mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2008345 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FOUDIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 octobre 2020 et le 14 juin 2021, la société par actions simplifiée (SAS) ADP Fermetures, représentée par Me Foudil, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie pour la période du 24 février 2015 au 31 mars 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période du 24 février 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités pour manquement délibéré appliquées à ces rappels portants sur la taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne précise pas les crédits qu'elle a omis dans la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée collectée ;
- l'administration ne pouvait procéder à une reconstitution de son chiffre d'affaire imposable à la TVA dès lors que sa comptabilité régulière et probante est nécessairement plus précise que toute méthode de reconstitution ;
- l'administration n'établit pas qu'elle a repris le fonds de commerce de la société Alu Durance PVC, notamment sa clientèle, alors qu'aucun acte de transfert n'a été conclu et qu'elle ne pouvait dès lors l'inscrire à son actif, non plus que les moyens de production de cette société mis à sa disposition, gratuitement ou non, par des associés ou d'autres personnes, dont l'administration n'a pas même dressé le détail ou déterminé le propriétaire, ou son local, faute de démontrer une cession du droit au bail, alors qu'elle a utilisé des locaux nouveaux à Malijai, qu'elle s'est constituée des clients nouveaux et a eu recours à du personnel intérimaire ; au demeurant, la société Alu Durance PVC était locataire-gérant de la société PVC Durance et n'avait donc pas de fonds de commerce ;
- à supposer qu'elle ait repris le fonds de commerce de la société Alu Durance PVC, elle devait inscrire la valeur du fond à son actif et la valeur d'acquisition à son passif, en sorte qu'il ne pouvait y avoir de variation de la valeur d'actif net ; s'agissant du matériel dont la valeur a été fixée à 39 080 euros, elle est fondée sur celle inscrite au bilan de la société Alu Durance PVC au 31 décembre 2013 et, à supposer qu'elle l'ait repris, il aurait nécessairement été d'occasion et sa valeur plus faible ; l'administration n'a indiqué aucun terme de comparaison lui ayant permis de déterminer une telle valeur ;
- l'application des pénalités pour manquement délibéré au rappel de taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation est injustifiée.
Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2021, le directeur du contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Claudé-Mougel, rapporteur,
- les conclusions de Mme Aaselles, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS ADP Fermetures, qui exerce une activité de fabrication et vente, pose de menuiseries à Gap (05000), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 24 février 2015 au 31 mars 2017, étendue au 31 décembre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La SAS ADP Fermetures demande la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités pour manquement délibéré appliquées aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". La proposition de rectification du 4 septembre 2018 notifiée à la SAS ADP Fermetures comporte la désignation des impôts concernés, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énonce les motifs de droit et de fait sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés. Elle mentionne en particulier le montant total de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée en comptabilité sur la période vérifiée et celui déclaré par la société requérante, et la discordance qui en résulte. Elle est ainsi suffisamment motivée, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'elle ne mentionne pas chacun des crédits qui aurait été omis au titre de la taxe collectée.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée :
3. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit :/ a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectuée () / 2. La taxe est exigible : / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération () " En l'absence de remise en cause du caractère régulier, sincère et probant de la comptabilité, l'administration fiscale ne peut, pour apporter la preuve qui lui incombe de ce que la société n'aurait pas déclaré la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'ensemble des recettes encaissées, recourir à une méthode d'évaluation moins précise que les écritures comptabilisées. Il lui est en revanche loisible de procéder à des tests de cohérence des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée en les rapprochant d'autres éléments tirés de la comptabilité de la société, tels les soldes des comptes de produits et ceux des comptes des clients, corrigés de leurs variations entre l'ouverture et la clôture de la période considérée.
4. Il résulte de l'instruction qu'à l'examen de la comptabilité de la SAS ADP Fermetures, l'administration a constaté une discordance injustifiée entre, d'une part, le chiffre d'affaires figurant en comptabilité et celui porté sur les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée de la société. Cette discordance a été calculée à partir des comptes clients tels qu'ils ressortent des écritures comptables, en tenant compte des annulations, compensations ou virements, et corroborée à partir des rapprochements de chiffres d'affaires effectués par l'expert-comptable de la société ainsi que par les crédits bancaires figurant sur ses comptes, en se fondant ainsi sur les encaissements effectivement réalisés par la société. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que l'administration aurait recouru à une méthode moins précise que les écritures comptabilisées.
