jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2008313 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FOUDIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 octobre 2020 et les 12 avril 2021 et 26 mai 2022, la SARL Marco Paulo, représentée par Me Foudil, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 ainsi que celle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016, et des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, d'appliquer le coefficient de bénéfice brut proposé par la
société aux achats de chaque exercice, en lieu et place de celui déterminé par le service vérificateur, et prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016, et des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité dès lors que le service vérificateur a prélevé et utilisé des fichiers relatifs aux recettes des mois de mai à septembre 2017, période non couverte par les opérations de contrôle et emporté des copies de ces documents comptables ;
- dès lors que sa comptabilité n'était pas irrégulière, le service ne pouvait, sans méconnaître l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, prolonger les opérations de contrôle au-delà de trois mois ;
- elle n'a pas été informée de la prolongation des opérations de contrôle au-delà de trois mois ;
- la proposition de rectifications est, dans sa partie concernant le rejet de la comptabilité insuffisamment motivée ;
Sur le bien-fondé des impositions :
- la comptabilité a été rejetée à tort par l'absence de détail des produits vendus, d'inventaire des stocks, de précisions quant au mode de paiement et de pièces justificatives des ventes ;
- elle ne peut être soumise à l'impôt sur les sociétés sur option dès lors qu'elle n'a pas adressé au service gestionnaire la lettre d'option à l'impôt sur les sociétés ;
- la reconstitution de recettes de la période vérifiée est radicalement viciée dès lors qu'elle est fondée sur la seule année 2017, qui comporte deux mois sans caisse enregistreuse ;
Sur les pénalités :
- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas fondées, l'administration ne démontrant pas les irrégularités comptables constatées et la minoration de recettes.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 février 2021 et le 25 avril 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zarrella, rapporteur,
- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Marco Paulo, exerçant l'activité de commerce de boulangerie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2014, 2015 et 2016. À l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale, par une proposition de rectification du 30 novembre 2017, a considéré la comptabilité de l'entreprise non probante, procédé à une reconstitution de ses recettes et notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2014 à 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, outre des intérêts de retard et pénalités pour manquements délibérés, pour un montant de 79 013 euros. La SARL Marco Paulo demande la décharge, respectivement, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () / IV. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contrôle porte sur l'ensemble des informations, données et traitements informatiques qui concourent directement ou indirectement à la formation des résultats comptables ou fiscaux et à l'élaboration des déclarations rendues obligatoires par le code général des impôts ainsi que sur la documentation relative aux analyses, à la programmation et à l'exécution des traitements. () ". Aux termes de l'article L. 13 F du même livre : " Les agents de l'administration peuvent, sans que le contribuable puisse s'y opposer, prendre copie des documents dont ils ont connaissance dans le cadre des procédures de contrôle prévues aux articles L. 12 et L. 13 et de la procédure d'instruction sur place prévue à l'article L. 198 A . Les modalités de sécurisation des copies de documents sous forme dématérialisée sont précisées par arrêté du ministre chargé du budget. ". Aux termes du II de l'article L. 47 A du même livre : " En présence d'une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés et lorsqu'ils envisagent des traitements informatiques, les agents de l'administration fiscale indiquent par écrit au contribuable la nature des investigations souhaitées. ".
3. Il résulte des dispositions précitées que le vérificateur ne peut procéder à des traitements sur la comptabilité informatisée du contribuable vérifié sans l'avoir informé préalablement des différentes options offertes quant aux modalités de traitement informatique prévues à l'article L. 47 A précité du livre des procédures fiscales, et que le défaut d'une telle information entache d'irrégularité la procédure d'imposition. Toutefois, si ces dispositions assurent au contribuable contrôlé les garanties prévues par l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales lorsque l'administration souhaite conduire des investigations sur le fonctionnement des systèmes informatisés qu'il utilise, elles ne font pas obstacle à ce que, en dehors de cette procédure, l'administration demande, dans le cadre d'une vérification de comptabilité, sur le fondement de l'article L. 13 du même livre, une copie des données issues de tels systèmes, y compris sur support informatique, pour les consulter et analyser, à partir de ses propres outils, leur cohérence avec les déclarations fiscales de ce contribuable.
