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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105510

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105510

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105510
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantFOUDIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2021, la SCI Les Résidences Hôtels Côte Sud, représentée par Me Foudil, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande de justificatifs du 15 février 2016 adressée par le pôle de contrôle et d'expertise de Marseille Borde concernant la taxe sur la valeur ajoutée déductible figurant sur la déclaration CA3 du mois de juillet 2015 constitue un contrôle sur pièces et non pas un contrôle formel ;

- dès lors que les pièces justificatives demandées par le service ont été transmises à ce dernier le 1er mars 2016 et qu'il n'a demandé aucune pièce supplémentaire dans un délai de soixante jours, il a pris une position formelle sur le droit de la SCI à déduire la taxe sur la valeur ajoutée facturée par la société CEBTP ;

- contrairement à ce qui est affirmé par le service dans la proposition de rectification et dans le rejet de la réclamation préalable du 12 mai 2021, la déclaration n°2072 déposée par la SCI comportait bien le montant des charges déductibles ;

- le service aurait dû lui notifier une seconde proposition de rectification afin de lui permettre de présenter des observations dans un délai de trente jours dès lors que :

- la notification de la proposition de rectification du 17 décembre 2018 a permis au service d'obtenir des justificatifs afférents à la taxe sur la valeur ajoutée déduite du mois de juillet 2015, notamment des extraits de la comptabilité et des pièces comptables ;

- l'administration a mis en œuvre son droit de communication auprès du service de l'urbanisme de Sausset-Les-Pins et de la SARL Beauchamps, ce qui lui a permis de développer une argumentation nouvelle en fait et en droit par rapport à celle exprimée dans la proposition de rectification ;

- compte tenu de l'ampleur des investigations conduites et du questionnement dont elle a fait l'objet, le service a implicitement et irrégulièrement débuté une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité, sans lui faire bénéficier des garanties inhérentes à ces procédures ;

- c'est à tort que l'administration a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les travaux réalisés par la société CEBTP, ceux-ci ayant bien été réalisés et la société CEBTP ayant reversé la taxe sur la valeur ajoutée collectée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud a fait l'objet d'un contrôle sur pièces. L'administration a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du mois de juillet 2015 pour un montant de 213 895 euros, au motif que la déclaration n° 2072 relative aux revenus perçus au cours de l'année 2015 n'était que partiellement remplie et que les actes de cession ne mentionnaient pas la réalisation de travaux. En réponse à la proposition de rectification, à l'appui de ses observations, la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud a produit plusieurs pièces parmi lesquelles une facture d'un montant de 552 000 euros, correspondant à des travaux de terrassement qui auraient été réalisés par la société CEBTP sur le terrain situé à Sausset-les-Pins vendu par la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud le 30 juin 2015. L'administration estimant les justificatifs insuffisamment probants, a refusé la déduction de taxe sur la valeur ajoutée figurant sur cette facture. La SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud demande la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés () ".

3. Il résulte de l'instruction que l'administration a, dans un courrier daté du 15 février 2016, demandé à la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud de " donner le détail de la TVA déductible figurant sur la déclaration de TVA du mois de juillet 2015 pour un montant de 213 895 € ". Le service a précisé dans ce courrier, qu'en l'absence de nouveau courrier dans les soixante jours à compter de la réponse de la société requérante, cette dernière pourrait considérer que les informations fournies avaient permis de compléter son dossier et que cet examen ponctuel serait clos. La société requérante a produit, en réponse, le 1er mars 2016 des pièces justificatives.

4. Ce courrier du 15 février 2016 constitue, ainsi qu'il le précise, une simple demande de renseignements, adressée par l'administration sur le fondement des dispositions précitées du troisième alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, dans le cadre du contrôle sur pièces dont la société requérante a fait l'objet. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui adressant le courrier du 15 février 2016, l'administration a mis en œuvre un contrôle sur pièces.

