lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2009756 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOUMILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 décembre 2020, 24 juin 2022 et 19 octobre 2022, M. A F, représenté par Me Soumille, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas été destinataire de propositions de rectification lui notifiant les redressements dont il a fait l'objet au titre des années 2014 et 2015 ;
- à défaut de procédure régulière, l'administration n'a jamais valablement interrompu la prescription du délai de reprise préalablement à la mise en recouvrement ;
- aucune des dispositions des articles L. 48, L. 57, R. 57 et L. 76 n'a été respectée avant l'émission des avis d'imposition ;
- il est fondé à demander l'imputation sur son revenu global rectifié de 2014, du déficit global 2013 qui n'a pas été remis en cause ;
- il est fondé à demander l'imputation du solde du déficit foncier 2004 trouvant son origine dans les travaux réalisés en 2004 sur le logement sis 6-8, rue Alfred Sabatier 34520 Pézenas, sur le revenu foncier rectifié de 2014 ;
- les justificatifs qu'il produit à l'instance permettent de démontrer le caractère non imposable des sommes ayant été taxées comme des revenus d'origine indéterminée ;
- les sommes portées au débit du compte de tiers 464 pour un total de 8 406 euros constituaient des remboursements à Mme B des sommes qu'elle avait, en vertu d'une " convention de dépôt ", confiées à la SARL PAD, c'est donc à tort que cette somme a été imposée comme revenus distribués entre les mains de l'intéressé ;
- les sommes portées au crédit de ses comptes courants d'associé ne sont pas occultes ; ainsi, le crédit de son compte courant d'associé au sein de la société EC2, du 31 décembre 2014 pour un montant de 42 094,14 euros, correspond à un solde créditeur de la banque HSBC ; les crédits de son compte courant d'associé au sein de la SARL PAD au titre de l'année 2015, pour des montants de 1 017,59 euros et de 1 776 euros, correspondent à des paiements pour le compte de la société par le crédit du compte courant ; enfin, son compte courant d'associé au sein de la société EC2 contient une erreur d'écriture le 30 juin 2015 pour un montant de 5 377,55 euros, puisqu'il s'agit en fait d'une écriture d'appel de capital par la SARL Couleurs de Provence dans laquelle la société EC2 était associée ;
- l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 juin 2021 et 28 octobre 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prendre acte de l'abandon d'une partie des rehaussements notifiés en matière de revenus d'origine indéterminée à hauteur de 4 943,81 euros, et conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification du 11 décembre 2017 a été régulièrement notifiée à M. F le 15 décembre 2017 ;
- l'action en recouvrement n'est pas prescrite ;
- M. F n'est pas fondé à soutenir que la proposition de rectification qui lui a été adressée serait insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 57, R. 57-1 et L. 76 du livre des procédures fiscales ;
- M. F, à qui incombe la charge de la preuve, n'apporte pas d'élément nouveau par rapport à ceux déjà produits lors du contrôle, ni d'explication sur la détermination du déficit foncier imputable sur les revenus fonciers et ceux imputables sur ceux de droit commun ; dès lors c'est à bon droit qu'elle a considéré que la somme de 44 091 euros ne pouvait être retenue et n'était pas déductible des revenus fonciers de l'année 2014 ;
- M. F est seulement fondé à demander l'abandon des revenus d'origine indéterminée correspondant aux remises de chèques de 4 800 euros le 04 juillet 2014 et de 143,81 euros le 08 juillet 2014 ;
- les sommes passées au débit du compte de tiers 464 pour un total de 8 406 euros sans justification probante correspondent à un désinvestissement vis-à-vis de la société au sens de l'article 109-1-1° du code général des impôts et constituent des revenus distribués au sens des articles 109-1-1° et 109-1-2° du code général des impôts ;
- s'agissant des crédits sur ses comptes courant d'associé, M. F n'apporte aucun document prouvant la cession de créance détenue sur l'EURL EC2 intervenue entre la banque HSBC et lui-même ; en l'absence de présentation de factures et du détail des paiements, la seule production par M. F de son relevé bancaire ne permet pas de justifier les crédits de 1 017,59 euros et de 1 776 euros sur son compte courant d'associé au sein de la SARL PAD au titre de l'année 2015 ; enfin, le crédit sur son compte courant d'associé au sein la société EC2 le 30 juin 2015 pour un montant de 5 377,55 euros n'est pas justifié ;