4. Il résulte de l'instruction qu'aucun justificatif relatif à la période vérifiée n'a été présenté au service vérificateur et que la société requérante ne s'est dotée d'une caisse enregistreuse qu'à compter de mai 2017. En vue de reconstituer le chiffre d'affaires le service vérificateur, a utilisé les données statistiques contenues dans la caisse enregistreuse portant sur la période comprise entre la date de son installation, et le 20 septembre 2017. L'administration fait valoir sans être contredite que seule la gérante, Mme B disposait du code manager pour exporter les fichiers de la caisse enregistreuse, et que le service vérificateur s'était acquitté de cette obligation d'information, oralement le 20 septembre 2017, en présence de Mme B, qui lui avait donné son accord pour extraire les fichiers en cause, qui ont été annexés à la proposition de rectification du 30 novembre 2017. Il résulte de l'instruction que ces éléments concernaient l'année 2017, non vérifiée, et ne concouraient dès lors ni directement ni indirectement à la formation des résultats comptables ou fiscaux des années en litige. Par ailleurs, si la société requérante soutient que l'administration ne l'a pas informée préalablement des différentes options offertes quant aux modalités de traitement informatisé prévues à l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, les rectifications opérées ne procèdent d'aucun traitement informatisé, le vérificateur ayant reconstitué le chiffre d'affaire déclaré selon une méthode extra-comptable, à partir de données statistiques, ainsi qu'il a été dit. Il est également constant que si le service vérificateur a procédé à l'extraction des données, il n'a réalisé aucune manipulation des fichiers. Enfin, si la société requérante soutient qu'elle n'a pas reçu du service vérificateur une copie des documents emportés, s'agissant de la copie de fichiers informatiques, cet emport, à le supposer établi, est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité de la procédure s'agissant de copies de fichiers informatiques. Dans ces conditions, la SARL Marco Paulo ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, relatives aux modalités de contrôle des comptabilités tenues au moyen de systèmes informatisés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 13 et L. 47 A du livre des procédures fiscales, et, par voie de conséquence, de l'irrégularité de la procédure d'imposition doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts ; () / II. - Par dérogation au I, l'expiration du délai de trois mois n'est pas opposable à l'administration : () / 4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois. ". Ces dispositions, de même qu'aucun autre texte législatif ou règlementaire, n'imposent à l'administration, ni d'informer le contribuable de la prolongation du délai de vérification sur place lorsque la comptabilité s'avère dénuée de valeur probante ni d'apporter, avant l'expiration du délai de trois mois, la démonstration des graves irrégularités permettant la prolongation du délai imparti à l'administration pour se livrer au contrôle. Il résulte de l'instruction et de ce qui va être exposé aux points 9 et 10 qu'au vu des irrégularités constatées privant de valeur probante la comptabilité, le service vérificateur était fondé à prolonger la durée des opérations de contrôle au-delà de trois mois. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait dû être informée de la prorogation du délai de trois mois des opérations de contrôle, prévue par les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales cité au point précédent.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.
7. Il résulte de la lecture de la proposition de rectification du 30 novembre 2017 qu'elle mentionne les principes et les modalités des rappels envisagés, les impôts concernés, les années d'imposition, le droit applicable, en l'occurrence les articles du code général des impôts concernés, sur lesquels l'administration s'est fondée pour déterminer les impositions en litige. Elle précise dans le paragraphe " III. Rejet de la comptabilité non sincère et probante " les motifs de fait constatés par le service vérificateur, en l'occurrence la non-conservation et la non-présentation des justificatifs de caisse enregistreuse, l'absence d'inventaire détaillé des stocks de marchandises, la globalisation des recettes en fin de mois et la non-conservation des détails journaliers. Elle indique également que les recettes sont enregistrées d'après un tableau Excel produit par la gérante mentionnant le chiffre d'affaires toutes taxes comprises sans aucun détail. En outre, il est précisé par le service vérificateur que l'analyse de ces tableaux fait ressortir l'absence de détail des produits vendus, la distinction des modes de paiement (espèces, chèques), et l'inventaire des stocks. Enfin, la proposition de rectification du 30 novembre 2017 donne en annexe le détail des chiffres d'affaires annuels reconstitués de la période vérifiée à partir des achats effectués auprès des fournisseurs de la SARL Marco Paulo, auprès desquels un droit de communication a été réalisé, ainsi que le précise la proposition de rectification. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :
8. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ".
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a constaté que les recettes étaient enregistrées sur un tableau de recettes établi mensuellement mentionnant le chiffre d'affaires toutes taxes comprises sans aucun détail des produits vendus, des modes de paiement et de l'inventaire des stocks. Si la société requérante soutient que le rejet de sa comptabilité n'est pas fondé au motif que l'administration fait valoir le défaut de conservation et de présentation des justificatifs de caisse enregistreuse, en l'occurrence les bandes de caisse journalières sans rompu ni rature, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des rectifications opérées, le service vérificateur précisant explicitement, dans la proposition de rectification, que la SARL Marco Paulo s'est dotée d'une caisse enregistreuse en mai 2017 pour comptabiliser ses recettes. Par ailleurs, même si le service vérificateur précise ensuite qu'aucun justificatif détaillé relatif à la période vérifiée n'a été conservé, il n'indique pas que ces justificatifs proviendraient d'une caisse enregistreuse, contrairement à ce que soutient la société requérante.
