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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008178

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008178

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCAGNOL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2020, Mme C D, représentée par Me Cagnol, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle avait présentée en vue de procéder au changement d'une clôture et d'une balustrade et à la création d'une place de parking supplémentaire sur une propriété située traverse de la Baudille dans le 7ème arrondissement de Marseille ;

2°) à ce qu'il soit enjoint au maire de Marseille, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal et sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer la décision de non-opposition à déclaration préalable sollicitée, à titre subsidiaire et sur le fondement de l'article L. 911-2 du même code, de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa requête n'est pas tardive ;

-l'arrêté est entaché d'incompétence ;

-le motif que le maire lui a opposé tiré de la méconnaissance par le projet de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est inopérant dès lors que les dispositions du plan local d'urbanisme ne prévoient pas des exigences moindres ;

-le motif que le maire lui a opposé tiré de la méconnaissance par le projet de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est infondé tant en ce qui concerne la clôture que la balustrade ;

-le motif que l'architecte des bâtiments de France lui a opposé tiré de la coupe d'un arbre est infondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2021, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par la requérante sont infondés ;

- au cas où le tribunal jugerait que l'article R. 111-27 ne pouvait fonder la décision en litige, une substitution de base légale est sollicitée, le projet méconnaissant les dispositions de l'article UP 9 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

Par une ordonnance du 22 juin 2022, la date de clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Cagnol, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 21 février 2020, le maire de Marseille s'est opposé à la déclaration préalable déposée par Mme D en vue de procéder au changement d'une clôture et d'une balustrade et à la création d'une place de parking supplémentaire sur une propriété située traverse de la Baudille dans le 7ème arrondissement de Marseille. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté, en tant qu'il s'oppose au changement de la clôture et de la balustrade.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " l'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) le maire, au nom de la commune, dans les communes qui sont dotées du plan local d'urbanisme (). " Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " le maire est seul chargé de l'administration mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints (). "

3. Signataire de l'arrêté en litige, Mme B, adjointe déléguée au droit des sols, a reçu délégation du maire de Marseille pour prendre, notamment, toutes les décisions relatives aux droits des sols, aux termes d'un arrêté n°2020-00048 VDM régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la commune de Marseille le 15 janvier 2020. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme, les dispositions de l'article R. 111-27 du même code s'appliquent y compris dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme. Par suite, et même si le territoire de la commune de Marseille est couvert par un plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) qui comprend des dispositions ayant le même objet que celles de l'article R. 111-27, ces dispositions peuvent, contrairement à ce que soutient la requérante, constituer la base légale de la décision attaquée, tout comme auraient pu l'être celles du règlement du PLUi, alors qu'en tout état de cause les unes et les autres font l'objet du même contrôle par le juge administratif s'agissant d'une décision refusant l'autorisation sollicitée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. Le secteur d'implantation du projet se trouve dans le quartier Bompard et il est par ailleurs classé en zone UP2b du PLUi, dans un " quartier en balcon remarquable " en pente vers la mer. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies produites, que, comme le décrit le volet patrimonial du règlement du PLUi, le bâti est constitué de " petites maisons mitoyennes, en bande ou occupant le centre de la parcelle, habitat rustique peu à peu conforté et agrandi, villas, anciennes bastides et petits châteaux, quelques immeubles de rapport ". Les lieux avoisinants présentent ainsi un intérêt paysager marqué, que le PLUi a relevé en précisant notamment dans ses orientations générales relatives à la qualité d'aménagement en zones UP-UM, intitulées " qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère / traitement des clôtures sur voie ou emprise publique ", que " la clôture sert plusieurs objectifs d'intérêt individuel (marquer physiquement les espaces, protéger l'intimité) mais le choix du dispositif dépasse l'intérêt privé car participe à un ensemble qui façonne l'espace public (paysage, ambiance d'une rue, ambiance d'un quartier). L'objectif du traitement de la clôture est donc de s'inscrire dans un paysage commun et partagé en recherchant une cohérence urbaine et paysagère. " et en prescrivant l'harmonisation du " traitement de la clôture avec le traitement du bâti et le contexte de la rue. ".

7. Le voisinage immédiat du projet comporte principalement des maisons individuelles, généralement dotées de jardins et séparées de la voirie publique par des clôtures en pierre ou en béton, de couleur blanche. La construction en projet est mitoyenne d'une maison dotée d'une clôture en " escalier " présentant les mêmes caractéristiques que celle que remplacerait le projet, et que celle de la maison située en face de la propriété de la requérante. Même si la clôture projetée maintient la haie de cyprès actuelle et respecte la hauteur totale de deux mètres voulue par les dispositions applicables du PLUi, elle se compose d'un muret de soubassement en béton blanc et d'une clôture ajourée métallique, droite, de couleur gris foncé. Par ailleurs, si les balustrades des habitations composant le secteur dans lequel est implantée la maison de Mme D ne présentent pas de cohérence particulière s'agissant des matériaux utilisés, la rambarde projetée, composée de verre et de style incontestablement moderne, romprait l'unité architecturale de la maison, visible de la rue et d'aspect traditionnel et ancien. Par suite, eu égard à l'harmonie à préserver dans des lieux présentant un fort intérêt paysager, le maire n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-27 en s'opposant à la déclaration préalable déposée par la requérante s'agissant de la clôture et de la balustrade projetée.

8. En dernier lieu, à supposer que Mme D soulève une exception d'illégalité de l'avis consultatif émis par l'architecte des Bâtiments de France au motif que ce dernier aurait relevé, à tort, qu'un arbre serait abattu alors qu'il sera remplacé, un tel moyen est, en tout état de cause, inopérant, l'arrêté contesté n'ayant pas été pris pour l'application de cet avis et celui-ci n'en constituant pas la base légale.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de base légale présentée par la commune de Marseille, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, comme celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller,

assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

H. A

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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