mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102163 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | VALLADIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars 2021 et 9 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 23 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de La Ciotat a refusé de retirer le permis de construire délivré le 27 juin 2019 à la SCI Artmob ;
2°) de mettre à la charge la commune de la Ciotat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le permis de construire du 27 juin 2019 est entaché de fraude dès lors que la pétitionnaire a délibérément trompé la commune sur la surface de la construction existante et sur la consistance de son projet.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2021, la SCI Artmob, représentée par Me Valladier, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt pour agir de M. A;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, la commune de la Ciotat, représentée par Me Drai, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt pour agir de M. A ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 octobre 2023 a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cabal, rapporteur,
- les conclusions de M. Trébuchet rapporteur public,
- et les observations de Me Reboul, représentant M. A, de Me Germain-Morel, représentant la commune de la Ciotat et de Me Vicquenault, représentant la SCI Artmob.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 juin 2019, le maire de la commune de La Ciotat a délivré à la SCI Artmob un permis de construire une extension d'une construction existante et un garage sur une parcelle cadastrée section CE n° 654 située 3 chemin Antiope. Par un courrier du 20 novembre 2020, reçu le 23 novembre suivant, M. B A a sollicité le retrait de cet arrêté. Sa demande a été tacitement rejetée le 23 janvier 2021. M. A demande au tribunal d'annuler de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de la Ciotat et la SCI Artmob :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est propriétaire d'une maison située voie Antiope dont la parcelle est mitoyenne de celle accueillant le projet en litige et qu'il dispose, à ce titre, de la qualité de voisin immédiat. Il soutient que la construction projetée est susceptible de créer des vues sur sa propriété de nature à lui causer des troubles de jouissance. La commune de la Ciotat et la SCI Artmob, qui se bornent à soutenir qu'il ne démontre pas la réalité de ces troubles et que, dès lors qu'il a abattu des arbres sur son terrain, il serait responsable des vues sur sa propriété, n'établissent pas que les atteintes alléguées seraient dépourvues de réalité. M. A justifie ainsi d'un intérêt à agir et il suit de là que la fin de non-recevoir ne saurait être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ". Aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ".
6. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai de recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait. La fraude, dont le juge de l'excès de pouvoir apprécie l'existence à la date du permis de construire, est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier, y compris le cas échéant au vu d'éléments dont l'administration n'avait pas connaissance à cette date, que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration ou s'est livré à des manœuvres en vue d'obtenir un permis de construire indu.
7. Pour soutenir que le permis de construire délivré à la SCI Artmob a été obtenu à la suite de manœuvres frauduleuses, M. A soutient que la pétitionnaire a dissimulé son intention de bâtir une construction nouvelle après avoir entièrement démoli l'immeuble existant présent sur le terrain. La SCI Artmob fait quant à elle valoir qu'elle n'aurait démoli que le seul mur Est en raison d'un désordre structurel provoqué par la chute d'un arbre, et que ces travaux non-autorisés ont été régularisés par la délivrance d'un permis modificatif le 28 septembre 2020. Ces allégations sont toutefois contredites par les photographies jointes à la demande, qui font apparaître une démolition intégrale de la construction existante, accompagnée de travaux d'excavation. De la même manière, il résulte des deux procès-verbaux de constat datés des 15 novembre et 6 décembre 2019 qu'une nouvelle construction s'élève à la place de la construction existante. Il résulte également des écritures mêmes de la commune que " la mise en œuvre du permis a eu pour effet d'entrainer la démolition de la construction existante ". Le projet ne pouvait donc pas être regardé comme une extension, mais comme une construction nouvelle. En outre, il ne pouvait davantage être regardé comme la reconstruction à l'identique de la maison existante, qui n'a au demeurant jamais été sollicitée, dès lors qu'il est d'une surface plancher de 30 % supérieure et qu'il dispose d'un étage supplémentaire. Enfin, alors qu'il est établi que la SCI Artmob a démoli l'intégralité de la construction existante et a procédé à des travaux d'excavation, il résulte du Cerfa joint à sa demande de permis modificatif qu'elle a seulement sollicité la " régularisation de démolition et de reconstruction à l'identique d'un mur effondré suite à un aléa de chantiers ". Ces éléments ne peuvent être regardés comme de simples erreurs ou omissions, mais comme caractérisant une manœuvre ayant pour finalité de dissimuler à l'administration la réalité de son projet, qui ne pouvait, en l'état, être autorisé. Dans ces conditions, alors qu'il résulte du règlement du plan local d'urbanisme de la Ciotat que les constructions nouvelles sont interdites en zone Ne, le permis en litige a été obtenu par fraude. Par suite, dès lors que cette irrégularité ne pouvait être régularisée par la délivrance d'un permis de construire modificatif, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de faire droit à sa demande tendant au retrait du permis de construire du 27 juin 2019, le maire de la Ciotat a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite de rejet née le 23 janvier 2021 est illégale et doit être annulée.
Sur la mise en œuvre des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
9. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". En outre, aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
10. Les conclusions de la requête ne sont pas dirigées contre un permis de construire mais contre la décision de refus de retirer un permis de construire. Par suite, la décision en litige ne peut, en tout état de cause, faire l'objet d'une annulation partielle ou d'un sursis à statuer.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de la Ciotat et la SCI Artmob demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de la Ciotat une somme de 1 800 euros à verser à M. A au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet née le 23 janvier 2021 par laquelle le maire de la Ciotat a refusé de retirer le permis de construire délivré le 27 juin 2019 à la SCI Artmob est annulée.
Article 2 : La commune de la Ciotat versera à M. A la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de la Ciotat et de la SCI Artmob tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de la Ciotat et à la SCI Artmob.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
M. Cabal, conseiller,
M. Guionnet Ruault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
P.Y. CABAL
Le président,
Signé
F. SALVAGE
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026