10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la SARL Marco Paulo n'a pas été en mesure de justifier du détail de ses recettes journalières pour les exercices faisant l'objet de la vérification de comptabilité. Ainsi qu'il a été dit, elle s'est bornée à produire un tableau Excel ne donnant aucun détail des produits vendus, des modes de paiement et de l'inventaire des stocks. Il en résulte que le service vérificateur était dans l'impossibilité de vérifier la concordance des ventes réalisées avec les achats comptabilisés, les carnets à souche présentés, contenant des notes manuscrites insuffisamment détaillées ne permettant pas de justifier les ventes réalisées. En ce qui concerne les modes de paiement, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'enregistrement quotidien des recettes sans distinction des chèques et des espèces empêche de vérifier la régularité et l'exactitude du compte de caisse. Enfin, si le suivi de l'inventaire des stocks sur le tableau des recettes ne relève pas d'une obligation légale, ainsi que le soutient la société requérante, il demeure indispensable pour évaluer les ventes de l'exercice. L'ensemble de ces éléments permet de regarder l'administration comme établissant que la comptabilité de la SARL Marco Paulo était entachée de graves irrégularités. Par suite, elle était en droit d'écarter sa comptabilité et de procéder à la reconstitution de son chiffre d'affaires.
En ce qui concerne la méthode de reconstitution des recettes :
11. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. ".
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la comptabilité de la SARL Marco Paulo comportait des irrégularités de nature à lui ôter tout caractère probant et qu'elle a été régulièrement écartée. Il résulte de l'instruction que l'administration s'est conformée à l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, lors de sa séance du 13 juin 2019. Il en résulte que la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires auxquelles la SARL Marco Paulo a été assujettie incombe à cette dernière.
13. Il résulte de l'instruction que, l'entreprise exerçant plusieurs activités, en l'occurrence la cuisson de produits de boulangerie surgelés, la plus importante, la fabrication ou la transformation à partir de produits frais ou surgelés à compter de mi-2016, l'achat-revente de boissons, de biscottes, chips, produits secs et glaces à compter de mi-2016, la vente aux professionnels des environs, bars et restaurants, des collectivités locales et associations des produits de viennoiserie en appliquant des remises, le service vérificateur a recouru à la méthode des constantes, pour reconstituer le chiffre d'affaires total, égal à la somme des chiffre d'affaires activité de cuisson, achat-revente et produits fabriqués. Cette méthode a consisté à déterminer en premier lieu la part représentée par les ventes de produits surgelés et revendus en l'état dans le chiffre d'affaires total sur une période, puis à déterminer en second lieu les recettes toutes taxes comprises générées par l'activité de cuisson et de revente en l'état selon la méthode dite de " comptabilité matière ", laquelle consiste à déterminer les quantités de produits revendus et à leur appliquer le tarif de vente constaté en magasin. Le chiffre d'affaires total toutes taxes comprises reconstitué par exercice est alors égal au rapport existant entre la somme des chiffres d'affaires " cuisson " et " vente en l'état " et le pourcentage de ces deux activités dans le chiffre d'affaires total. Ainsi, en l'absence de justificatifs de recettes, le service vérificateur a appliqué aux trois exercices vérifiés, 2014, 2015 et 2016, le pourcentage des recettes " cuisson " et " ventes en l'état " révélées par l'exploitation des statistiques de vente entre mai et septembre 2017. Par ailleurs, en l'absence de modification des conditions d'exploitation de la société d'une année sur l'autre, ainsi que l'a confirmé la gérante, Mme B lors des opérations de contrôle, le service vérificateur était fondé à utiliser les statistiques de vente entre mai et septembre 2017 pour calculer les coefficients de bénéfice brut appliqués aux exercices vérifiés. Il en est résulté au titre des années 2014, 2015 et 2016, des chiffres d'affaires toutes taxes comprises respectivement de 417 590 euros, 395 960 euros et 313 861 euros.
