vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2008394 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CORMIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 octobre 2020 et 28 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Cormier, demande au Tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 60 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi à la suite de l'infarctus dont il a été victime alors qu'il était détenu au centre pénitentiaire de Marseille-Baumettes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- lors de son transfert, le 5 juin 2017, avec d'autres détenus du bâtiment D au bâtiment A, et alors qu'il était lourdement chargé et sans raison aucune, un surveillant l'a bousculé à plusieurs reprises jusqu'à le faire tomber au sol ou il est resté inanimé pendant plusieurs minutes en ressentant une importante douleur thoracique ;
- il a demandé en vain au personnel pénitentiaire, dès le lendemain et à maintes reprises, à consulter un médecin de l'unité de consultation et de soins ambulatoires du centre pénitentiaire pour la prise en charge de ses douleurs ;
- il a été victime d'un infarctus le 27 juin 2017 vers 22 heures et ne sera pris en charge qu'à 12 heures le lendemain par l'unité de consultation et de soins ambulatoires du centre pénitentiaire, avant d'être finalement transporté à l'hôpital de la Timone d'où il ne sortira que le 3 juillet 2017 ;
- la responsabilité de l'administration pénitentiaire est ainsi engagée du fait des fautes commises dans l'organisation et le fonctionnement du service, caractérisées par une absence de prise en charge médicale plus précoce ainsi que par l'absence de précautions sanitaires prises à son égard à la suite de son retour en détention ;
- il a subi un préjudice direct certain et personnel, imputable aux fautes commises qui ont aggravé son infarctus ainsi que les conséquences de ce dernier, dont il sera fait une juste appréciation en lui octroyant une somme de 60 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- à titre principal, qu'aucune faute ne peut être imputée à l'administration pénitentiaire et que la prise en charge médicale des personnes détenues ne relève pas de la compétence des services pénitentiaires mais du service public hospitalier ;
- à titre subsidiaire, que le montant de la réparation demandé est excessif.
Vu :
- l'ordonnance du premier vice-président du tribunal administratif de Marseille n° 1705792 du 18 avril 2018 désignant le Dr F en qualité d'expert ;
- l'ordonnance de la première vice-présidente du tribunal administratif de Marseille du 27 novembre 2019 taxant les honoraires du Dr F.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, né le 24 septembre 1952, est écroué depuis le 20 décembre 2013 au centre pénitentiaire de Marseille Baumettes. Il déclare être tombé au sol le 5 juin 2017 lors de son transfert du bâtiment D vers le bâtiment A de l'établissement. Le 28 juin 2017, se plaignant de douleurs thoraciques, il a fait l'objet d'une prise en charge médicale d'abord par l'unité de consultation et de soins ambulatoires du centre pénitentiaire, puis au sein de l'hôpital de la Timone et qui a révélé que le requérant était victime d'un infarctus. M. C a sollicité, par courrier du 22 juillet 2020, adressé au garde des sceaux ministre de la justice le 24 juillet 2020, l'indemnisation de son préjudice. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par ce dernier sur cette demande. M. C demande en conséquence au Tribunal de condamner l'Etat à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises qui ont aggravé l'infarctus dont il a été victime et ses conséquences sur sa santé.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article 44 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 : " L'administration pénitentiaire doit assurer à chaque personne détenue une protection effective de son intégrité physique en tous lieux collectifs et individuels. () ".
3. Aux termes de l'article 46 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire : " La prise en charge de la santé des personnes détenues est assurée par les établissements de santé dans les conditions prévues par le code de la santé publique. / La qualité et la continuité des soins sont garanties aux personnes détenues dans des conditions équivalentes à celles dont bénéficie l'ensemble de la population. / Un protocole signé par le directeur général de l'agence régionale de santé, le directeur interrégional des services pénitentiaires, le chef de l'établissement pénitentiaire et le directeur de l'établissement de santé concerné définit les conditions dans lesquelles est assurée l'intervention des professionnels de santé appelés à intervenir en urgence dans les établissements pénitentiaires, afin de garantir aux personnes détenues un accès aux soins d'urgence dans des conditions équivalentes à celles dont bénéficie l'ensemble de la population () ".
4. Eu égard à la vulnérabilité des personnes détenues et à leur situation d'entière dépendance vis-à-vis de l'administration, il appartient à celle-ci, et notamment aux directeurs des établissements pénitentiaires, en leur qualité de chefs de service, de prendre les mesures propres à protéger leur vie ainsi qu'à leur éviter tout traitement inhumain ou dégradant afin de garantir le respect effectif des exigences découlant des principes rappelés notamment par les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte des dispositions précitées aux points 2 et 3 qu'il incombe à l'administration pénitentiaire d'accomplir toutes diligences en vue de faciliter l'accès aux soins des personnes détenues.
En ce qui concerne le lien de causalité entre la chute du 5 juin 2017 et l'infarctus du 27 juin 2017 :
6. M. C, alors emprisonné au centre pénitentiaire de Marseille, déclare être tombé au sol le 5 juin 2017 lors de son transfert du bâtiment D vers le bâtiment A. S'il soutient que sa chute est la conséquence de violences répétées de la part d'un agent du service pénitentiaire et qu'il est resté ensuite allongé au sol inanimé pendant plusieurs minutes, les éléments produits par les parties sont contradictoires à cet égard et ne permettent ni d'établir que M. C aurait perdu connaissance à cette occasion, ni que sa chute serait le fait de violences commises à son égard.
