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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103579

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103579

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103579
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 avril 2021 et 21 mars 2022, M.B D, représenté par Me Pelgrin, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le compte rendu de son entretien professionnel du 19 janvier 2021 établi au titre de l'année 2020, ainsi que la décision du 22 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-de-Haute-Provence a partiellement rejeté sa demande de révision ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Alpes-de-Haute-Provence de procéder au réexamen de sa situation administrative et de réviser l'entretien professionnel au titre de l'année 2020 ;

3°) de mettre à la charge du département des Alpes-de-Haute-Provence la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le compte-rendu est entaché de vices de procédure dès lors qu'il n'a pas pu apposer ses observations avant l'appréciation de son N+2, que l'appréciation est incomplète en ce qu'elle ne retrace pas l'ensemble de ses activités et missions, que l'entretien n'a pas été conduit par son supérieur hiérarchique, et que la procédure n'a pas été objective ;

- il est entaché d'une erreur de droit en le sanctionnant à deux reprises puisqu'il a également fait l'objet d'un licenciement ;

- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a eu une carrière exemplaire ;

- le compte-rendu d'entretien est entaché d'un détournement de pouvoir ;

- il crée une rupture d'égalité en bloquant son déroulement de carrière ;

- il constitue une sanction arbitraire.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 18 octobre 2021 et 22 avril 2022, le département des Alpes-de-Haute-Provence, représentée par la Selarl Itinéraires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 9 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de Me Pelgrin, représentant M. D et celles de Me Auger représentant le département des Alpes-de-Haute-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ingénieur territorial, a été recruté par voie de mutation par le département des Alpes-de-Haute-Provence le 1er octobre 2018, pour exercer les fonctions de directeur du laboratoire vétérinaire départemental. Il a ensuite été nommé chef de service santé animale à compter du 1er juin 2019, puis affecté sur le poste de responsable de l'unité " management de la qualité " à 60 % et responsable de l'unité " aide au diagnostic " à 40 % à compter du 1er juin 2020. Le 19 janvier 2021, M. D a bénéficié de son entretien professionnel au titre de l'année 2020, dont le compte rendu lui a été notifié le 22 janvier 2021. Il a formé un recours en révision de ce compte-rendu le 2 février réceptionné le 5 février 2021, recours partiellement rejeté par le président du conseil départemental le 22 février 2021. M. D demande au tribunal d'annuler le compte-rendu d'entretien professionnel établi au titre de l'année 2020 ainsi que la décision de rejet partiel de son recours administratif tendant à sa révision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dispose : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. / Les commissions administratives paritaires ont connaissance de ce compte rendu ; à la demande de l'intéressé, elles peuvent demander sa révision. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. /Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct ". Aux termes de l'article 3 du même décret: " L'entretien professionnel porte principalement sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des évolutions prévisibles en matière d'organisation et de fonctionnement du service / 3° La manière de servir du fonctionnaire / 4° Les acquis de son expérience professionnelle /

5° Le cas échéant, ses capacités d'encadrement / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ainsi que l'accomplissement de ses formations obligatoires / 7° Les perspectives d'évolution professionnelle du fonctionnaire en termes de carrière et de mobilité. L'agent est invité à formuler, au cours de cet entretien, ses observations et propositions sur l'évolution du poste et le fonctionnement du service. ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " Le compte rendu de l'entretien, établi et signé par le supérieur hiérarchique direct, comporte une appréciation générale littérale exprimant la valeur professionnelle du fonctionnaire au regard des critères fixés à l'article 4. " et aux termes de l'article 7 du même décret :

