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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104203

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104203

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ADDEN MEDITERRANEE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mai 2021 et 22 avril 2024, la SCI Malaya 290, représentée par Me Vicquenault, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Cabriès a refusé un permis de construire 107 logements à la SCI Malaya 290 et à la société Bouygues immobilier ;

2°) d'enjoindre à la délivrance du permis de construire sollicité ou de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cabriès une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- c'est à tort que la commune a considéré la demande irrégulière à défaut d'étude d'impact ;

- le projet respecte l'article 4.2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme (PLU) quant à l'aléa feu de forêt ;

- il respecte l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il ne méconnaît pas l'article 1AU4 du règlement du PLU ;

- il ne méconnaît pas l'article 1AU3 du règlement du PLU ;

- il ne méconnaît pas les articles R. 431-5 du code de l'urbanisme et 1AU4 du règlement du PLU quant au raccordement aux réseaux d'eau potable et d'assainissement ;

- il ne méconnaît pas l'article 1AU10 du règlement du PLU quant aux règles de hauteur ;

- il ne méconnaît pas l'article 1AU13 du règlement du PLU quant aux arbres.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 juin et 28 juillet 2021, la commune de Cabriès, représentée par Me Giudicelli, de la société d'avocats Adden avocats Méditerranée, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Vicquenault, représentant la SCI Malaya 290, et celles de Me Giudicelli, représentant la commune de Cabriès.

La note en délibéré enregistrée pour la SCI Malaya 290 le 26 septembre 2024 n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la SCI Malaya 290 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Cabriès lui a refusé la délivrance d'un permis de construire d'un ensemble immobilier de 107 logements sur les parcelles cadastrées section CY n° 54 et n° 55.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :

2. Par un arrêté du 15 juillet 2020, régulièrement publié, le maire de la commune de Cabriès a donné délégation à M. B A, premier adjoint, à l'effet de signer, notamment, les autorisations du droit des sols dont les permis de construire. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté portant refus de permis de construire du 12 mars 2021, signé par M. B A, a été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les motifs de refus :

3. L'arrêté portant refus de permis de construire a été pris aux motifs que la demande de permis de construire ne comprenait pas l'étude d'impact ou la dispense de production en méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, que le projet méconnaît l'article 4.2 des dispositions générales du PLU quant à l'aléa feu de forêt, qu'il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme quant à la défendabilité incendie, ainsi que les articles L. 111-11 du code de l'urbanisme et 1AU4 du règlement du PLU en l'absence de réalisation certaine des réseaux, les articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et 1AU3 du règlement du PLU, les articles R. 431-5 du code de l'urbanisme et 1AU4 du règlement du PLU quant au raccordement aux réseaux d'eau potable et d'assainissement, l'article 1AU10 du règlement du PLU quant aux règles de hauteur et enfin l'article 1AU13 du règlement du PLU relatif au nombre d'arbres de haute tige.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / a) L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale lorsque le projet relève du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme vérifie que le projet qui lui est soumis est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas de ne pas le soumettre à évaluation environnementale () ". Aux termes du I de l'article R. 122-2 du code de l'environnement dans sa rédaction applicable à la date de délivrance de l'arrêté attaqué : " Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau () ". La rubrique n° 39 du tableau vise, pour un examen des projets au cas par cas, les " travaux et constructions qui créent une surface de plancher au sens de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme ou une emprise au sol au sens de l'article R. * 420-1 du même code supérieure ou égale à 10 000 m2 " ainsi que les " Opérations d'aménagement dont le terrain d'assiette est compris entre 5 et 10 ha, ou dont la surface de plancher au sens de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme ou l'emprise au sol au sens de l'article R. * 420-1 du même code est supérieure ou égale à 10 000 m2 ".

