mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2008076 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ADDEN MEDITERRANEE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2020 et 22 avril 2024, la SCI Malaya 290, représentée par Me Vicquenault, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2020 par lequel le maire de la commune de Cabriès a retiré le permis de construire, délivré le 13 mars 2020 à la SCI Malaya 290 et à la société Bouygues immobilier, et rejeté leur demande de permis de construire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Cabriès une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée ne lui a pas été notifiée dans le délai de trois mois en méconnaissance de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;
- le projet ne méconnaît pas l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il ne méconnaît pas les articles 1AU3, 1AU4, 1AU11 et 1AU13 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU).
Par un mémoire en défense, enregistré les 11 février 2022, la commune de Cabriès, représentée par Me Giudicelli, de la société d'avocats Adden avocats Méditerranée, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens présentés par la société requérante ne sont pas fondés ;
- la décision portant retrait est également fondée, par substitution de motifs, sur l'absence de dispense d'étude d'impact en méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure civile ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arniaud,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- les observations de Me Vicquenault, représentant la SCI Malaya 290, et celles de Me Guidicelli, représentant la commune de Cabriès.
La note en délibéré enregistrée pour la SCI Malaya 290 le 26 septembre 2024 n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 mars 2020, le maire de la commune de Cabriès a délivré à la société Bouygues immobilier et à la SCI Malaya 290 un permis de construire un ensemble immobilier de 133 logements, dont 40 logements sociaux, et de 394 places de stationnement, sur les parcelles cadastrées section CY n° 8, n° 54 et n° 55. Par la présente requête, la SCI Malaya 290 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 août 2020 par lequel le maire de la commune de Cabriès a retiré le permis de construire délivré le 13 mars 2020 et refusé de délivrer ce permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :
2. Par un arrêté du 15 juillet 2020, régulièrement publié, le maire de la commune de Cabriès a donné délégation à M. C A, premier adjoint, à l'effet de signer, notamment, les autorisations du droit des sols dont les permis de construire ainsi que les retraits de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté portant retrait de permis de construire du 21 août 2020, signé par M. C A, a été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le délai de retrait :
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 651 du code de procédure civile : " Les actes sont portés à la connaissance des intéressés par la notification qui leur en est faite. / La notification faite par acte d'huissier de justice est une signification. / La notification peut toujours être faite par voie de signification alors même que la loi l'aurait prévue sous une autre forme ". En application de l'article 654 de ce code : " La signification doit être faite à personne () ". En application de l'article 655 du même code : " Si la signification à personne s'avère impossible, l'acte peut être délivré soit à domicile, soit, à défaut de domicile connu, à résidence. () / L'huissier de justice doit laisser, () au domicile ou à la résidence du destinataire, un avis de passage daté l'avertissant de la remise de la copie et mentionnant la nature de l'acte, le nom du requérant () ". Selon l'article 656 du même code : " Si personne ne peut ou ne veut recevoir la copie de l'acte et s'il résulte des vérifications faites par l'huissier de justice, dont il sera fait mention dans l'acte de signification, que le destinataire demeure bien à l'adresse indiquée, la signification est faite à domicile. Dans ce cas, l'huissier de justice laisse au domicile ou à la résidence de celui-ci un avis de passage conforme aux prescriptions du dernier alinéa de l'article 655 () ". Enfin selon le premier alinéa de l'article 658 du même code : " Dans tous les cas prévus aux articles 655 et 656, l'huissier de justice doit aviser l'intéressé de la signification, le jour même ou au plus tard le premier jour ouvrable, par lettre simple comportant les mêmes mentions que l'avis de passage et rappelant, si la copie de l'acte a été déposée en son étude, les dispositions du dernier alinéa de l'article 656. La lettre contient en outre une copie de l'acte de signification. () ".
5. Il ressort du procès-verbal dressé par un huissier de justice le 21 août 2020, dont les mentions font foi jusqu'à inscription de faux, qu'un arrêté portant retrait de permis de construire a été signifié à cette même date au siège de la SCI Malaya, seule adresse connue de l'administration. Selon la signification de l'acte, en l'absence de toute personne présente ou capable de recevoir l'acte, l'huissier de justice, conformément à l'article 656 du code de procédure civile, a laissé un avis de passage conforme à l'article 655 du même code et adressé une lettre comportant les mêmes mentions que l'avis de passage et copie de l'acte de signification, conformément à l'article 658 de ce code. L'acte d'huissier faisant foi jusqu'à preuve du contraire, la société requérante, qui ne fait valoir aucune circonstance particulière, n'est pas fondée à soutenir que la significative serait irrégulière à défaut de preuve d'envoi de la lettre de signification ou de la copie de l'enveloppe. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant retrait de permis de construire ne lui aurait pas été notifiée dans le délai de trois mois prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne les motifs de l'acte attaqué :
6. La décision portant retrait de permis de construire a été prise aux motifs que le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce qu'il porterait atteinte à la sécurité publique, compte tenu d'un risque d'incendie, à la salubrité publique, au regard d'un périmètre de protection rapprochée du bassin versant le Réaltor, qu'il est insuffisamment desservi en méconnaissance de l'article 1AU3 du POS, qu'il ne respecte pas les dispositions 1AU4 du POS quant à son raccordement au réseau public d'eau potable, celles de l'article 1AU11 relatives au terrassement et celles de l'article 1AU13 quant aux arbres de haute tige.