En ce qui concerne les rehaussements d'impôt sur les sociétés :
5. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. (). "
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 4 septembre 2018 adressée à la SAS ADP Fermetures, que le vérificateur a constaté que les premières recettes de cette société créée en février 2015 ont été comptabilisées dès le mois de mars 2015 pour un montant qui s'élèvent, jusqu'en juin 2015, à la somme de 305 488 euros, alors que jusqu'à cette date, aucune installation technique ni aucun matériel et outillage n'était comptabilisé au titre des immobilisations et qu'une seule location de matériel était comptabilisée au 13 mai 2015, puis une autre à la date du 15 juin suivant. Il a également été constaté que la SAS ADP Fermetures occupait les locaux situés dans le parc d'activité de la Chauchière sur le territoire de la commune des Mées (04190), dans lesquels les opérations de vérification se sont déroulées, qui étaient ceux précédemment occupés par la SARL Alu Durance PVC, dont la cessation d'activité est concomitante à la création de la société requérante et dont deux des associés sont ceux de cette dernière. Ces circonstances constituaient un faisceau d'indices concordant de nature à établir que la SAS ADP Fermetures a repris le fonds de commerce de la SARL Alu Durance PVC, sans cependant comptabiliser les actifs le composant. Elles sont en outre confirmées par le procès-verbal de synthèse de l'enquête préliminaire conduite par la compagnie de gendarmerie nationale de Digne-les-Bains, à la suite d'un signalement de l'administrateur judiciaire de la SARL Alu Durance PVC, dont il ressort notamment que la présidente de la SAS ADP Fermetures a reconnu en garde à vue que les plus grosse partie des machines et outils de cette dernière proviennent de la SARL Alu Durance PVC et lui ont été transférées afin de les soustraire à la procédure collective, ce qui a été confirmé par les employés de cette société, qui ont également été entendus, et dont l'un a confirmé lors de son audition que le transfert d'activité de la SARL Alu Durance PVC à la SAS ADP Fermetures avait été prévu à l'avance par leurs dirigeants et associés afin de se prémunir de la liquidation des actifs de la première. Dans ce contexte, la société requérante ne peut sérieusement se borner à soutenir que l'administration n'établit pas l'existence d'un acte de cession de fonds de commerce ou du droit à bail des anciens locaux occupés par la SARL Alu Durance PVC jusqu'à la cessation de son activité. Si elle soutient par ailleurs que la société Alu Durance PVC était locataire-gérant de la société PVC Durance et n'avait donc pas de fonds de commerce, qu'elle s'est constituée sa propre clientèle, qu'elle exerçait son activité à Malijai (04108) ou encore que les matériels et outillages nécessaires à son activité ont été mis à sa disposition, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, l'administration était fondée, en principe, à rehausser l'actif net de la requérante des éléments corporel et incorporels issus du fonds de la SARL Alu Durance PVC.
7. En second lieu, il résulte de qui a été dit au point précédent que la SAS ADP Fermetures a bénéficié pour son activité, sans le comptabiliser, du transfert des éléments corporels et incorporels du fonds de commerce de la SARL Alu Durance PVC. Alors que sa comptabilité, qui n'a pas été écartée par l'administration comme n'étant pas probante, ne fait état d'aucune somme acquittée pour l'acquisition de ce fonds, et qu'elle ne produit par ailleurs aucun élément établissant qu'elle aurait acquis ce fonds à titre onéreux, elle n'est pas fondée à soutenir que la valeur du fonds de commerce réintégrée à son actif devait être compensée, pour le même montant, à son passif, au titre de son acquisition. S'agissant en particulier du matériel, valorisé par l'administration à la somme de 39 080 euros qui correspond à celle inscrite à l'actif de la SARL Alu Durance PVC au 31 décembre 2013, elle ne produit pas davantage d'éléments démontrant que cette valeur retenue par l'administration pour rehausser son actif est excessive et, au demeurant, ne précise pas la valeur qui, selon elle, aurait dû être retenue.
Sur les majorations pour manquement délibéré :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
9. Pour justifier l'application de la pénalité pour manquement délibéré à la taxe sur la valeur ajoutée que la SAS ADP Fermetures a déduite par anticipation, l'administration a relevé que la société a systématiquement porté en déduction, sur l'ensemble de la période contrôlée, un montant de taxe sur la valeur ajoutée sur ses déclarations mensuelles supérieur à celui inscrit en comptabilité et correspondant à de la taxe sur la valeur ajoutée sur les charges déductibles de la société. Contrairement à ce que soutient la requérante, ce procédé, qui a eu pour effet de minorer la taxe sur la valeur ajoutée due, voire de générer du crédit de taxe sur la valeur ajoutée pour les mois de septembre à novembre 2017, établit suffisamment l'intention d'éluder l'impôt au sens des dispositions précitées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS ADP Fermetures n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période de février 2015 à décembre 2017.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS ADP Fermetures est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS ADP Fermetures et au directeur du contrôle fiscal Sud-Est.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rousselle, présidente,
M. Claudé-Mougel, premier conseiller,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
A. Claudé-Mougel La présidente,
signé
P. RousselleLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026