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire Cerfa, que le projet porte sur un terrain d'assiette de 50 028 m2, la société requérante n'étant pas fondée à soutenir qu'il faudrait retrancher une bande de terrain, " zone tampon ", qu'elle considère inconstructible, et sur laquelle apparaîssent en outre des aménagements. Dans ces conditions, le projet entrait dans le champ du a) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme. La commune fait par ailleurs valoir, sans être contestée, que la décision de dispense de 2015 dont la société requérante se prévaut portait sur un projet et un tènement différent et qui étaient soumis aux rubriques 51a et 36 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, dont la rédaction a entretemps été modifiée.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

7. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

8. D'autre part, l'article 4.2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme, relatif à l'aléa feu de forêt, mentionne : " Le Porter à Connaissance de l'Etat identifie le territoire de Cabriès comme exposé aux risques incendie de forêt. / La carte des aléas induits et subis ainsi que les prescriptions et recommandations sont présentées en annexe du présent PLU. Ces documents donnent une indication du niveau d'exposition d'un secteur communal au phénomène feux de forêts et ne doivent pas être interprétés à la parcelle. / Dans les zones concernées par l'aléa incendie subi et induit tel que repéré dans le Porter à Connaissance e de l'Etat annexé au PLU, les règles applicables sont celles définies par le porter à connaissance départemental du préfet en date du 23 mai 2014, complété par celui du 4 avril 2016. () ". La note de présentation du 23 mai 2014 du porter à connaissance (PAC) indique notamment : " l'attention devra être portée avant tout sur les espaces exposés aux risques d'incendies de forêt identifiés en annexe de l'arrêté préfectoral du 9 décembre 2013 (massifs forestiers, élargis d'une bande de 200 mètres) et plus particulièrement sur les zones d'interface habitat-forêt qui peuvent être menacées par la progression des feux. / Les constructions et installations situées en limite de massifs forestiers sont également un facteur important d'augmentation du risque d'incendie de forêt " et " qu'à partir d'un niveau d'aléa subi moyen, la puissance du front de flamme de l'incendie peut être élevée, occasionnant des dégâts importants aux bâtiments notamment par auto-inflammation des volets et propagation du feu à l'intérieur des bâtiments. / A partir d'un niveau d'aléa subi fort, la puissance dégagée par l'incendie peut être très élevée et rendre la lutte terrestre impossible ". Selon cette note : " Dans les zones d'aléa très fort et exceptionnel, la protection réside en une interdiction générale pour toutes les occupations du sol nouvelles ".

9. Enfin, aux termes de l'article 1AU 3 du plan local d'urbanisme : " les terrains doivent être desservis par des voies dont les caractéristiques techniques sont suffisantes au regard de l'importance et de la nature du projet et dont les caractéristiques permettent de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie, de la protection civile, et de la collecte des déchets ".

10. Le PLU de Cabriès renvoie en l'espèce expressément aux règles du PAC dans les zones concernées par l'aléa incendie subi et induit repérées par le PAC, annexé au PLU. En l'espèce, la zone concernée par le projet apparaît en grande partie au Nord en aléa subi exceptionnel, dans le prolongement d'une large zone de même aléa concernant le massif forestier des Arbois. Le reste du terrain est situé en aléa subi très fort et moyen. Compte tenu du projet qui porte en grande partie en zone d'aléa subi exceptionnel à très fort, pour laquelle le PAC prohibe toute nouvelle construction, c'est à bon droit que la commune a refusé, sur le fondement de l'article 4.2 des dispositions générales du PLU, de délivrer le permis de construire sollicité.