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
8. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
9. Il ressort des pièces du dossier que si le service d'incendie et de secours (SDIS) des Bouches-du-Rhône a émis un avis favorable sous réserves en 2015 concernant un projet de construction de 87 maisons individuelles et 2 logements collectifs, cet avis est ancien et concerne un projet moins imposant que celui en litige portant sur la construction de 133 logements et près de 400 places de stationnement. Il en va de même d'un avis de 2017, lequel porte par ailleurs seulement sur l'implantation de poteaux incendie, dont rien n'indique qu'elle soit adaptée au projet en litige. Au contraire, un avis du SDIS du 15 mai 2020, portant sur la défendabilité du projet en cause et le porter à connaissance (PAC) du risque feu de forêt, mentionne que la zone du projet est en partie en aléa " exceptionnel " ou " très fort ", compte tenu notamment de la présence de lignes de haute tension, rendant plus difficile l'intervention des services de secours incendie, en particulier par les airs. Si la société requérante fait valoir que le SDIS a émis un avis favorable tacite, il ressort toutefois d'un avis de mai 2020 que le SDIS n'a pas été saisi de ce projet pour une instruction au titre de l'habitation. Selon la cartographie du PAC, à laquelle la commune pouvait se référer pour apprécier le risque incendie au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le projet est pour moitié situé en aléa subi exceptionnel, notamment en ce qui concerne les logements collectifs situés au nord du terrain d'assiette. Il ressort de différentes photographies et documents que les parcelles assiettes du projet sont occupées par un boisement de pins d'Alep. Si la requérante fait valoir l'autorisation de défrichement dont la société Bouygues Télécom est bénéficiaire, le terrain assiette est en partie en bordure d'une zone naturelle boisée, classée en aléa exceptionnel, dans le périmètre de protection du projet d'intérêt général de protection du massif de l'Arbois, et le projet implique l'implantation de près de 400 arbres dont certains de haute tige. Par ailleurs, contrairement à ce qu'indique la société requérante, la commune pouvait prendre en compte l'absence d'alimentation du terrain par le réseau de la société du Canal de Provence, de nature à alimenter les bornes incendie, extension nécessitant des autorisations ou servitudes dont l'obtention n'est pas assurée. En outre, si la pétitionnaire fait valoir que le projet urbain partenarial (PUP) conclu entre la métropole Aix-Marseille-Provence et la société Bouygues immobilier permet un élargissement de 6 mètres du chemin de Saint-Victor, le PUP mentionne un élargissement à " 6 mètres maximum " sans préciser la largeur sur l'ensemble de la voie, et indique que les objectifs du programme visent la sécurisation des déplacements doux et la fluidité de la circulation devant le collège. Par suite, l'approbation de la convention du PUP n'est pas suffisante, compte tenu de l'ampleur du projet et de l'absence de certitude concernant la largeur de la voie, pour regarder la voie d'accès adaptée à la circulation des véhicules du service de secours incendie et le risque incendie maîtrisé. Par ailleurs, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les travaux d'équipements que la convention PUP prévoit, qui relèvent en partie de la compétence de la commune de Cabriès, tiers à la convention, seront effectivement réalisés.
10. Compte tenu du risque de feu de forêt important alors que le terrain d'assiette se situe proche d'une zone boisée, en grande partie aléa subi exceptionnel, de son impact en cas de réalisation eu égard au nombre de personnes concernées, le projet portant sur la construction de 133 logements et de 394 places de stationnement, à la configuration des lieux ne permettant pas aux services de secours d'y accéder par voies terrestres ou aériennes, c'est à bon droit que la commune a estimé que le projet était de nature à porter atteinte à la sécurité publique, risque qui ne pouvait pas être évité par des prescriptions dont l'observation incomberait au seul pétitionnaire, prescriptions au demeurant absentes du permis de construire retiré. Par suite, contrairement à ce que soutient la société requérante, le maire n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que le projet litigieux portait atteinte à la sécurité publique en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de sorte que le permis délivré pouvait légalement être retiré pour ce motif, dont il résulte de l'instruction qu'il aurait à lui seul conduit le maire à prendre la décision de retrait en litige. Les moyens par lesquels la société requérante conteste les autres motifs de retrait sont par suite sans incidence sur la légalité de cette décision. Pour les mêmes motifs, c'est à bon droit que le maire de la commune a refusé le permis de construire sollicité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI Malaya 290 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Cabriès, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Malaya 290 demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Malaya 290 une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Cabriès au titre des frais de même nature.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SCI Malaya 290 est rejetée.
Article 2 : La SCI Malaya 290 versera à la commune de Cabriès la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Malaya 290 et à la commune de Cabriès.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme B, première conseillière,
Mme Arniaud, première conseillère,
Assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
C. Arniaud
La présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026