jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102889 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP PIETRA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er avril 2021 et 31 mai 2022, M. B A, représenté par Me Huet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 août 2020 par laquelle l'inspectrice du travail de l'unité départementale des Bouches-du-Rhône a accordé à la société par actions simplifiée unipersonnelle Autobus de l'Etang l'autorisation de procéder à la rupture conventionnelle de son contrat de travail ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion sur le recours hiérarchique formé à l'encontre de la décision de l'inspectrice du travail.
Il soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur d'appréciation tenant à ce que son consentement a été vicié notamment en raison de son mandat syndical.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2022, la société Autobus de l'Etang, représentée par Me Xavier Pietra, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- dès lors que par une décision expresse du 4 juin 2021, la décision implicite née le 7 février 2021 de rejet du recours hiérarchique formé par le salarié a été retirée, la décision de l'inspectrice du travail du 7 août 2020 annulée et la rupture conventionnelle de son contrat de travail autorisée, la décision de l'inspectrice du travail a disparu de l'ordonnancement juridique et les moyens soulevés à l'encontre de cette décision sont inopérants ;
- la requête concluant à l'annulation de l'inspectrice du travail peut être regardée comme visant à l'annulation de la décision expresse du 4 juin 2021 ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,
- les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Nouis, représentant la société Autobus de l'Etang.
Considérant ce qui suit :
1. La société Autobus de l'Etang, dont le siège social est établi à Vitrolles, a recruté M. A par un contrat à durée indéterminée le 7 juillet 2000. Celui-ci a été désigné délégué syndical le 10 octobre 2019. Un accord de rupture conventionnelle du contrat de travail a été signé par l'employeur et son salarié le 9 juillet 2020. La société Autobus de l'Etang a, par un courrier reçu le 28 juillet 2020, sollicité de l'inspectrice du travail de l'unité départementale des Bouches-du-Rhône l'autorisation de procéder à la rupture conventionnelle du contrat de travail de M. A qui a été accordée par une décision du 7 août 2020. M. A a formé un recours hiérarchique le 2 octobre 2020 réceptionné le 6 octobre 2020. M. A demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspectrice du travail du 7 août 2020 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique par la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Sur l'étendue du litige :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 4 juin 2021 la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé par le salarié, née le 7 février 2021, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 7 août 2020 et a autorisé la rupture conventionnelle du contrat de travail de M. A.
4. En conséquence, les conclusions de M. A dirigées contre la décision de l'inspectrice du travail du 7 août 2020 tendant à son annulation ne sont pas, et ne peuvent être, dirigées contre la décision du 4 juin 2021 en tant qu'elle retire cette décision de l'inspectrice du travail. A défaut de contestation de la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en tant qu'elle retire cette décision de l'inspectrice du travail du 7 août 2020, cette décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion est devenue définitive en cours d'instance et la décision de l'inspectrice du travail du 7 août 2020 a disparu de l'ordonnancement juridique. Il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre cette décision de l'inspectrice du travail, devenues sans objet. Il y a lieu, en revanche, de regarder les conclusions de la requête comme également dirigées contre la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 4 juin 2021 autorisant la rupture conventionnelle du contrat de travail de M. A et d'y statuer par le présent jugement.
Sur la légalité de la décision ministérielle du 4 juin 2021 :
5. Aux termes de l'article L. 1237-11 du code du travail : " L'employeur et le salarié peuvent convenir en commun des conditions de la rupture du contrat de travail qui les lie. / La rupture conventionnelle, exclusive du licenciement ou de la démission, ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties. / Elle résulte d'une convention signée par les parties au contrat. Elle est soumise aux dispositions de la présente section destinées à garantir la liberté du consentement des parties ". Aux termes de l'article L. 1237-12 du même code : " Les parties au contrat conviennent du principe d'une rupture conventionnelle lors d'un ou plusieurs entretiens au cours desquels le salarié peut se faire assister () ". Aux termes de l'article
L. 1237-13 du même code : " La convention de rupture définit les conditions de celle-ci, ()/ A compter de la date de sa signature par les deux parties, chacune d'entre elles dispose d'un délai de quinze jours calendaires pour exercer son droit de rétractation. Ce droit est exercé sous la forme d'une lettre adressée par tout moyen attestant de sa date de réception par l'autre partie ".
