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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105462

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105462

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGENOVA - KAZANCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2021 et un mémoire, non communiqué, enregistré le 5 janvier 2024, Mme B A, représentée par l'AARPI Genova-Kazanchi, agissant par Me Genova, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a implicitement refusé de lui attribuer une prime de restructuration de service, ensemble les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques formés le 19 février 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser une prime de restructuration de service d'un montant de 15 000 euros, montant augmenté des intérêts à taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête et du produit de leur capitalisation ;

3°) de mettre à charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle satisfait à toutes les conditions réglementaires pour l'obtention de la prime de restructuration de service dès lors que, d'une part, elle occupe un poste recensé par l'arrêté ministériel du 20 février 2020, prévu par le décret du 17 avril 2008, que, d'autre part, sa mutation a entraîné un changement de résidence administrative, et qu'enfin, sa mutation est intervenue le 21 janvier 2020, soit dans la période comprise entre le 25 novembre 2019 et le 31 décembre 2020, prévue par l'article 2 de l'arrêté du 20 février 2020 précité ;

- elle est fondée à se voir attribuer une prime de restructuration de service d'un montant de 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008 ;

- décret n° 90-437 du 28 mai 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

- les observations de Me Genova, représentant Mme A, requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, technicienne principale de police technique et scientifique (PTS) de la police nationale a été, par arrêté ministériel du 18 janvier 2018, mutée à la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône en qualité d'adjointe au coordonnateur zonal de PTS, puis, par arrêté ministériel du 21 janvier 2020, en qualité de spécialiste de PTS chargée du pilotage des services au sein de la direction zone défense Sud. La demande d'attribution de la prime de restructuration formée pour l'intéressée par le service central de la PTS le 23 novembre 2020 ayant été implicitement rejetée et les recours gracieux et hiérarchiques formés par l'intéressée les 19 février 2021, respectivement auprès du secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur zone de défense Sud et du ministre de l'intérieur étant restés sans réponse, Mme A demande au tribunal, d'une part, d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a implicitement refusé de lui attribuer une prime de restructuration de service, ensemble les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques formés le 19 février 2021, d'autre part, d'enjoindre à l'Etat de lui verser une prime de restructuration de service d'un montant de 15 000 euros.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ", et, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. En l'espèce, Mme A n'établit ni même n'allègue avoir demandé la communication des motifs des décisions implicites attaquées. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret n° 2008-366 instituant une prime de restructuration de service et une allocation d'aide à la mobilité du conjoint dans sa version applicable aux faits de l'espèce : " La prime de restructuration de service peut être attribuée aux agents mutés ou déplacés dans le cadre de la restructuration du service dans lequel ils exercent leurs fonctions. Elle est versée en une seule fois, au moment de la prise de fonction de l'agent, ou, à la demande de celui-ci, en deux fractions d'un même montant sur deux années consécutives. Le montant de la prime est déterminé dans des conditions fixées par arrêté conjoint des ministres chargés de la fonction publique et du budget, en fonction des contraintes supportées par les agents à raison de la restructuration ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 20 février 2020 désignant une opération de restructuration dans le cadre de la réorganisation des services de coordination centrale, zonale et départementale de la police technique et scientifique relevant de la direction centrale de la sécurité publique ouvrant droit à la prime de restructuration de service et à l'allocation d'aide à la mobilité du conjoint instituées par le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008 : " En application de l'arrêté du 19 février 2020 et de l'arrêté du 20 février 2020 susvisés, la réorganisation des services de coordination centrale, zonale et départementale de la police technique et scientifique relevant de la direction centrale de la sécurité publique constitue une opération de restructuration qui ouvre droit à la prime et à l'allocation mentionnées à l'article 2 du présent arrêté ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Les fonctionnaires et agents non titulaires de l'Etat de droit public recrutés pour une durée indéterminée affectés dans les services mentionnés à l'article 1er et dont les postes et emplois sont listés en annexe du présent arrêté peuvent bénéficier dans les conditions prévues par le décret du 17 avril 2008 et l'arrêté du 26 février 2019 susvisés :/ 1° De la prime de restructuration de service ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Ces primes et allocations sont ouvertes pour les mutations et déplacements intervenus à ce titre entre le 25 novembre 2019 et le 31 décembre 2020 ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 26 février 2019 fixant les montants de la prime de restructuration de service et de l'allocation d'aide à la mobilité du conjoint instituées par le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008 : " Le montant de la prime de restructuration de service attribuée aux agents dont la mutation a entraîné un changement de résidence administrative est composé de : 1° D'un montant fonction de la distance entre l'ancienne et la nouvelle résidence administrative : () à partir de 150 km : 15 000 euros () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 4 du décret n° 90-437 du 28 mai 1990 fixant les conditions et modalités de règlement des frais occasionnés par les changements de résidence des personnels civils sur le territoire métropolitain de la France lorsqu'ils ont à la charge des budgets de l'Etat, des établissements publics nationaux à caractère administratif et de certains organismes subventionnés, auquel renvoie le décret précité du 17 avril 2008 instituant la prime de restructuration pour la définition de la notion de résidence administrative : " pour l'application du présent décret, sont considérés comme 1° Résidence administrative : le territoire de la commune sur lequel se situe le service où l'agent est affecté ".

6. Il résulte des dispositions combinées précitées aux points 4 et 5 que, pour déterminer le montant de la prime de restructuration d'un agent auquel il pourrait avoir droit en application des dispositions du décret du 17 avril 2008, l'administration doit apprécier la distance qui sépare l'ancienne commune de la nouvelle commune au sein de laquelle l'agent exerce ses fonctions.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté du 21 janvier 2020, que si Mme A a été mutée en qualité de spécialiste de PTS chargée du pilotage des services au sein de la zone de défense de sécurité Sud à compter du 2 janvier 2020, la commune de son affectation opérationnelle, qui demeure Marseille, n'a pas été modifiée. Dans ces conditions, et quand bien même l'arrêté en question indique que l'intéressée a fait l'objet d'un changement de résidence administrative de la commune de Marseille à celle d'Ecully, intervenue le 21 janvier 2020, soit dans la période comprise entre le 25 novembre 2019 et le 31 décembre 2020, l'administration n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder la prime de restructuration de service d'un montant de 15 000 euros. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a implicitement refusé de lui attribuer une prime de restructuration de service, et des décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques formés le 19 février 2021, doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions accessoires susvisées aux fins d'injonction.

8. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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