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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008460

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008460

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP PIETRA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 novembre 2020 et 27 octobre 2021, l'association de protection des collines peypinoises, représentée par Me Cecere de la SCP Logos, demande au tribunal :

1°) avant-dire droit, d'enjoindre à la commune de Peypin de communiquer la délibération n°24-2020 du 10 juillet 2020 et la convention de participation signée entre la commune et Mme de B ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2019 par lequel le maire de Peypin a accordé un permis d'aménager à Mme de B ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Peypin et tous autres succombant la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a un intérêt à agir ;

- sa requête n'est pas tardive ;

- le dossier de demande de permis d'aménager est incomplet en méconnaissance des articles R.442-13 et R.442-14 du code de l'urbanisme ;

- il est aussi incomplet en méconnaissance de l'article R.442-6 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en ce que l'avis conforme du préfet n'a pas été recueilli en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L.122-1 et R.122-3 du code de l'environnement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L.111-3 du code de l'urbanisme et le principe de constructibilité limitée qui s'impose en raison de l'absence de document d'urbanisme opposable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R.111-5 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2021, Mme A E de B, représentée par Me Blanchard de l'AARPI SBV Avocats, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de l'association requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive en application de l'article R.600-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2021, la commune de Peypin et Mme F de B, représentés par Me Ladouari du cabinet MCL Avocats, concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal de mettre à la charge de l'association requérante la somme, à leur verser à chacune, de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la requête est irrecevable, faute pour l'association requérante d'avoir présenté ses conclusions en annulation dans le cadre de l'instance n°1807076 en cours d'instruction devant le tribunal, en application des dispositions de l'article L.600-5-2 du code de l'urbanisme ;

- elle est tardive en application de l'article R.600-2 du code de l'urbanisme et, en outre, en raison de la connaissance acquise que la requérante avait de l'arrêté en litige ;

- elle est irrecevable, en raison de l'absence d'intérêt à agir de l'association au regard de son objet social ;

- elle est irrecevable en raison du défaut d'intérêt légitime de l'association ;

- elle est irrecevable en défaut du défaut de capacité à agir de son représentant, le conseil d'administration l'ayant mandaté n'étant pas régulièrement composé ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 29 octobre 2021, l'association France Nature Environnement Bouches-du-Rhône, représentée par la SCP Logos, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en litige et de mettre à la charge solidaire de la commune de Peypin et de Mme de B la somme de 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Deux mémoires en défense ont été produits pour Mme de B le 13 avril 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C D,

- les conclusions de M. Frédéric Terras, rapporteur public,

- les observations de Me Cecere pour l'association de protection des collines peypinoises, de Me Daimallah pour Mme de B et de Me Dioum pour la commune de Peypin.

Une note en délibéré présentée par Me Ladouari pour Mme de B a été enregistrée le 9 décembre 2022.

Une note en délibéré présentée par Me Nouis pour la commune de Peypin été enregistrée le 10 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 août 2019, le maire de Peypin a délivré à Mme A E de B un permis d'aménager portant sur la réalisation de neuf lots à bâtir sur un terrain situé sur la parcelle cadastrée section Aw n°195. L'association de protection des collines peypinoises en demande l'annulation au tribunal.

Sur l'intervention volontaire :

2. L'association France Nature Environnement Bouches-du-Rhône, association agréée au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement a, compte tenu de son objet statutaire, intérêt à l'annulation de l'arrêté du 13 août 2019. Dans ces conditions, son intervention au soutien des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué est recevable.

Sur les conclusions aux fins de communication :

3. La présente affaire étant en état d'être jugée, le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication des pièces sollicitées par l'association requérante. Dans ces conditions, les conclusions aux fins de communication de la délibération n°24-2020 du 10 juillet 2020 et de la convention de participation signée entre la commune et Mme de B doivent être rejetées.

Sur la nature du permis de construire en litige :

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de donner aux décisions administratives qui lui sont déférées leur exacte qualification.