- l'administration ayant démontré les manquements délibérés tant en ce qui concerne les revenus fonciers que les revenus de capitaux mobiliers et les revenus d'origine indéterminée, l'application de la majoration prévue par le a. de l'article 1729 du code général des impôts est justifiée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, associé et gérant de deux sociétés, l'EURL EC2 et la SARL PAD, qui ont fait l'objet de rectifications suite aux vérifications de comptabilité auxquelles elles avaient été soumises, a lui-même fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. À la suite de ce contrôle, une proposition de rectification n° 3924 en date du 11 décembre 2017 lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015, selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales en ce qui concerne les sommes représentatives de revenus d'origine indéterminée, selon la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 73 du livre des procédures fiscales en ce qui concerne les revenus fonciers et selon la procédure de rectification contradictoire prévue aux articles L. 55 à L. 61 du livre des procédures fiscales pour ce qui concerne les autres rehaussements. La réclamation contentieuse présentée le 25 mai 2018 et complétée le 20 juillet 2018 et le 1er avril 2019 par M. F ayant fait l'objet d'une décision de rejet le 16 novembre 2020, l'intéressé demande au Tribunal de prononcer la décharge de l'intégralité de ces cotisations supplémentaires, pour un montant total, en droits et pénalités, de 126 675 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Pour être régulière, la notification d'une proposition de rectification prévue par ces dispositions doit être effectuée à la dernière adresse communiquée par le contribuable à l'administration fiscale. Si M. F fait valoir qu'il n'a pas été destinataire de la proposition de rectification lui notifiant les redressements dont il a fait l'objet au titre des années 2014 et 2015, il résulte toutefois de l'instruction que le pli contenant la proposition de rectification en date du 11 novembre 2017 relative aux rectifications en matière d'impôts sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015 a été adressé en recommandé avec accusé de réception à l'adresse " 62 rue de l'aiguillette 13012 Marseille ", qui correspond à celle mentionnée par le contribuable sur ses déclarations de revenus, et est revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé ", " avisé le 15/12/17 ". Ainsi, la proposition de rectification doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à M. F le 15 décembre 2017. Le moyen tiré du défaut de notification régulière de la proposition de rectification doit par suite être écarté.
3. En second lieu, si M. F fait valoir qu'aucune des dispositions des articles L. 48, L. 57, R. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales n'a été respectée avant l'émission des avis d'imposition, il se borne, à l'appui de ces moyens, à citer les textes dont il invoque la méconnaissance, sans étayer son argumentation d'aucune considération propre aux faits de l'espèce. Ainsi, ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé et doivent par suite être écartés.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant de l'expiration du délai de reprise :
4. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, en son 1er alinéa : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". L'article L. 189 du même livre dispose, en son 1er alinéa : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun ".
5. Au regard des règles de prescription, l'imposition est régulièrement établie dès lors qu'elle a été mise en recouvrement avant l'expiration du délai de reprise. Ainsi qu'il a été dit au point 2, une proposition de rectification a été régulièrement notifiée à M. F le 15 décembre 2017 et a, par suite, interrompu le délai de reprise de trois années qui n'avait pas encore expiré. Il résulte de l'instruction que le rôle dans lequel ont été comprises les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. F a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 a été établi le 30 avril 2018. Dès lors, les impositions dont il s'agit ont été valablement mises en recouvrement avant l'expiration du délai de reprise.
