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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103718

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103718

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10eme Chambre
Avocat requérantSCP PIETRA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 avril 2021, le 3 février 2022, le 28 juin 2023 et le 30 juin 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A représenté par Me Marie Suzan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Peypin (13) en date du 9 novembre 2020, portant opposition à la déclaration préalable n° DP 013 073 20 00075, ensemble la décision implicite en date du 11 mars 2021 par laquelle le maire de Peypin a rejeté son recours gracieux tendant à l'annulation de la décision du 9 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au maire de Peypin de lui délivrer une décision de non opposition ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Peypin une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le projet n'emporte pas extension de la partie actuellement urbanisée de la commune ;

- ces décisions méconnaissent les dispositions de l'article L. 111-22 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucune délibération du conseil municipal n'a identifié sa parcelle comme présentant un intérêt patrimonial, paysager ou écologique ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que le projet, objet de la déclaration préalable n° DP 013 073 20 00075, ne porte pas atteinte au caractère des lieux avoisinants, notamment la forêt située sur le terrain qui jouxte le sien ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 422-6 du même code dès lors que le maire de Peypin avait compétence liée par l'avis favorable du préfet des Bouches-du-Rhône.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 septembre 2021 et le 7 juin 2023, la commune de Peypin, représentée par Me Jean-Philippe Nouis, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la notification du recours contentieux prévue par l'article R. 600-1 du code l'urbanisme n'a pas été respectée ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juillet 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Juste,

- les conclusions de Mme Noire, rapporteure publique,

- et les observations de Me Jean-Philippe Nouis, représentant la commune de Peypin.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, propriétaire de la parcelle cadastrée 73 AD 32, située à " les grands Fonts " à Peypin (13124), a demandé, par DP n° 013 073 20 00075 déposée le 20 octobre 2020, l'autorisation d'installer dans sa parcelle seize panneaux photovoltaïques au sol. Par arrêté du 9 novembre 2020, le maire de la commune s'est opposé au projet. Par un recours gracieux régulièrement notifié à la mairie de Peypin le 11 janvier 2021, M. A a demandé l'annulation de cet arrêté. Du silence gardé par l'administration sur ce recours, est née, le 11 mars 2021, une décision implicite de rejet dont M. A demande l'annulation, ensemble l'arrêté du 9 novembre 2020.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

3. D'une part, il est constant que le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Peypin a été annulé par un arrêt n° 15MA02093 de la cour administrative d'appel de Marseille, en date du 7 juillet 2016, et devenu définitif. Par suite, le territoire de la commune de Peypin était soumis aux dispositions du règlement national d'urbanisme (RNU) à la date à laquelle a été prise la décision contestée.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée 73 AD 32, propriété de M. A, se situe en bordure extérieure d'une zone urbanisée de la commune de Peypin, et en est séparée par le chemin départemental D46A, que cette parcelle d'une surface significative de 5 578m2 est bordée au nord-ouest, à l'ouest et au sud par une zone forestière, et à l'est par une parcelle cadastrée 73 AD 33 partiellement déboisée et occupée par une construction à usage d'habitation. Il ressort également des pièces du dossier que le chemin départemental D46A qui borde le terrain d'assiette du projet au nord-est constitue une coupure d'urbanisation nettement identifiable, que la zone d'implantation des panneaux photovoltaïques se trouve en lisière de forêt à l'ouest de la maison de M. A, en direction de la zone boisée et non d'une partie déjà urbanisée. Ainsi le projet ne peut être regardé comme s'intégrant dans les limites actuellement urbanisées de la commune, mais doit être considéré comme une extension de cette urbanisation au sens des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme citées au point précédent. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le projet d'implantation de 16 panneaux photovoltaïques sur une surface de 28m2 est situé sur une zone déjà urbanisée de la commune de Peypin et qu'il ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 111-3 précité.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-22 du code de l'urbanisme : " Sur un territoire non couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu, le conseil municipal peut, par délibération prise après une enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre I du code de l'environnement, identifier et localiser un ou plusieurs éléments présentant un intérêt patrimonial, paysager ou écologique et définir, si nécessaire, les prescriptions de nature à assurer leur protection. ". Aux termes de l'art. R. 111-27 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "

6. L'arrêté d'opposition à déclaration préalable en litige est fondé sur le motif unique que " Le projet se situe en zone à caractère naturel. ". Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions du code de l'urbanisme citées au point précédent dès lors que le maire n'a pas entendu se fonder sur celles-ci et qu'en tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 4, le projet est implanté dans une zone non constructible.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation par voie juridictionnelle ou d'abrogation d'une carte communale, d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou de constatation de leur illégalité par la juridiction administrative ou l'autorité compétente et lorsque cette décision n'a pas pour effet de remettre en vigueur un document d'urbanisme antérieur, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale recueille l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis ou les déclarations préalables postérieures à cette annulation, à cette abrogation ou à cette constatation ". Si, en application de ces dispositions, le maire a compétence liée pour refuser un permis de construire en cas d'avis défavorable du préfet, il n'est en revanche pas tenu de suivre un avis favorable de ce même préfet et peut, lorsqu'il estime disposer d'un motif légal de le faire au titre d'autres dispositions que celles ayant donné lieu à cet avis, refuser d'accorder le permis de construire sollicité.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, le préfet ayant rendu un avis implicite favorable au projet situé sur un territoire soumis au RNU, le maire ne se trouvait pas en situation de compétence liée et pouvait, en considération de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée par M. A.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les frais de l'instance :

10. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge M. A, une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Peypin.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Peypin une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la commune de Peypin.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024 , à laquelle siégeaient :

M. Pecchioli, président,

M. Juste, premier conseiller,

Mme Houvet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

C. JUSTE

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

Le président,

Signé

J.-L. PECCHIOLI

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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