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1237-15 du même code : " Les salariés bénéficiant d'une protection mentionnés aux articles L. 2411-1 et L. 2411-2 peuvent bénéficier des dispositions de la présente section. Par dérogation aux dispositions de l'article
L. 1237-14, la rupture conventionnelle est soumise à l'autorisation de l'inspecteur du travail () ". Aux termes de l'article R. 2421-7 du code du travail : " L'inspecteur du travail et, en cas de recours hiérarchique, le ministre examinent notamment si la mesure de licenciement envisagée est en rapport avec le mandat détenu, sollicité ou antérieurement exercé par l'intéressé ".
7. Il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre du travail, saisi d'une demande d'autorisation d'une rupture conventionnelle conclue par un salarié protégé et son employeur, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, que la rupture n'a été imposée à aucune des parties et que la procédure et les garanties prévues par les dispositions du code du travail ont été respectées. A ce titre, il leur incombe notamment de vérifier qu'aucune circonstance, en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par le salarié ou à son appartenance syndicale, n'a été de nature à vicier son consentement.
8. L'existence d'un différend entre les parties, lors de la conclusion d'une rupture conventionnelle, n'affecte pas, par elle-même, la validité de cette convention, sauf à ce qu'il soit établi que le différend a altéré le consentement du salarié. La circonstance qu'une transaction de rupture conventionnelle soit intervenue à l'issue d'une procédure disciplinaire ne suffit pas à remettre en cause la validité de cette rupture sous réserve qu'il ne soit pas porté atteinte à la liberté du consentement du salarié.
9. En premier lieu, si le requérant soutient que l'inspectrice du travail ignorait l'existence de procédures judicaires, disciplinaires et transactionnelles concomitantes à la rupture conventionnelle entachant ainsi nécessairement sa décision d'une irrégularité de procédure, un tel moyen ne peut être utilement soulevé à l'égard de la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion qui a eu connaissance de ces procédures ainsi que cela ressort du rapport de la contre-enquête réalisée à la suite du recours hiérarchique formé par M. A. Par suite, le moyen tiré d'une irrégularité de procédure ne peut qu'être écarté comme inopérant.
10. En second lieu, si antérieurement à la signature de l'accord de rupture conventionnelle, la société Autobus de l'Etang a saisi le 30 juin 2020 le juge des élections professionnelles du tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence contre le syndicat CFTC et M. A, il n'est pas contesté que M. A n'a eu connaissance de cette procédure que le 10 août 2020 soit postérieurement à la signature de l'accord de rupture conventionnelle qui n'a en conséquence pas été susceptible d'exercer une influence sur son consentement. M. A ne démontre pas par ailleurs en quoi la procédure disciplinaire initiée par son employeur à son encontre le 22 juin 2020 et la fixation d'un entretien préalable au licenciement le 2 juillet 2020, finalement reporté au 27 juillet 2020 puis annulé a altéré son consentement. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'accord de rupture conventionnelle du 9 juillet 2020 a été signé à la suite de deux réunions les 30 juin et 2 juillet 2020, que la procédure de rupture conventionnelle a été engagée à la demande de M. A, que le comité social et économique a rendu un avis favorable à cette rupture le 8 juillet 2020 et que M. A a maintenu sa demande au terme du délai de rétractation de quinze jours fixées par les dispositions précitées du code du travail. Enfin, la signature d'un protocole transactionnel intitulé " protocole transactionnel faisant corps avec la rupture conventionnelle du contrat de travail de M. A ", qui avait vocation à mettre fin aux litiges opposant les parties en contrepartie d'une indemnité, indique que les parties reconnaissent avoir disposé du temps et des conseils nécessaires pour le conclure et rappelle la possibilité pour M. A de se rétracter dans un délai de quinze jours après la signature de l'accord de rupture conventionnelle. Dès lors, M. A n'établit ni l'existence d'une circonstance, en rapport avec son mandat syndical, qui ait été de nature à vicier son consentement lors de la conclusion de l'accord de rupture conventionnelle ni que cet accord lui aurait été imposé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorisation de rupture conventionnelle du contrat de travail de M. A serait entachée d'une erreur d'appréciation tenant à ce que son consentement aurait été vicié notamment par des circonstances en lien avec l'exercice de son mandat syndical doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 4 juin 2021 en tant qu'elle autorise la rupture conventionnelle du contrat de travail de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Autobus de l'Etang présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision de l'inspectrice du travail du 7 août 2020.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société Autobus de l'Etang sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société par actions simplifiée Autobus de l'Etang et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Trottier, président,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
C. Hétier-Noël
Le président,
signé
T. Trottier
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2102889
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026