S'agissant des revenus d'origine indéterminée :
6. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionné à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L.16 et L. 69 ".
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction et en particulier de la proposition de rectification du 11 décembre 2017, que dans le cadre de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, M. F a été destinataire d'une demande d'éclaircissements et de justifications le 6 juin 2017 portant sur l'origine, la nature et l'objet des crédits financiers non identifiés inscrits sur ses comptes bancaires personnels au cours des années 2014 et 2015. Le contribuable n'ayant répondu que partiellement à cette demande par courrier du 7 août 2017, l'administration fiscale lui a adressé, le 22 septembre 2017, une mise en demeure suite à la demande de justifications. Considérant que la réponse de M. F en date du 25 octobre 2017 ne permettait pas de catégoriser plusieurs versements portés pendant l'année 2014 au crédit de son compte ouvert au crédit mutuel pour un montant total de 60 589 euros, cette somme a été taxée d'office, en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée. En vertu des dispositions citées au point précédent, il appartient donc au requérant d'apporter devant le juge de l'impôt la preuve que ces sommes, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie particulière de revenus.
8. À cet égard, M. F joint à son mémoire du 24 juin 2022 une série de pièces destinées à justifier de l'origine de 16 des 21 crédits en litige.
9. En premier lieu, s'agissant tout d'abord des virements de 75 euros du 5 mars 2014, de 123 euros du 4 août 2014, de 3 000 euros du 16 septembre 2014, de 80 euros du 26 septembre 2014, et de 18 euros du 23 décembre 2014, le requérant, en se bornant à produire la copie de ses relevés de compte bancaire portant mention de ces opérations et à faire valoir que les libellés inscrits sur lesdits relevés et correspondant aux opérations concernées portent indication de l'origine et de la cause des crédits en cause, n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère non imposable des sommes concernées. S'agissant du virement de 1 000 euros émis par M. C et crédité le 17 mars 2014, la seule production par le requérant d'extraits de documents comptables, en particulier d'extraits du grand-livre global définitif portant mention, dans le compte n° 4683 intitulé " C Didier ", d'un crédit du même montant, ne permet pas, à elle seule, de justifier de l'avance totale de 6 000 euros alléguée par le requérant et du caractère de remboursement de la somme en litige. S'agissant du virement de 1918,76 euros crédité le 31 juillet 2014, la production d'écritures comptables mentionnant au crédit du compte n°4683 " SARL 128 rue Verdillon ", le même jour, une somme du même montant, ne permet pas d'établir l'origine des fonds en litige, ni leur nature ou leur objet et ainsi, que ce virement correspondrait à un revenu non imposable. S'agissant de la somme de 2 531, 03 euros correspondant à l'encaissement d'un chèque crédité le 8 août 2014, la seule production par le contribuable des extraits des deux comptes courants ne permet pas de justifier la nature et l'objet de cette somme, ni que ce virement correspond à un revenu non imposable. S'agissant de la somme de 5 000 euros correspondant au virement bancaire de M. G, crédité le 20 octobre 2014, la production par M. F d'une part d'un extrait du grand-livre portant, à la même date, au crédit du compte tiers n° 46794, la somme de 5 000 euros, et à son débit, par deux écritures en date du 23 novembre 2014 et du 29 novembre 2014, la même somme, et d'autre part d'une copie de son relevé bancaire personnel indiquant un crédit en date du 28 novembre 2014 d'un montant de 5 000 euros libellé " utilisation passeport crédit ", ne permet pas d'établir que la somme en litige correspondrait, ainsi que le requérant le soutient, à une avance, et aurait un caractère non imposable. La circonstance qu'une attestation manuscrite, au demeurant peu circonstanciée et apposée sur un tel document comptable, attestant que M. F a bénéficié d'un prêt consenti par Mme E pour un montant de 6 000 euros, prêt qu'il aurait intégralement remboursé, ne suffit pas davantage à établir que la somme de 6 000 euros versée par chèque le 14 octobre 2014 sur son compte bancaire personnel correspond effectivement à une telle avance et revêt par suite un caractère non imposable. Le requérant n'apporte par ailleurs aucune pièce à l'appui de son affirmation selon laquelle le chèque de 5 000 euros remis sur son compte le 20 juin 2014 correspond à une avance faite par ses parents. S'agissant de la remise de chèque de 5 000 euros en date du 19 septembre 2014, du virement de 9 000 euros du 24 septembre 2014, et du versement de 2 500 euros du 14 octobre 2014, M. F n'établit pas que ces sommes, qu'il affirme correspondre au paiement de parties du prix de vente d'un bateau, seraient non imposables, en se bornant à produire un extrait d'acte de vente d'un navire de plaisance ne comportant, précisément, aucune mention du prix de vente ni des modalités de paiement par l'acheteur.