11. Par ailleurs, à supposer que le PAC, auquel renvoie le PLU dans les conditions fixées à l'article 4.2 des dispositions générales, n'ait pas une valeur règlementaire, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce qu'il soit pris en compte comme élément d'information pour apprécier l'intensité du risque incendie auquel une construction est exposée. Selon l'avis du service d'incendie et de secours (SDIS) des Bouches-du-Rhône du 15 janvier 2021, portant sur la défendabilité du projet face au risque feu de forêt, le projet est en partie situé en aléa " exceptionnel " ou " très fort ", et précise que " compte tenu de la difficulté de défendabilité du site due notamment à la présence de ligne haute tension, de l'absence de bénéfices induits sur la protection de tiers ou le comblement de " dents creuses " et conformément aux dispositions du PAC notifiées par la préfecture, la protection de ces zones ne peut passer que par une interdiction générale pour toutes les occupations du sol nouvelles ". La circonstance que le SDIS aurait émis des avis favorables à l'occasion de l'instruction d'autres projets déposés en 2015 et 2017, est sans incidence sur la prise en considération de l'avis de 2021 sur la défendabilité du projet en litige face aux feux de forêt. Il ressort également d'un avis de la société des eaux de Marseille du 31 décembre 2020 que le projet n'est pas desservi en eau à défaut de réseau à proximité. Il ressort par ailleurs d'un courrier du 12 mars 2021 que l'extension du réseau de la société du Canal de Provence (SCP) jusqu'aux parcelles concernées en vue d'une desserte incendie nécessite des autorisations et servitudes nécessaires pour l'installation des conduites jusqu'aux parcelles, dont l'obtention n'est pas attestée. De plus, il ressort de différentes photographies et documents que les parcelles assiettes du projet sont occupées par un boisement de pins d'Alep. Si la requérante fait valoir l'autorisation de défrichement dont elle est bénéficiaire, le terrain d'assiette est en partie en bordure d'une zone naturelle boisée, non concernée par le défrichement, dans le périmètre de protection du projet d'intérêt général de protection du massif de l'Arbois. Par ailleurs le projet implique l'implantation de nombreux arbres dont certains de haute tige. En outre, si la pétitionnaire fait valoir que le projet urbain partenarial (PUP) conclu entre la métropole Aix-Marseille-Provence et la société Bouygues immobilier permet un élargissement du chemin de Saint-Victor à concurrence de 6 mètres, le PUP mentionne seulement un élargissement à " 6 mètres maximum ", ne précisant ainsi pas la largeur sur l'ensemble de la voie, et indique que les objectifs du programme sont de permettre de sécuriser les déplacements doux et de ne pas saturer la circulation devant le collège, sans évoquer l'accès des véhicules incendie. Enfin, par une délibération du 18 février 2021, la métropole Aix-Marseille-Provence a abrogé la délibération du 19 décembre 2019 approuvant le périmètre du PUP et le programme des équipements publics figurant en annexe de la convention signée entre la métropole et la société Bouygues immobilier, dont l'application est dès lors particulièrement incertaine à la date de la décision attaquée. A cet égard, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les travaux d'équipements que la convention PUP prévoit, qui relèvent en partie de la compétence de la commune de Cabriès, tiers à la convention, seront effectivement réalisés. Au demeurant, par un jugement n° 2103356 du même jour, le présent tribunal a rejeté la requête de la société requérante dirigée contre cette délibération du 18 février 2021.

12. Compte tenu, d'une part, du risque de feu de forêt important alors que le terrain d'assiette est isolé d'autres constructions, se situe près d'une zone boisée, en grande partie en aléa subi exceptionnel, compte tenu également de la gravité des conséquences de la manifestation de ce risque eu égard au nombre de personnes et de biens concernés, le projet portant sur la construction de 107 logements dont 74 individuels et 33 collectifs et 253 places de stationnement, et compte tenu, d'autre part, de la configuration des lieux ne permettant pas aux services de secours incendie d'y accéder par voies terrestres ou aériennes, c'est à bon droit que la commune a estimé que le projet était de nature à porter atteinte à la sécurité publique, risque qui ne pouvait pas être évité par des prescriptions dont l'observation incomberait au seul pétitionnaire. Par suite, contrairement à ce que soutient la société requérante, le maire de la commune de Cabriès n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en opposant au projet l'atteinte à la sécurité publique au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, motif dont il résulte de l'instruction qu'il aurait à lui seul conduit le maire à prendre la décision de refus en litige. Les moyens par lesquels la société requérante en conteste les autres motifs sont par suite sans incidence sur la légalité de cette décision.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI Malaya 290 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant refus de permis de construire, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par la SCI Malaya 290 tendant à la délivrance du permis de construire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Cabriès, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Malaya 290 demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Malaya 290 une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Cabriès au titre des frais de même nature.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SCI Malaya 290 est rejetée.

Article 2 : La SCI Malaya 290 versera la somme de 1 000 euros à la commune de Cabriès en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Malaya 290 et à la commune de Cabriès.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Coppin, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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