" I. - L'autorité territoriale peut être saisie par le fonctionnaire d'une demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. / Cette demande de révision est exercée dans un délai de quinze jours francs suivant la notification au fonctionnaire du compte rendu de l'entretien. L'autorité territoriale notifie sa réponse dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception de la demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. / II. - Les commissions administratives paritaires peuvent, à la demande de l'intéressé et sous réserve qu'il ait au préalable exercé la demande de révision mentionnée à l'alinéa précédent, proposer à l'autorité territoriale la modification du compte rendu de l'entretien professionnel. Dans ce cas, communication doit être faite aux commissions de tous éléments utiles d'information. Les commissions administratives paritaires doivent être saisies dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la réponse formulée par l'autorité territoriale dans le cadre de la demande de révision. / L'autorité territoriale communique au fonctionnaire, qui en accuse réception, le compte rendu définitif de l'entretien professionnel ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce qu'affirme M. D, son entretien professionnel pour l'année 2020 a bien été conduit par son supérieur hiérarchique direct, M. C A, directeur, sous l'autorité duquel il était placé lorsqu'il a exercé ses fonctions de chef de service en santé animale jusqu'au 30 mai 2020 puis lorsqu'il a été affecté à compter du 1er juin 2020 au poste de responsable de l'unité " management de la qualité " à 60 % et responsable de l'unité " aide au diagnostic " à 40 % , les fonctions de chef de service en santé animale ayant alors été confiées à M. A par arrêté du 11 mai 2020. Il ressort également des pièces du dossier qu'en sollicitant la révision du compte-rendu de son entretien professionnel le 2 février 2021, M. D a été en mesure formuler ses observations avant que ce compte-rendu ne soit visé par son N+2 puis par l'autorité territoriale les 22 février et 25 mars 2021. Par ailleurs, il ne résulte pas des dispositions précitées que le compte rendu d'entretien professionnel, qui a pour objectif d'apprécier la valeur professionnelle de l'agent, doive faire état de façon exhaustive de l'ensemble des activités et missions effectuées par ce dernier. En outre, la circonstance que M. D aurait été contraint de se résoudre à changer de poste pour retrouver de bonnes conditions de travail, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la procédure d'évaluation professionnelle. Enfin, ni l'allégation selon laquelle le responsable hiérarchique de M. D éprouverait du ressentiment à son égard puisqu'il n'avait pas été nommé dans un premier temps au poste de directeur du laboratoire départemental alors qu'il avait exercé les fonctions de directeur par intérim, ni les courriers du médecin de prévention du 16 mars 2020 adressé à son médecin généraliste indiquant de manière générale que M. D " est victime de harcèlement professionnel qu'il vit très mal ", et du 18 février 2021 adressé par son médecin généraliste au médecin de prévention selon lequel " il présente des symptômes de burn out depuis longtemps ", qui sont insuffisants pour faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral, ne sont de nature à établir que son évaluation n'aurait pas été conduite de manière objective et ne serait pas en rapport avec sa manière de servir au cours de l'année 2020. Par suite les différents moyens tirés de ce que le compte-rendu de l'entretien professionnel du requérant au titre de l'année 2020 serait entaché de vices de procédure doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, M. D soutient que l'administration aurait commis une erreur de droit en le sanctionnant à deux reprises puisqu'il a été licencié le 27 juillet 2021. Toutefois, la légalité du compte-rendu d'évaluation de M. D, qui n'a ni le même objet ni le même effet, ne saurait être appréciée au regard de l'existence d'une décision de licenciement qui lui est de surcroît postérieure. Par suite, le moyen tiré de ce que le compte-rendu de l'entretien professionnel serait entaché d'une erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. D conteste la conclusion de son évaluation au titre de l'année 2020 par son N+1 rédigée en ces termes : " agent plusieurs fois repositionné pour répondre aux problèmes relationnels et de reconnaissance technique. Le message passé lors de l'évaluation précédente n'a pas été entendu. L'objectif était l'intégration dans l'équipe. Cette année, par ses actions, voulues ou pas, a creusé le fossé qui le sépare de beaucoup d'agents et de tous ceux sous son encadrement ". Toutefois, les pièces produites par M. D au soutien de cette contestation, et notamment les fiches de notation et comptes rendus d'entretiens professionnels des années 2000, 2001, 2007 et 2010, ainsi que l'attestation de son ancien responsable de service pour la période 1995-2013 ne sont pas de nature à remettre en cause la conclusion précitée du compte-rendu, ces éléments ne concernant pas l'année 2020. La seule attestation positive d'une ancienne collaboratrice qui a travaillé pour lui " à compter de 2017 " n'est pas non plus suffisante pour en infirmer la teneur, alors que le compte-rendu d'évaluation établi au titre de l'année 2019 indique : " relationnel avec l'équipe très problématique pour un management efficace ". Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment du relevé de décision d'une réunion du 12 février 2020, du compte-rendu d'entretien et de la note de service du 24 février 2020, et du compte rendu d'un entretien entre la direction et les techniciens du service santé animale du 21 septembre 2020 tenu suite à un message d'alerte, que M. D, à la suite de son recrutement fin 2018, a été effectivement changé d'affectation en 2019 puis en 2020 en raison de l'existence de problèmes relationnels, de difficultés de management, de manque de rigueur et de fiabilité dans l'exercice de ses missions, et que les difficultés ont perduré durant l'année 2020. La circonstance qu'une réelle incompétence de sa part aurait nécessairement dû, selon lui, entraîner son licenciement au début de sa carrière n'est pas davantage de nature à remettre en cause les motifs du compte-rendu d'évaluation attaqué au titre de l'année 2020. Si M. D conteste également l'appréciation portée dans le compte-rendu d'évaluation au titre de l'année 2020 à la rubrique " Veille réglementaire et technique dans son domaine d'intervention ", selon laquelle M. D " n'a pas détecté le changement du référentiel LAB GTA 05, socle pour l'hydrologie/ Evolutions techniques nécessaires souvent réclamées par les agents de catégorie C (cartes de contrôle, matériel à installer, normes) ou A (trichine, salmonelles en santé animale) ", il ne produit que la procédure de veille réglementaire et normative qu'il a rédigée datée du 24 novembre 2020, et un courrier électronique qu'il a adressé à M. A le 23 juin 2020 concernant le " bilan de maintien de compétence pour les suppléants valideurs et signataires pour les six premiers mois de l'année ", éléments qui ne sont pas de nature à contredire les éléments concrets avancés par son supérieur hiérarchique. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'appréciation portée par l'administration sur ses compétences et sa manière de servir en 2020 serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'un détournement de pouvoir, ou qu'elle constituerait une sanction arbitraire. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. En quatrième et dernier lieu, la circonstance alléguée que le compte rendu attaqué créerait une rupture d'égalité en bloquant le déroulement de carrière de M. D est sans influence par elle-même sur la légalité de ce compte-rendu. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement des agents appartenant à un même corps ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation du compte-rendu de son entretien professionnel établi au titre de l'année 2020 et de la décision de refus partiel de sa demande de révision doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les frais liés à l'instance

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D la somme demandée par le département des Alpes-de-Haute-Provence au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Alpes de Hautes-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au département des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Hétier-Noël, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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