10. Il résulte de ce qui précède que M. F, qui n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère non imposable des sommes citées au point précédent, n'est pas fondé à soutenir qu'elles ne pouvaient être taxées comme un revenu d'origine indéterminée.
11. En second lieu, s'agissant d'abord du chèque d'un montant de 4 800 euros encaissé le 4 juillet 2014, M. F établit, par la production d'un rapport d'expertise, de la lettre ayant accompagné la réception du chèque et de la copie du chèque lui-même, que ce chèque a été émis par la société Allianz, son assureur, en règlement du préjudice matériel qu'il a subi suite à un sinistre ayant fortement endommagé sa motocyclette. S'agissant ensuite du chèque d'un montant de 143,81 euros encaissé le 8 juillet 2014, M. F établit, par la production du courrier qui lui a été adressé par April moto assurance mentionnant le montant du chèque en litige et son numéro, que celui-ci correspond à un remboursement par son assureur de la cotisation d'assurance de sa moto. Dans ces conditions, et ainsi que l'admet l'administration elle-même dans son mémoire du 28 octobre 2022, M. F, qui apporte la preuve qui lui incombe du caractère non imposable des deux sommes précitées, est fondé à soutenir qu'elles ne pouvaient être taxées comme des revenus d'origine indéterminée.
12. Dans ces conditions, et alors que l'administration, bien qu'elle annonce l'abandon des rehaussements notifiés en matière de revenus d'origine indéterminée à hauteur de 4 943,81 euros, n'établit ni même n'allègue avoir pris une décision de dégrèvement, M. F est fondé à demander la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et des contributions sociales résultant de la réintégration dans son revenu imposable de la somme de 4 943,81 euros au titre de l'année 2014 dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.
S'agissant des déficits fonciers :
13. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Les dispositions de l'article R. 193-1 du même livre précisent que " Dans le cas prévu par l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
14. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les rectifications en matière de revenus fonciers, auxquelles M. F a été soumis, ont été effectuées selon la procédure d'évaluation d'office. Par suite, la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition en question incombe au contribuable.
15. En premier lieu, il résulte de l'instruction et en particulier de la proposition de rectification en date du 11 décembre 2017, que M. F a déclaré des revenus fonciers en 2014 et 2015 et imputé sur ces revenus des déficits fonciers antérieurs. L'administration fiscale a, par un courrier en date du 6 juin 2017, demandé au contribuable de justifier les sommes portées en déficit foncier antérieur non encore imputé. M. F n'ayant répondu que partiellement à cette demande, une mise en demeure suite à la demande de justifications lui a été adressée le 22 septembre 2017. M. F n'a pas apporté d'explications supplémentaires dans sa réponse du 25 octobre 2017. La somme de 62 948 euros imputée en 2003 au titre des dépenses engagées dans le cadre de la loi Malraux a cependant été considérée comme justifiée. Après imputation sur le revenu global, l'administration fiscale a estimé que le solde de ce déficit imputable en 2004 était de 15 790 euros et non de 53 579 comme l'avait indiqué l'intéressé dans sa déclaration de ladite année, et que ce solde déficitaire de 15 790 correspondant à un déficit de l'année 2003 pouvant être imputé sur le revenu global, a été apuré dès l'année 2004 et ne peut en tout état de cause pas être reporté au-delà de l'année 2013. Dans ces conditions, M. F, qui n'apporte aucune pièce justifiant la détermination du déficit foncier, n'est pas fondé à demander son imputation sur son revenu global rectifié de 2014.
16. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a rejeté les déficits fonciers d'un montant de 44 091 euros au titre de 2014 et de 45 933 au titre de 2015. À cet égard, M. F fait valoir que ces déficits fonciers non imputés, correspondent aux dépenses engagées pour la réalisation, via une association foncière urbaine libre (AFUL), de travaux en 2004 sur un logement dont il était propriétaire, sis 6-8, rue Alfred Sabatier 34520 Pézenas. Il affirme que, cet investissement ayant été traité comme un investissement classique, et les travaux n'ayant pas été imputés sur son revenu global, il n'est pas tenu de démontrer que les conditions d'application du régime " loi Malraux " sont remplies. Il soutient enfin que la preuve de la réalisation des travaux a été rapportée, dès lors que l'acte d'acquisition, les contrats de prêt et les attestations de travaux 2013 et 2014 ont été transmis à l'administration par courrier du 7 août 2017. M. F ne justifie toutefois pas de cette affirmation et se borne au contraire à verser au dossier la copie dudit courrier sans les pièces jointes indiquées, ainsi qu'une attestation de l'AFUL établie le 31 décembre 2004 et indiquant avoir perçu de sa part le paiement de 62 948 euros répondant à l'appel de fonds des travaux réalisés pour l'année 2004 relatif à son appartement. Ces pièces sont insuffisantes pour permettre à M. F d'apporter la preuve qui lui incombe de l'origine des déficits rejetés par l'administration fiscale et ainsi de leur possible imputation sur le revenu global de 2014.
17. Il résulte de ce qui a été dit aux deux points précédents que c'est à bon droit que l'administration fiscale a rejeté les déficits fonciers reportés en litige.
S'agissant de revenus de capitaux mobiliers :
18. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
19. Il résulte de l'instruction que, si l'ensemble des rectifications des années 2014 et 2015 concernant les rehaussements autres que les revenus d'origine indéterminée et les revenus fonciers ont été établis à l'issue de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 55 à L. 61 du livre des procédures fiscales, M. F s'est abstenu de répondre à la proposition de rectification du 11 décembre 2017 qui lui avait été régulièrement notifiée. En application des dispositions précitées, l'intéressé supporte donc la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions concernées.
20. En premier lieu il résulte de la proposition de rectification que l'administration a tiré les conséquences des rectifications appliquées à l'EURL EC2 et à la SARL PAD dans le cadre de la procédure de vérification de comptabilité dont elles ont fait l'objet, en imposant entre les mains de M. F, qui en est l'unique associé et le gérant de droit, des revenus distribués par ces deux sociétés.
21. L'administration a ainsi notamment, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, imposé entre les mains de M. F, au titre de l'année 2015, des sommes portées sans justification au débit du compte courant de tiers 464 pour un montant de 8 406 euros, en tant que revenus distribués par la SARL PAD.
22. Aux termes des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts : "1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". En application de ces dispositions, les sommes réintégrées par l'administration dans le résultat imposable d'une société ayant fait l'objet d'une rectification ne peuvent être regardées comme des revenus distribués au sens de ces dispositions que dans la mesure où elles ont été effectivement appréhendées par leur bénéficiaire.