7. M. C soutient qu'à la suite de cette chute, il a ressenti des douleurs thoraciques et a demandé en vain au personnel pénitentiaire, dès le lendemain et à maintes reprises, à consulter un médecin de l'unité de consultation et de soins ambulatoires du centre pénitentiaire pour être pris en charge. Toutefois, le rapport d'expertise cite un courrier du Dr D, médecin au centre pénitentiaire de Marseille Baumettes, établi le 27 octobre 2017, indiquant, avoir convoqué le 8 juin 2017 M. C, qui ne s'est pas présenté au rendez-vous et qui a été reçu en consultation le 12 juin suivant par le Dr D. Selon l'expert désigné par le Tribunal, " les éléments descriptifs de cette consultation correspondent à une douleur mécanique, reproduite par la palpation et donc non cardiologique ". L'expert relève que la description de la douleur et les circonstances de sa survenue, déménagement et choc sternal, et sa reproductibilité par la palpation évoque une douleur non cardiaque et écarte en conséquence un lien de causalité entre la douleur ressentie le 5 juin 2017 et l'infarctus dont a été victime le requérant le 28 juin suivant et estime qu'il n'est pas possible de relier de manière directe et certaine la survenue d'un infarctus le 28 juin 2017 à une altercation, à la supposer avérée, ayant eu lieu vingt-trois jours auparavant.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'établit pas le lien de causalité entre la chute du 5 juin 2017 et l'infarctus dont il a été victime le 28 juin 2017. Il n'établit pas davantage que l'administration pénitentiaire aurait commis une faute en ne lui permettant pas ou en retardant une prise en charge médicale ultérieure.
En ce qui concerne l'infarctus du 28 juin 2017 :
9. M. C soutient avoir présenté des douleurs thoraciques dès le 27 juin 2017 à 22 heures, provoquées par un infarctus du myocarde qu'il n'identifiera comme tel que le lendemain, et n'avoir été reçu par l'unité de consultation et de soins ambulatoires que le 28 juin 2017 à 12 heures. Cependant, M. C ne démontre par aucune pièce ou aucun élément avoir, dès l'apparition de ces douleurs le 27 juin 2017 et durant toute la nuit, appelé ou tenté d'appeler les surveillants ou que ces derniers auraient apporté une réponse négative à sa demande. S'il soutient, sans en justifier, avoir sollicité en urgence une consultation le 28 juin 2017 à 8 heures et reproche à l'unité de consultation et de soins ambulatoires son inertie, il résulte cependant de l'instruction qu'il a été pris en charge par cette unité à partir de 11 heures, que le Dr B a réalisé à 11h30 un électrocardiogramme et que les résultats constatés vont le conduire à immédiatement orienter le détenu vers l'hôpital de la Timone pour la prise en charge d'un infarctus. Ce sont dès lors au maximum trois heures qui se sont écoulées entre la demande de consultation médicale et la prise en charge effective du requérant, sans que cette durée ne puisse être considérée comme excessive et imputable à un dysfonctionnement dans l'organisation du service pénitentiaire. Cette durée n'excède pas celle d'un accès aux soins d'urgence dont bénéficie l'ensemble de la population non carcérale et ne méconnaît pas dans ces conditions les dispositions précitées de la loi du 24 novembre 2009, alors qu'au demeurant, l'expert estime que le déficit fonctionnel permanent séquellaire et la nécessité d'un suivi cardiologique ne sont pas imputables à un retard de prise en charge de l'infarctus dont le requérant a été victime. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration pénitentiaire, qui était tenue de permettre à l'intéressé de bénéficier des soins appropriés à son état en temps utile, a commis une faute et qu'elle serait responsable de l'aggravation de son infarctus et de ses conséquences sur sa santé.
En ce qui concerne l'absence de précautions sanitaires prises à son égard depuis son retour en détention :
10. M. C soutient qu'à son retour en détention après une hospitalisation en unité de soins intensifs du 28 juin 2017 au 3 juillet 2017, puis en unité de court séjour du 3 au 7 juillet 2017, il aurait dû faire l'objet de précautions sanitaires renforcées conformément aux mentions figurant dans le certificat médical du Dr D du 12 août 2017, réitérées par son message électronique du 11 septembre 2017 selon lequel " son état de santé nécessite des précautions sanitaires et doit être dirigé rapidement sur l'Unité Sanitaire en cas de besoin pendant les heures d'ouverture et l'appel des services de secours la nuit ". Compte tenu de ces préconisations, la carence de l'administration pénitentiaire, régulièrement sollicitée par le requérant pour le doter d'un bracelet électronique d'alerte, est avérée et constitutive d'une faute. Toutefois, aucun préjudice certain ne pouvant être établi, M. C n'est pas fondé à en demander réparation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les dépens :
12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C l'intégralité des frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 300 euros par l'ordonnance du tribunal administratif de Marseille du 27 novembre 2019.
Sur les frais du litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise sont mis à la charge de M. C.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au docteur F, expert.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Markarian, présidente,
M. Secchi, premier conseiller,
Mme Charpy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. ELa présidente,
Signé
G. Markarian
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
7
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026