jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2008296 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2020, M. C B, représenté par Me Hini, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Marseille à lui verser la somme de 149 019,48 euros bruts en réparation du préjudice matériel résultant de l'accomplissement d'heures supplémentaires de travail non payées ;
2°) d'ordonner la rectification de ses bulletins de salaire ;
3°) de condamner la commune de Marseille à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune de Marseille a commis une faute en lui imposant une présence constante sur son lieu de travail, sans prendre de mesures permettant le respect de son temps de travail et la prise de repos compensateur, ni le payer pour ses heures supplémentaires ;
- il a subi un préjudice matériel correspondant aux heures supplémentaires effectuées mais non payées de 2015 à 2018 ;
- il a subi un préjudice moral depuis 2015 qui doit être réparé.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2022, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la prescription quadriennale s'applique aux sommes sollicitées afférentes à la période antérieure au 1er janvier 2016 ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 22 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;
- le décret n°2001-623 du 12 juillet 2001 ;
- le décret n° 2002-60 du 14 janvier 2002 ;
- le décret n° 2005-542 du 19 mai 2005 ;
- le code de la justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,
- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant la commune de Marseille.
Une note en délibéré, présentée par la commune de Marseille, a été enregistrée le 14 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est adjoint technique de deuxième classe au sein des services de la commune de Marseille. Il a été affecté à compter du 4 novembre 2011 sur un emploi de surveillant du domaine du site du Mont-Rose jusqu'au 1er mars 2018. Un logement de fonction lui a été concédé par nécessité absolue de service par convention du 1er décembre 2011. Par un courrier du 1er juillet 2020 réceptionné le 6 juillet 2020, M. B a saisi la commune de Marseille d'une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la durée excessive de son temps de travail et de l'absence de paiement d'heures supplémentaires, restée sans réponse. Il demande au tribunal de condamner la commune de Marseille à lui verser les sommes de 149 019,48 euros bruts en réparation de son préjudice financier et de 100 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur l'exception de prescription quadriennale au titre de la période antérieure au 1er janvier 2016 :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " sont prescrites, au profit () des communes, () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".
3. En l'espèce, les demandes indemnitaires de M. B se fondent, au titre de son préjudice financier, sur une créance d'heures supplémentaires pour les années 2015, 2016, 2017 et 2018, et, au titre de son préjudice moral, sur une créance relative à la même période. La commune de Marseille oppose toutefois la prescription des créances se rattachant à l'année 2015. En application des dispositions rappelées ci-dessus de la loi du 31 décembre 1968, le délai de prescription a, pour les créances nées en 2015, commencé à courir le 1er janvier de l'année suivante soit le 1er janvier 2016, jusqu'au 31 décembre 2019. Si M. B a présenté plusieurs demandes tendant à l'indemnisation de ses préjudices au titre de l'absence de paiement de ses heures supplémentaires, celle portant sur les créances se rattachant à l'année 2015 a été adressée à la commune de Marseille pour la première fois le 1er juillet 2020. Par suite, ainsi que le relève la commune en défense, les créances résultant des sommes dont M. B a demandé le versement pour la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2015 sont prescrites.
Sur la responsabilité de la commune de Marseille :
4. Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature, applicable aux agents territoriaux en vertu de l'article 1 du décret du 12 juillet 2001 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat (). / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées () ". Aux termes de l'article 3 : " I.- L'organisation du travail doit respecter les garanties minimales ci-après définies. /La durée hebdomadaire du travail effectif, heures supplémentaires comprises, ne peut excéder ni quarante-huit heures au cours d'une même semaine, ni quarante-quatre heures en moyenne sur une période quelconque de douze semaines consécutives et le repos hebdomadaire, comprenant en principe le dimanche, ne peut être inférieur à trente-cinq heures. /La durée quotidienne du travail ne peut excéder dix heures. /Les agents bénéficient d'un repos minimum quotidien de onze heures. /L'amplitude maximale de la journée de travail est fixée à douze heures. /Le travail de nuit comprend au moins la période comprise entre 22 heures et 5 heures ou une autre période de sept heures consécutives comprise entre 22 heures et 7 heures. /Aucun temps de travail quotidien ne peut atteindre six heures sans que les agents bénéficient d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes ()".
5. Il résulte de l'instruction qu'aucune amplitude horaire précise de temps de travail et de temps d'astreinte n'a été définie par la commune de Marseille dans l'arrêté de nomination du requérant du 13 décembre 2011. Si la commune de Marseille soutient que les missions et le temps de travail de M. B étaient prévus par la convention d'occupation d'un logement de fonction signée le 25 novembre 2011, cette convention se borne à stipuler en son point III intitulé " Fonctions et affectation de l'agent logé " que : " En plus d'une présence permanente (y compris les samedis, dimanches et jours fériés) dans l'équipement où se trouve situé le logement, l'agent répond à des sujétions déterminées par le service d'affectation à savoir : tâches de surveillance, de maintenance, d'entretien des installations et des abords de l'équipement ainsi qu'un contrôle de son accès.() L'agent s'engage à se conformer pour l'accomplissement de son travail aux instructions et consignes qui lui seront données. Il bénéficiera des jours de congés prévus par la réglementation en vigueur dans les conditions définies par le service gestionnaire ". Ainsi, et alors qu'il ne résulte d'aucune pièce versée dans l'instance que le requérant se serait vu notifier une durée de travail journalière de sept heures, les horaires de début et de fin de service n'étaient pas déterminés ni, par voie de conséquence, les temps de repos et d'astreinte de M. B à qui il était de surcroît demandé une présence permanente, y compris les samedis, dimanches et jours fériés, cette situation ayant au demeurant conduit l'intéressé à alerter à plusieurs reprises son employeur sur la difficulté pour lui d'être constamment d'astreinte et de ne pas pouvoir en outre prendre du temps de repos et des congés. Dans ces conditions, la commune de Marseille a commis une faute en s'abstenant de déterminer le cycle de travail de M. B, en ne lui accordant pas de jour de repos hebdomadaire ainsi que le prévoit l'article 3 du décret du 25 août 2000, et en lui imposant une présence permanente y compris les samedis, dimanches et jours fériés. La circonstance que la commune mettait à disposition de l'agent un logement de fonction sur le site par nécessité absolue de service demeure sans influence à cet égard. Par suite, M. B est en droit d'obtenir réparation des préjudices directs et certains qui ont pu en résulter pour lui.