5. L'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

6. D'une part, par un arrêté du 8 mars 2018, le maire de Peypin a délivré à la société BJA Promotion un permis d'aménager sur une parcelle cadastrée section AW n°195, d'une superficie de 25 276 m². Le projet prévoyait l'aménagement de neuf lots à bâtir pour la réalisation de 24 logements maximum et une surface de plancher totale envisagée de 2 680 m². Par un arrêté du 18 octobre 2018, le maire de Peypin a transféré ce permis d'aménager à Mme de B. Par requête enregistrée sous le n°1807076, l'association de protection des collines peypinoises en a demandé l'annulation. Par jugement du 21 mars 2021, le tribunal a fait droit à sa demande.

7. D'autre part, Mme de B a déposé, le 27 décembre 2018, une nouvelle demande de permis d'aménager sur le même terrain d'assiette, en vue de l'aménagement de neufs lots à bâtir pour une surface de plancher totale de 2 680 m² et 24 logements maximum, ventilés de manière identique que le permis d'aménager délivré le 8 mars 2018 et transféré à Mme de B le 18 octobre 2018. Il ressort de la notice descriptive produit au dossier que le " projet reprend la totalité des éléments " inclus dans le permis accordé le 8 mars 2018, seule une " petite modification a été apportée sur l'emplacement du local poubelle ". Par arrêté du 13 août 2019, le maire de Peypin a délivré à Mme de B ce nouveau permis d'aménager, dont l'association de protection des collines peypinoises demande l'annulation dans la présente instance.

8. Il ressort des pièces du dossier que les travaux autorisés par le permis de construire du 8 mars 2018 n'étaient pas achevés à la date d'édiction de l'arrêté contesté du 13 août 2019. Par ailleurs, au vu du contenu des dossiers de demande évoqués ci-dessus, l'arrêté contesté autorise le même pétitionnaire à réaliser un projet identique à celui autorisé le 8 mars 2018, à l'exception d'une modification qui ne saurait être regardée comme apportant au projet initial un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, le permis d'aménager en litige du 13 août 2019 doit être regardé comme un permis de construire modificatif, et non comme un nouveau permis.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

9. Aux termes de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un permis modificatif a été communiqué aux parties à l'instance relative au permis initial, les conclusions en annulation dirigées contre ce permis modificatif ne peuvent être présentées que dans le cadre de cette instance, quelle que soit d'ailleurs la partie ayant produit le permis modificatif.

10. L'association requérante soutient que les dispositions de l'article L.600-5-2 du code de l'urbanisme ne peuvent lui être opposées dès lors que ni la commune de Peypin ni Mme de B n'ont produit le permis d'aménager du 13 août 2019 à l'instance n°1807076 portant sur son recours dirigé contre le permis d'aménager du 8 mars 2018. Toutefois, il ressort des pièces du présent dossier que l'association de protection des collines peypinoises a elle-même produit le permis en litige dans l'instance n°1807076, par un mémoire enregistré le 18 novembre 2020 et communiqué aux parties. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme, la légalité de ce permis modificatif ne pouvait être contestée que dans le cadre de cette première instance. Par suite, la présente requête, qui tend à l'annulation du permis d'aménager modificatif délivré à Mme de B, est manifestement irrecevable et doit être rejetée.

Sur les frais relatifs au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Peypin et de Mme B, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme demandée par l'association de protection des collines peypinoises au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'association de protection des collines peypinoises les sommes demandées par Mme de B et la commune de Peypin au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention volontaire de France Nature Environnement Bouches-du-Rhône est admise.

Article 2 : La requête de l'association de protection des collines peypinoises est rejetée.

Article 3 : Les conclusions de Mme de B et de la commune de Peypin présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association de protection des collines peypinoises, à la commune de Peypin, à Mme F de B et à France Nature Environnement Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

M. Peyrot, premier conseiller.

Assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

P. D

La présidente,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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