lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2100262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | URIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 janvier 2021 et 3 juillet 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler la délibération du 13 novembre 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Clément-sur-Durance a approuvé le plan local d'urbanisme communal.
Il soutient que :
- le rapport du commissaire enquêteur est insuffisant ;
- le projet d'aménagement et de développement durable (PADD), adopté le 18 mai 2018, n'a pas fait l'objet d'un nouveau débat du conseil municipal alors que celui-ci a été renouvelé à la suite des élections municipales de mars 2020 ;
- le rapport de présentation est insuffisant ;
- la création des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées (STECAL) Ne et Ni méconnaît l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le règlement du plan local d'urbanisme est incohérent avec le PADD ;
- le maire est un élu intéressé qui a pris part au vote.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, la commune de Saint-Clément-sur-Durance, représentée par Me Urien, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 septembre 2022, a été prononcée, en application des articles R. 611 11 1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,
- et les observations de Me Urien, représentant la commune de Saint Clément sur Durance.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 13 novembre 2020 le conseil municipal de Saint-Clément-sur-Durance a approuvé le PLU. M. B demande au tribunal l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " () Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".
3. Si le requérant expose, d'une part, que les conclusions du commissaire-enquêteur seraient "particulièrement succinctes", celles-ci font toutefois état du déroulement de l'enquête publique, de son avis motivé sur chaque zone ainsi que de ses recommandations. D'autre part, le requérant soutient que ses conclusions seraient erronées concernant la zone de la Liaude en ne mentionnant pas son projet de construction. Il ressort du rapport d'enquête publique que la zone UC du PLU de 2007 avait pour objectif de créer une zone d'activité économique et d'irriguer les parcelles enclavées par la création un nouveau passage. Toutefois, le bilan de la zone d'activité de la Liaude est négatif, puisqu'une seule entreprise s'est installée en 13 ans, au demeurant celle du requérant, et que l'ensemble des autres projets n'ont pas abouti en raison de blocage de la part des propriétaires des parcelles constituant cette zone. Il ressort également de ce rapport que les observations du requérant ont bien été prises en compte par le commissaire-enquêteur mais que son seul projet ne peut permettre de conclure à la réalisation de ces objectifs, la zone Ne permettant de conserver l'activité économique du requérant tout en mettant fin au projet initié par le PLU de 2007. Dans ces conditions, les conclusions du commissaire-enquêteur indiquant notamment que " les opportunités de valorisation de ces parcelles n'ont pas été saisies voire dévoyés " ne peuvent être regardées comme erronées, quand bien même le requérant aurait préalablement déposé un projet de construction, et n'ont donc privé le public d'aucune information essentielle.
4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que le rapport de présentation serait insuffisant n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et le moyen ne saurait dès lors être accueilli.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme : " Un débat a lieu au sein de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et des conseils municipaux ou du conseil municipal sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables mentionné à l'article L. 151-5, au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme. / () ".
6. Il ne résulte d'aucune disposition du code de l'urbanisme qu'un nouveau débat concernant les orientations générales du PADD soit obligatoirement tenu lors du renouvellement du conseil municipal. En tout état de cause, il n'est pas démontré que les conseillers municipaux n'aient pas eu à leur disposition l'ensemble des documents pertinents avant de procéder au vote de la délibération attaquée. Le moyen ne peut ainsi être accueilli.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. / () ".
8. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du PLU entre le règlement et le PADD, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
9. En se bornant à soutenir que le règlement du PLU antérieur serait cohérent avec le PADD, le requérant ne se prévaut d'aucun élément permettant de remettre en cause la cohérence du règlement du PLU adopté en 2020 avec celui-ci.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut, à titre exceptionnel, délimiter dans les zones naturelles, agricoles ou forestières des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées dans lesquels peuvent être autorisés : 1° Des constructions ; 2° Des aires d'accueil et des terrains familiaux locatifs destinés à l'habitat des gens du voyage au sens de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ; 3° Des résidences démontables constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs. / Il précise les conditions de hauteur, d'implantation et de densité des constructions, permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. / Il fixe les conditions relatives aux raccordements aux réseaux publics, ainsi que les conditions relatives à l'hygiène et à la sécurité auxquelles les constructions, les résidences démontables ou les résidences mobiles doivent satisfaire. / Ces secteurs sont délimités après avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime ./ Leur caractère exceptionnel s'apprécie, entre autres critères, en fonction des caractéristiques du territoire, du type d'urbanisation du secteur, de la distance entre les constructions ou de la desserte par les réseaux ou par les équipements collectifs ".
11. Il résulte de ces dispositions, notamment éclairées par les travaux préparatoires à la loi du 24 mars 2014 pour l'accès du logement et un urbanisme rénové dont est issue la rédaction du texte applicable en l'espèce, que le législateur a entendu notamment autoriser à titre exceptionnel dans les zones agricoles la délimitation de sous-secteurs en nombre et en superficie restreints dans lesquels des constructions sont autorisées, en vue de favoriser l'entretien du bâti ou la construction de bâtiments non strictement liés à l'activité agricole, dans l'intérêt de la vocation agricole des lieux environnants. Si les auteurs d'un PLU ont ainsi la faculté de décider de la création d'un tel STECAL, celui-ci doit présenter un caractère exceptionnel, de manière à éviter le mitage des espaces naturels ou agricoles.
12. Il ressort des pièces du dossier, notamment du règlement graphique du PLU, que seuls deux STECAL sont créées sur l'ensemble du territoire de la commune, le secteur N'ayant une vocation économique afin de conserver l'activité de menuiserie déjà présente sur les parcelles en cause et secteur Ni ayant une vocation de sports et loisirs, afin de conserver l'aire de jeux. Au regard de la superficie très limitée de ces STECAL, et à l'encadrement des règles de constructions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commune aurait commis une erreur de droit en classant les parcelles en cause en STECAL.
13. En sixième lieu, il appartient aux auteurs d'un PLU de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.
14. Le requérant soutient que les STECAL Ne et Ni seraient artificiellement isolés, les parcelles qui jouxtent la zone étant classées en zone Ub. Toutefois, ces zones s'insèrent dans un environnement majoritairement agricole, non bâti et se trouve à environ 150 mètres du centre du village. Ainsi, la création de ces zones permet de conserver les activités déjà présentes sur les parcelles alors même que le secteur n'a pas vocation à être urbanisé. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la commune aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction en vigueur à la date de la délibération attaquée : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. ". Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération. Cependant, s'agissant d'une délibération déterminant des prévisions et règles d'urbanisme applicables dans l'ensemble d'une commune, la circonstance qu'un conseiller municipal intéressé au classement d'une parcelle ait participé aux travaux préparatoires et aux débats précédant son adoption ou à son vote n'est de nature à entraîner son illégalité que s'il ressort des pièces du dossier que, du fait de l'influence que ce conseiller a exercée, la délibération prend en compte son intérêt personnel.
16. En l'espèce, si le maire de la commune a bien pris part au vote de la délibération attaquée, alors qu'il est propriétaire de certaines parcelles concernées par un changement de zone rendant leurs terrains constructibles, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que celui-ci aurait exercé une influence sur l'adoption d'une modification qui leur aurait été favorable, sur les débats qui ont eu lieu ou que son intérêt personnel ait été distinct de celui de la collectivité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être écartés.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Saint-Clément-sur-Durance sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera la somme de 1 000 euros à la commune de Saint-Clément-sur-Durance au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la Commune de Saint-Clément-sur-Durance.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
A. FAYARD
Le président,
Signé
F. SALVAGE Le greffier
Signé
F. BENMOUSSA
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026