l'expulsion de l'occupant, au besoin avec le concours de la force publique. Après avoir informé le préfet des Bouches-du-Rhône, par courrier du 7 juin 2019, du commandement de quitter les lieux pris à l'encontre du locataire, la société Anastasia a sollicité le 5 septembre 2019 le concours de la force publique, qui lui a été accordé par une décision non datée du préfet à compter du 1er août 2020. L'huissier de justice, en présence de la force publique, a constaté que les locataires avaient quitté les lieux le 24 juin 2021. En réponse à la demande indemnitaire préalable réceptionnée le 3 août 2020, demandant réparation du préjudice subi du fait du retard dans l'octroi du concours de la force publique, le préfet a, par courrier du 23 octobre 2020, proposé d'indemniser à hauteur de 1 290 euros la société Anastasia, qui a refusé. Par la présente requête, la société requérante demande la condamnation de l'Etat à réparer le préjudice financier qu'elle estime avoir subi pour la période comprise entre le 1er avril 2020 et le 1er juin 2021 en lui versant une somme globale de 10 000 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat en raison du refus d'octroi du concours de la force publique :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille./ Par dérogation au premier alinéa du présent article, ce sursis ne s'applique pas lorsque la mesure d'expulsion a été prononcée en raison d'une introduction sans droit ni titre dans le domicile d'autrui par voies de fait () ". Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative au prolongement de la trêve hivernale : " Pour l'année 2020, la période mentionnée aux troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 31 mai 2020 ". Aux termes de l'article 10 de la loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions : " I. - Pour l'année 2020, la période mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et au premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. / II. - Pour l'année 2020, les durées mentionnées aux articles L. 611-1 et L. 641-8 du code des procédures civiles d'exécution sont augmentées de quatre mois. Pour la même année, les durées mentionnées aux articles L. 621-4 et L. 631-6 du même code sont augmentées de deux mois ".
4. Il résulte de ces dispositions que le terme de la période dite de " trêve hivernale " prévue au premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution a été repoussé du 1er avril 2020 au 10 juillet 2020. Ces dispositions ont ainsi eu pour effet de faire obstacle à ce que le concours de la force publique soit mis en œuvre, jusqu'au 10 juillet 2020, pour procéder à l'expulsion des occupants de logements à usage d'habitation.
5. Il résulte de l'instruction que, ainsi que cela a été exposé au point 1, la société requérante a sollicité le 5 septembre 2019 le concours de la force publique en vue de l'expulsion du locataire, occupant sans titre du bien lui appartenant, en exécution du jugement du 19 mars 2019 du tribunal d'instance d'Aubagne, et le concours de la force publique n'a été effectivement accordé qu'au 1er août 2020. Compte tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action et de la période de trêve hivernale prolongée jusqu'au 10 juillet 2020, la responsabilité de l'État s'est trouvée engagée à compter du 11 juillet 2020 et jusqu'au 31 juillet 2020.
6. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération le cas échéant, les versements effectués par le locataire durant la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de sa dette à la date du début de la période de responsabilité. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé de décompte des loyers et charges que le loyer mensuel du locataire dont il est question s'élevait à la somme de 389,85 euros, dont 20 euros de charges locatives, au titre du mois de juillet 2020. Il ne résulte pas de l'instruction que le bailleur ait perçu une aide personnalisée au logement. Ainsi, pour la période en litige, la perte de loyers s'élève à la somme de 272,90 euros.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat du fait du retard apporté à l'octroi du concours de la force publique :
7. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Seuls peuvent procéder à l'exécution forcée et aux saisies conservatoires les huissiers de justice chargés de l'exécution ". Aux termes de l'article L. 122-2 de ce code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution a la responsabilité de la conduite des opérations d'exécution ".
8. Il ne résulte pas de l'instruction que l'huissier mandaté par la société Anastasia, à qui il incombait, en application de l'article L. 122-2 du code des procédures civiles d'exécution cité au point précédent, l'organisation matérielle de l'expulsion, ait accompli les diligences nécessaires avant la date du 24 juin 2021 à laquelle il a été constaté, avec les forces de l'ordre, que les locataires avaient quitté les lieux. Dans ces conditions, la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée du fait d'un quelconque retard qui lui serait imputable pour la période allant du 1er août 2020 au 24 juin 2021.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner l'État à verser à la société requérante la somme de 272,09 euros au titre des pertes de loyers et charges subis pendant la période mentionnée au point 6.
Sur les intérêts :
10. La société Anastasia a droit aux intérêts de la somme de 272,09 euros à compter de la date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal, soit à compter du 18 octobre 2020.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la société Anastasia présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la somme de 272,90 euros avec intérêts au taux légal à compter du 18 octobre 2020.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Anastasia et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère.
Assistées de Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°2007964
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026