Sur les préjudices :
6. En premier lieu, l'article 2 du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et la magistrature, applicable aux agents territoriaux en vertu de l'article 1 du décret du 12 juillet 2001 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale, dispose que : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ". L'article 4 du même décret dispose que : " Le travail est organisé selon des périodes de référence dénommées cycles de travail. () / Pour les agents relevant d'un régime de décompte horaire des heures supplémentaires, celles-ci sont prises en compte dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail. Elles font l'objet d'une compensation horaire (). A défaut, elles sont indemnisées " et l'article 5 que : " Une période d'astreinte s'entend comme une période pendant laquelle l'agent, sans être à la disposition permanente et immédiate de son employeur, a l'obligation de demeurer à son domicile ou à proximité afin d'être en mesure d'intervenir pour effectuer un travail au service de l'administration, la durée de cette intervention étant considérée comme un temps de travail effectif () ". Aux termes de l'article 7 du décret du 14 janvier 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires : " () / Une période d'astreinte telle que définie à l'article 5 du décret du 25 août 2000 susvisé ne peut être rémunérée au titre des heures supplémentaires. Cependant lorsque des interventions sont effectuées au cours d'une période d'astreinte, ne sont pas compensées et donnent lieu à la réalisation d'heures supplémentaires, elles peuvent être rémunérées à ce titre ". L'article 1er du décret du 19 mai 2005 relatif aux modalités de la rémunération ou de la compensation des astreintes et des permanences dans la fonction publique territoriale dispose que : " () bénéficient d'une indemnité non soumise à retenue pour pension ou, à défaut, d'un repos compensateur certains agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant : / 1° Lorsqu'ils sont appelés à participer à une période d'astreinte ; / 2° Lorsque des obligations liées au travail imposent à un agent de se trouver sur son lieu de travail habituel, ou en un lieu désigné par son chef de service, pour nécessité de service, sans qu'il y ait travail effectif ou astreinte ". Selon l'article 3 de ce décret : " La rémunération et la compensation des obligations décrites à l'article 1er ci-dessus () ne peuvent être accordées aux agents qui bénéficient d'une concession de logement par nécessité absolue de service () ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions citées ci-dessus que, si un agent territorial bénéficiant d'une concession de logement à titre gratuit pour nécessité absolue de service ne peut pas prétendre au paiement ou à la compensation de ses périodes d'astreinte, y compris lorsque ces périodes ne lui permettent pas de quitter son logement, il peut toutefois prétendre au paiement ou à la compensation d'heures supplémentaires, à la double condition que ces heures correspondent à des interventions effectives, à la demande de l'autorité hiérarchique, réalisées pendant le temps d'astreinte, et qu'elles aient pour effet de faire dépasser à cet agent les bornes horaires définies par le cycle de travail.
8. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant disposait d'un logement pour nécessité absolue de service, et n'est dès lors pas fondé à réclamer le paiement de l'ensemble de ses périodes d'astreinte. S'il demande l'indemnisation des heures supplémentaires de travail effectuées chaque année jusqu'en 2018 au-delà de la durée légale, les seules pièces qu'il produit ne permettent pas d'établir la réalité et le nombre des interventions effectives qu'il aurait réalisées à la demande de son employeur au cours de périodes d'astreinte, ni leur amplitude. Par suite, le préjudice financier dont M. B se prévaut du fait d'heures supplémentaires non payées n'est pas établi.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction et il n'est pas utilement contredit que la carence de la commune de Marseille à définir le cycle de travail de M. B ainsi que l'obligation imposée à ce dernier d'être présent de manière permanente sur son lieu de travail y compris les samedis, dimanches et jours fériés a eu une incidence sur l'organisation de la vie personnelle et les conditions d'existence de ce dernier pendant une période de presque trois ans. Il sera fait une juste appréciation de l'indemnité qui lui est due en réparation de son préjudice moral en la fixant à la somme de 4 500 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est uniquement fondé à demander la condamnation de la commune de Marseille à lui verser la somme de 4 500 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Les conclusions présentées par M. B à fin d'injonction tendant à la rectification par la commune de ses bulletins de salaire, qui sont en tout état de cause dépourvues des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et n'entrent pas dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Marseille le versement d'une somme de 1 500 euros à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Marseille est condamnée à verser à M. B la somme de 4 500 euros.
Article 2 : La commune de Marseille versera une somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Marseille.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Felmy, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
signé
C. Hétier-Noël
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2008296
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026