23. En l'espèce, pour imposer, sur le fondement des dispositions précitées, en tant que revenus distribués entre les mains de M. F la somme de 8 406 euros, l'administration fiscale a, d'une part, constaté que cette somme a été désinvestie de la SARL PAD, et d'autre part, estimé que M. F, en sa qualité de gérant de droit, associé unique et interlocuteur unique de la société vis à vis des clients et de l'administration, doit être regardé comme maître de l'affaire et ainsi être présumé avoir appréhendé la somme en litige. Si l'intéressé fait valoir que ces débits correspondent aux opérations de restitution à Mme B, son amie, des sommes qu'elle avait versées à titre de dépôt en application d'une convention de dépôt, la seule production d'un extrait du compte 464 portant comptabilisation de nombreux crédits pour un montant total de 16 811 euros, dont la plupart sont libellés " B stock sécurité " ne permet toutefois pas de l'établir. M. F n'apporte donc pas la preuve qui lui incombe de ce qu'il n'a pas appréhendé la somme de 8 406 euros en litige. C'est par suite à bon droit que l'administration l'a imposée entre ses mains en tant que revenus distribués en application des dispositions précitées au point précédent.
24. En deuxième lieu, il résulte de la proposition de rectification que l'administration a également imposé entre les mains de M. F, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, notamment sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au terme duquel " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ", les sommes inscrites au crédit des comptes courants d'associé qu'il possède au sein des deux sociétés dont il est associé et gérant, et pour lesquels il n'a pas démontré l'existence d'une contrepartie. À cet égard, M. F ne combat pas utilement la présomption de distribution de ces sommes posée par les dispositions précitées de l'article 109 1 2° en se bornant à faire valoir sans en justifier que le crédit de son compte courant d'associé au sein de la société EC2 du 31 janvier 2014 pour un montant de 42 094,14 euros correspond à un solde créditeur de la banque HSBC. De même, en l'absence de présentation de factures et du détail des paiements, la seule production par M. F de son relevé bancaire ne permet pas d'établir que les crédits de 1 017,59 euros et de 1 776 euros sur son compte courant d'associé au sein de la SARL PAD au titre de l'année 2015 correspondent, ainsi qu'il l'affirme, à des paiements pour le compte de la société par le crédit du compte courant. Enfin, il ne saurait utilement faire valoir que ce même compte courant comporte une erreur d'écriture s'agissant du crédit d'un montant de 5 377,55 euros en date du 30 juin 2015, qui correspond en fait à une écriture d'appel de capital par la SARL Couleur de Provence dans laquelle la société EC2 est associée. M. F n'est par suite pas fondé à demander la réduction de ses bases d'imposition à concurrence de ces montants.
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
25. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
26. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la proposition de rectification du 11 décembre 2017, que l'administration fiscale a appliqué la pénalité pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 a du code général des impôts. Pour établir, ainsi qu'il lui incombe, l'existence d'un manquement délibéré, l'administration fiscale fait principalement valoir, d'une part, l'importance des irrégularités comptables constatées sur les deux années vérifiées et, d'autre part, le fait que M. F, qui exerce par ailleurs l'activité de comptable et conseiller fiscal ne saurait arguer d'une quelconque méconnaissance des règles fiscales. L'administration doit donc être regardée comme justifiant de l'intention délibérée d'éluder l'impôt caractérisant la mauvaise foi du contribuable. C'est, dès lors, à bon droit que l'administration fiscale a infligé au contribuable la majoration pour manquement délibéré en litige.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la base de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée doit être réduite à concurrence de 4 943,81 euros au titre de l'année 2014. Le surplus des conclusions aux fins de décharge des impositions en litige présentées par M. F doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme réclamée à ce titre par M. F soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les bases de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée fixées à 60 590 euros au titre de l'année 2014 sont réduites de 4 943,81 euros.
Article 2 : M. F est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 et des pénalités correspondantes dans la mesure correspondant à la réduction des bases d'imposition définies à l'article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Markarian, présidente,
M. Secchi, premier conseiller.
Mme Charpy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. D
La présidente,
Signé
G. Markarian
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026