14. En premier lieu, si la société requérante considère que la reconstitution mise en oeuvre par le service n'est pas pertinente du fait de son caractère approximatif, elle n'apporte pas la preuve qui lui incombe que les éléments retenus par le service, issus notamment de l'exercice de son droit de communication auprès des fournisseurs de la SARL Marco Paulo, pour opérer des rectifications, et reconstituer le chiffre d'affaires à partir des achats et du coefficient déterminé sur place, sont inexacts. Par ailleurs, le service ne disposait d'aucun autre moyen pour vérifier et évaluer les recettes perçues.
15. En second lieu, la société requérante ne produit aucun élément ou document étayant la méthode de calcul du coefficient de bénéfice brut qu'elle propose sur la période de mai à septembre 2017, correspondant à la période durant laquelle elle disposait d'une caisse enregistreuse et consistant à retenir le coefficient de l'exercice clos en 2018, entièrement réalisé avec une caisse enregistreuse. Par suite, elle n'est pas fondée à contester le coefficient de bénéfice brut calculé et appliqué par le service vérificateur sur la période de mai à septembre 2017. Elle n'établit pas non plus la pertinence, ni la correspondance à la réalité des conditions d'exploitation de l'entreprise, de la moyenne des coefficients de bénéfice brut qu'elle propose, d'un total de 2,03 dont elle demande l'application aux recettes reconstituées des années vérifiées.
16. En dernier lieu, si la société requérante conteste le pourcentage de pertes et offerts de 10 % retenu par le service vérificateur, ainsi que la valorisation des achats revendus, elle n'apporte, à l'appui de sa requête, aucun argument susceptible de les remettre en cause.
En ce qui concerne l'option d'assujettissement à l'impôt sur les sociétés :
17. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions des articles 8 ter, 239 bis AA, 239 bis AB et 1655 ter, sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet () les sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes dans les conditions prévues au IV de l'article 3 du décret n° 55-594 du 20 mai 1955 modifié, () / 3. Sont soumis à l'impôt sur les sociétés s'ils optent pour leur assujettissement à cet impôt dans les conditions prévues à l'article 239 : () e. Les sociétés à responsabilité limitée dont l'associé unique est une personne physique ; () ". Aux termes de l'article 239 du même code : " 1. Les sociétés et groupements mentionnés au 3 de l'article 206 peuvent opter, dans des conditions qui sont fixées par arrêté ministériel, pour le régime applicable aux sociétés de capitaux. () / L'option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise pour la première fois à l'impôt sur les sociétés. Toutefois, en cas de transformation d'une société de capitaux en une des formes de société mentionnées au 3 de l'article 206 ou en cas de réunion de toutes les parts d'une société à responsabilité limitée entre les mains d'une personne physique, l'option peut être notifiée avant la fin du troisième mois qui suit cette transformation ou cette réunion pour prendre effet à la même date que celle-ci. Dans tous les cas, l'option exercée est irrévocable. " Aux termes de l'article 22 de l'annexe IV au code général des impôts : " La notification de l'option prévue à l'article 239 du code général des impôts est adressée au service des impôts du lieu du principal établissement de la société ou du groupement qui souhaite exercer cette option. / La notification indique la désignation de la société ou du groupement et l'adresse du siège social, les nom, prénoms et adresse de chacun des associés, membres ou participants, ainsi que la répartition du capital social ou des droits entre ces derniers. Elle est signée dans les conditions prévues par les statuts ou, à défaut, par tous les associés, membres ou participants. Il en est délivré récépissé () ".
18. Aux termes de l'article R. 123-1 du code de commerce, dans sa version alors applicable : " Les centres de formalités des entreprises permettent aux entreprises de souscrire en un même lieu l'ensemble des formalités et procédures nécessaires à l'accès et à l'exercice de leur activité. Ils reçoivent à cet effet le dossier unique prévu à l'article 2 de la loi n° 94-126 du 11 février 1994 relative à l'initiative et à l'entreprise individuelle. / Ce dossier comporte : 1° Les déclarations relatives à la création, aux modifications de la situation ou à la cessation d'activité, que les entreprises sont tenues de remettre aux administrations, personnes ou organismes mentionnés à l'annexe 1-1 à l'article R. 123-30 ; () ". Aux termes de l'article R. 123-3 du même code : " 1° Sous réserve des dispositions des 2° et 3°, les chambres de commerce et d'industrie créent et gèrent les centres de formalités des entreprises compétents pour : () b) Les sociétés commerciales. () ". Aux termes de l'article R. 123-5 de ce code : " () Toutefois, lorsque la déclaration comporte une demande d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés, d'inscription modificative ou de radiation, le déclarant a la faculté de déposer le dossier de déclaration directement auprès du greffe du tribunal compétent pour y procéder. Dans ce cas, le greffe, qui conserve la demande d'inscription, transmet sans délai le dossier au centre de formalités des entreprises compétent. () ". Aux termes de l'article R. 123-17 du même code : " La déclaration présentée ou transmise au centre de formalités des entreprises compétent vaut déclaration auprès de l'organisme destinataire, dès lors qu'elle est régulière et complète à l'égard de ce dernier. () ".
