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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008774

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008774

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantZERROUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2020, M. A D, représenté par Me Sidi-Ahmed, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande d'échange de son permis de conduire tunisien catégorie C et D contre un titre français équivalent ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis catégorie C et D dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans un délai de dix jours une autorisation provisoire de conduite sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, de lui enjoindre d'instruire à nouveau sa demande, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous les mêmes conditions d'astreinte, une autorisation provisoire de conduite ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Zerrouki, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision était incompétent ;

- il a bien séjourné plus de 180 jours d'affilée en Algérie de sorte que la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par décision du 7 septembre 2020, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté ministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité française, a sollicité auprès de l'autorité compétente, le 25 octobre 2019, le rétablissement de ses droits français pour la catégorie B et l'échange des catégories lourdes de son permis de conduire tunisien, obtenues le 25 août 2019, contre un permis de conduire français. Par décision du 13 mars 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande. M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 visé ci-dessus : " I. Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : A. Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. () ". Aux termes du III de l'article R. 222-1 du code de la route : " On entend par résidence normale le lieu où une personne demeure habituellement, c'est-à-dire pendant au moins 185 jours par année civile, en raison d'attaches personnelles et professionnelles, ou, dans le cas d'une personne sans attaches professionnelles, en raison d'attaches personnelles révélant des liens étroits entre elle-même et l'endroit où elle demeure ". Selon le D. du II de l'arrêté du 12 janvier 2012, le demandeur doit " apporter la preuve de sa résidence normale au sens du III de l'article R. 221-1 du code de la route sur le territoire de l'Etat de délivrance, lors de l'obtention des droits à conduire, en fournissant tout document approprié présentant des garanties d'authenticité ".

3. En l'espèce, le refus contesté repose sur l'absence de justification par M. D, qui est français, d'une résidence normale d'au moins 185 jours en Tunisie au moment de l'obtention de son permis de conduire. M. D a obtenu, les 14 et 27 août 2019, un permis de conduire catégorie C et D en Tunisie où il soutient avoir résidé pendant au moins 185 jours durant la période de délivrance de son permis de conduire, entre le 6 juin 2018 et 23 septembre 2019. Pour justifier de cette durée, il produit une déclaration sur l'honneur datée du 24 mars 2020 et émanant de M. G C, mentionnant avoir hébergé le requérant au sein de son domicile à Gafsa (Tunisie) du 8 septembre 2018 au 22 septembre 2019 et une copie de son passeport français supportant des visas d'entrée et de sortie en Tunisie. Toutefois, alors que les visas non traduits ne permettent pas de démontrer la résidence normale de M. D en Tunisie, ces documents ne suffisent pas à établir de manière probante que l'intéressé résidait sur le territoire tunisien depuis au moins 185 jours au cours de la période pendant laquelle lui a été délivré son permis de conduire. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions précitées que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange du permis de conduire sollicité.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces de dossier que la décision attaquée du 13 mars 2020 a été signée pour le préfet de la Loire-Atlantique par Mme B E, directrice du centre d'expertise et de ressources titres échange de permis de conduire étrangers à la préfecture de la Loire-Atlantique, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet du 17 septembre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision n'est pas fondé.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Loire-Atlantique refusant de procéder à l'échange de son permis de conduire C et D tunisien contre un permis de conduire français. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

A. FLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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