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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103756

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103756

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103756
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGUENDOUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 avril 2021 et le 2 juillet 2023, Mme D C, représentée par Me Guendouz, demande au tribunal :

1°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à l'indemniser à hauteur de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'absence de versement du revenu de solidarité active, et du prélèvement de la somme de 9 384,90 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de lui verser la somme correspondant au revenu de solidarité active auquel elle avait droit pour la période du 1er juin 2016 au 1er août 2017 ;

3°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de lui rembourser la somme de 9 384,90 euros correspondant à l'indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er août 2014 au 31 mai 2016 ;

4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le département des Bouches-du-Rhône a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison de l'illégalité de la décision qu'il a prise le 5 septembre 2016, et au terme de laquelle il a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 384,90 euros constitué sur la période du 1er août 2014 au 31 mai 2016 ;

- le tribunal administratif de Marseille a reconnu qu'elle ne vivait pas en couple avec M. A ;

- au regard de la composition de son foyer familial, qui comptait quatre enfants à charge, elle remplissait les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2016 au 1er août 2017 ;

- elle est fondée à engager la responsabilité pour faute du département des Bouches-du-Rhône, en raison de l'illégalité de décision du 5 septembre 2016 ;

- cette faute a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence ;

- elle n'est plus en mesure de payer son loyer de sorte qu'une procédure d'expulsion a été engagée à son égard ;

- elle a contracté plusieurs crédits à la consommation en raison de la précarité de sa situation financière, révélées notamment par des incidents de paiement qui ont donné lieu à d'importants frais bancaires ;

- elle a dû solliciter des aides financières pour subvenir aux besoins de sa famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 juillet 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus à l'audience :

- le rapport de Mme Caselles, première conseillère,

- les observations de Mme B, représentant le département des Bouches-du-Rhône, qui rappelle à l'audience que Mme C n'a pas fait de demande de rétablissement de son revenu de solidarité active.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre du 5 septembre 2016, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a notamment notifié à Mme C un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 384,90 euros pour la période d'août 2014 à mai 2016. Par une décision du 7 mars 2017, le département des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours de la requérante contestant le bien-fondé de cet indu en ramenant toutefois le montant de la dette à la somme de 6 682,39 euros pour la période de novembre 2014 à mai 2016. Par un jugement du 25 novembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a prononcé l'annulation de cet indu. Mme C demande d'une part, le remboursement de cet indu, qu'elle évalue à 9 384,90 euros, et le versement du revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2016 au 31 août 2017, et d'autre part, de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice subi résultant du trouble dans ses conditions d'existence.

Sur les conclusions tendant au remboursement d'un indu de 9 384,90 euros :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du jugement du tribunal administratif de Marseille du 25 novembre 2020 que l'indu, dont Mme C réclame le remboursement, avait été ramené à 6 682,39 euros, alors qu'elle soutient qu'il s'élevait à 9 384,90 euros. Par ailleurs, le département des Bouches-du-Rhône fait valoir sans être contredit que si cet indu était initialement composé de l'addition de créances de revenu de solidarité socle (INK 001, 002, 003), de revenu de solidarité active majoré (INL 001) et de revenu de solidarité active activité (INN 004), les créances de revenu de solidarité socle (INK 002 et 003) et de revenu de solidarité active majoré (INL 001) n'ont jamais fait l'objet d'un prélèvement de la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône, de sorte que Mme C n'est pas fondée à en demander le remboursement. Seules ont été retenues la somme de 121,22 euros, soit une fraction de la créance de revenu de solidarité socle INK 001 et la somme de 2 710, 59 euros correspondant à la créance de revenu de solidarité active activité (INN 004). A cet égard, le département des Bouches-du-Rhône produit des captures d'écran du dossier de l'allocataire établissant le remboursement à la requérante des sommes en cause, respectivement le 9 février et le 11 février 2021. Par suite, Mme C n'est pas fondée à demander le remboursement de la somme de 9 384,90 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

3. La responsabilité d'une personne publique ne peut être engagée sur le fondement de la faute que si se trouvent réunies les conditions auxquelles la reconnaissance de cette responsabilité est subordonnée, à savoir l'existence d'un préjudice, celle d'une faute et celle d'un lien de cause à effet direct et certain entre cette faute et le préjudice allégué.

4. Au regard de l'annulation, évoquée au point 1 du présent jugement de la décision du 5 septembre 2016, ayant conduit à mettre à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 9 384,90 euros, Mme C est fondée à soutenir que le département des Bouches-du-Rhône a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le préjudice et le lien de causalité :

5. Il résulte du point 2 du présent jugement que le prélèvement réalisé au titre de l'indu en cause s'élevait à 2 831,81 euros, l'essentiel des sommes retenues, et que Mme C évalue à 14 907,27 euros, correspondant à des allocations logement et des prestations familiales, qui ne ressortent pas de la compétence du département des Bouches-du-Rhône. Par ailleurs, si Mme C soutient qu'en raison de l'indu mis à sa charge, elle n'a plus été en mesure de régler son loyer, de sorte qu'une procédure d'expulsion a été engagée à son encontre, il résulte de l'assignation en référé du 9 mai 2017, qu'un commandement de payer d'un montant de 2 237,50 euros lui avait déjà été signifié le 22 novembre 2016, soit moins de deux mois après la décision attaquée, et sans qu'il soit établi que des prélèvements aient été mis en place à cette même date pour rembourser l'indu cité plus haut. A cet égard, l'acte de saisie sur salaire destiné à recouvrer sa dette locative, d'un montant total de 18 981,97 euros est daté du 22 juin 2023, alors que le département des Bouches-du-Rhône a procédé au remboursement des sommes prélevées les 9 et 11 février 2021. Enfin, si Mme C a sollicité et obtenu des aides du département des Bouches-du-Rhône, et du centre communal d'action social de la ville de Vitrolles, ces dernières lui ont été accordé respectivement le 11 octobre 2016, et le 26 septembre 2016, soit une date à laquelle l'indu en cause ne pouvait avoir été prélevé. Par ailleurs, les relevés bancaires produits par la requérante font d'ailleurs état de réelles difficultés financières antérieures, son compte en banque étant régulièrement débiteur de plusieurs centaines d'euros entre les mois de janvier et septembre 2016. Enfin, les crédits à la consommation dont les justificatifs sont versés au dossier remontent d'ailleurs aux années 2019 et 2020, alors même que Mme C avait retrouvé un emploi stable depuis octobre 2017, rémunéré à hauteur de 1 500 euros par mois. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et notamment à la part modeste de l'indu en cause 2 831,81 euros, au regard de l'ensemble des sommes retenues, Mme C n'établit pas que les troubles dans les conditions d'existence dont elle se prévaut présente un lien direct et certain avec l'illégalité invoquée.

Sur les conclusions tendant au versement du revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2016 au 1er août 2017 :

6. Ainsi que le fait valoir le département des Bouches-du-Rhône en défense, le jugement du 25 novembre 2020 précité n'a pas enjoint le versement du revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2016 au 1er août 2017, et par ailleurs, Mme C n'a pas présenté de demande en ce sens auprès de la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône. Elle n'est donc pas fondée à demander le bénéfice de l'allocation sur la période considérée.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Par ailleurs, et en tout état de cause, en l'absence de décision d'aide juridictionnelle favorable, l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 n'est pas applicable en l'espèce.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fédi, président,

Mme Caselles, première conseillère,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

S. Caselles Le président,

signé

G. Fédi

La greffière,

signé

S. Ibram

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N°2103756

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