19. En application des dispositions citées aux points 5 et 6 ci-dessus, pour exercer valablement leur option pour l'imposition selon le régime propre aux sociétés de capitaux, les sociétés de personnes doivent soit notifier cette option au service des impôts du lieu de leur principal établissement, conformément aux prescriptions de l'article 239 du code général des impôts et de l'article 22 de l'annexe IV à ce code, soit cocher la case prévue à cet effet sur le formulaire remis au centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce dont elles dépendent à l'occasion de la déclaration de leur création ou de leur modification, manifestant ainsi sans ambiguïté l'exercice de leur option. Si les dispositions de ces articles n'ont ni pour objet, ni pour effet de dispenser de ces formalités les sociétés ou groupements mentionnés au 3 de l'article 206 du code général des impôts qui opteraient pour leur assujettissement à cet impôt alors qu'ils n'y étaient pas précédemment soumis, il en va autrement dans l'hypothèse où une société à responsabilité limitée décide, au moment de la réunion de toutes ses parts entre les mains d'un associé unique, de demeurer assujettie à l'impôt sur les sociétés. Une telle entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée est réputée avoir régulièrement exercé l'option offerte au 3 de l'article 206 si elle a opté dans ses statuts, dans le délai prévu à la deuxième phrase du deuxième alinéa de l'article 239, pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, et si elle a, au titre du premier exercice clos après la réunion des parts dans une même main, déclaré ses résultats sous le régime de l'impôt sur les sociétés.
20. Il résulte de l'instruction que, le 10 juin 2015, M. A, qui possédait la moitié des parts de la SARL Marco Paulo les a revendues à Mme B, qui en est ainsi devenue l'associée unique, transformant la SARL Marco Paulo en entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée.
D'une part, ainsi que le fait valoir l'administration, l'article 22 des statuts de la SARL Marco Paulo, à jour au 10 juin 2015, dispose : " Après approbation des comptes et constatation de l'existence d'un bénéfice distribuable, l'Assemblée générale détermine sur proposition de la gérance toutes sommes qu'elle juge convenable de prélever sur ce bénéfice pour être reportées à nouveau sur l'exercice suivant ou inscrites à un ou plusieurs fonds de réserves ordinaires ou extraordinaires, généraux ou spéciaux, dont elle règle l'affectation ou l'emploi. Le surplus, s'il en existe, est attribué aux associés sous forme de dividende. ". Il ressort de ces dispositions que la société requérante n'a pas modifié cet article de son statut initial, lequel, par son contenu, témoigne du maintien de son assujettissement, par option, à l'impôt sur les sociétés. D'autre part, il n'est pas contesté qu'elle a déposé, le 4 août 2017, la déclaration de résultats sous le régime de l'impôt sur les sociétés, au titre du premier exercice clos après la réunion des parts dans une même main. Par suite, et alors même que l'administration n'est pas en mesure de produire l'accusé de réception de la lettre datée du 15 juillet 2015 et à l'attention du service gestionnaire du dossier fiscal de la SARL Marco Paulo demandant explicitement le renouvellement de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, malgré les changements affectant ses statuts, remise sur demande du service vérificateur, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas opté à son assujettissement à l'impôt sur les sociétés.
Sur les pénalités :
21. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
22. Pour justifier la majoration de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fait valoir que la société requérante, même si elle respectait ses obligations déclaratives en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée, a, au cours de l'ensemble des années vérifiées, dissimulé une partie importante des chiffres d'affaires qu'elle a réalisés. Les irrégularités relevées, au regard de leur gravité et de leur récurrence mettent en évidence le caractère intentionnel des anomalies constatées. Au vu de ces éléments, l'administration doit être regardée comme établissant que les inexactitudes et omissions relevées à l'encontre de la SARL Marco Paulo caractérisent un manquement délibéré au sens des dispositions de l'article 1729 du code précité.
23. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Marco Paulo n'est pas fondée à demander, en droits et pénalités, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016, et de taxe sur la valeur ajoutée, au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Marco Paulo est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Marco Paulo et à la directrice des finances publiques de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Menasseyre, présidente,
M. Zarrella, premier conseiller,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
A-D Zarrella
La présidente,
signé
A. MenasseyreLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
N°2008313
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026