5. En deuxième lieu, la déclaration n° 2072 produite par la société requérante comporte une ligne indiquant que les charges exceptionnelles s'élevaient en 2015, à 1 010 993 euros. La circonstance que la proposition de rectification indique de façon erronée que cette déclaration " n'indiquait aucune charge " est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que l'administration a fondé les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur le fait que " les actes de cessions qui ne font pas état d'éléments réalisés par la SCI ne permettent pas d'établir l'existence et le bien-fondé de la TVA déductible pour un montant de 213 895 € ". Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir que cette mention erronée, qu'elle a pu au demeurant discuter dans ses échanges avec le service postérieurement à la notification de la proposition de rectification, a entaché la procédure d'imposition d'irrégularité.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". De plus, aux termes de l'article L. 76 B du même livre : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". La demande du contribuable peut porter sur tout document utilisé par l'administration pour établir les impositions et notamment sur les documents dont elle s'est prévalue au cours de la procédure de redressement, y compris dans la réponse aux observations du contribuable, alors même qu'elle n'en aurait fait état que pour confirmer une prise de position reposant sur d'autres éléments.

7. Lorsque, comme en l'espèce, à la suite d'un contrôle sur pièces, le contribuable a reçu une proposition de rectification lui notifiant des rehaussements, qu'il a présenté des observations et de nouveaux justificatifs, que l'administration en a tenu compte pour réduire le montant des rectifications envisagées et lui a notifié de nouvelles conséquences financières dans sa réponse aux observations, aucun texte n'impose à l'administration fiscale de notifier une nouvelle proposition de rectification à l'intéressé. De plus, la circonstance que l'administration ait exercé son droit de communication auprès de tiers postérieurement à la notification de la proposition de rectification du 17 décembre 2018 pour vérifier les éléments apportés par la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud dans ses observations, imposait seulement à l'administration, dont les documents communiqués par les tiers n'ont fait que conforter sa position, de respecter les garanties prévues à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'administration, qui n'a pas modifié l'objet ou les motifs de redressement au cours de la procédure d'imposition, aurait dû lui notifier une seconde proposition de rectification après avoir tenu compte des nouveaux éléments produits dans ses observations et après avoir exercé son droit de communication auprès de tiers postérieurement à la notification de la première proposition de rectification.

8. En quatrième lieu, aux termes du I de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ". Il résulte de ces dispositions que la vérification de comptabilité consiste, en vue d'assurer l'établissement d'impôts dus par le contribuable, à contrôler sur place la sincérité des déclarations fiscales qu'il a souscrites en les comparant avec les écritures comptables ou les pièces justificatives dont l'administration prend alors connaissance. Aux termes de l'article L. 13 G du même livre : " Dans les conditions prévues au présent livre, les agents de l'administration peuvent, lorsque des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables tiennent leur comptabilité au moyen de systèmes informatisés, examiner cette comptabilité sans se rendre sur place ". Aux termes du 1 de l'article L. 47 AA de ce livre : " Dans un délai de quinze jours à compter de la réception d'un avis d'examen de comptabilité, le contribuable adresse à l'administration, sous forme dématérialisée répondant aux normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables ".

9. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait vérifié dans les locaux de la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud, sa comptabilité. D'autre part, si cette dernière affirme que le service a examiné des extraits de sa comptabilité et des pièces comptables, elle ne l'établit pas. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration ayant " débuté " une vérification ou un examen de sa comptabilité, l'a privée des garanties inhérentes à ces procédures.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

10. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable ".

11. Il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les charges afférentes à la réalisation de travaux de terrassement sur un terrain cédé par la société requérante le 30 juin 2015 aux motifs que ces travaux ne pouvaient pas avoir été réalisés par la société CEBTP à la date indiquée par la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud. Le service s'est fondé sur le fait que l'acquéreur du terrain a indiqué qu'aucun travaux de terrassement n'ont été effectués entre la promesse de vente, le 21 mai 2013, et l'acte définitif d'achat, le 30 juin 2015, qu'aucune indication sur d'éventuels travaux de terrassements qui auraient été envisagés ou réalisés entre la promesse de vente et la vente ne figuraient dans ces actes, que le service de l'urbanisme de la commune de Sausset-Les-Pins, en date du 29 avril 2019 avait indiqué que les derniers travaux réalisés sur ledit terrain avaient cessé en 2010 alors que la société CEBTP ayant facturé les travaux, a été créée le 1er mars 2014. Le service s'est également appuyé sur les photos cartographiques IGN et les photos Google Maps montrant des travaux réalisés avant 2011, confirmant ainsi la réponse du service de l'urbanisme et les photos aériennes Google Earth prises en août 2013 et en février 2016 montrant qu'aucun terrassement n'a été réalisé en 2015 sur la parcelle AL 52. Enfin, l'administration a demandé à la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud, le 27 mars 2019, de produire les constats d'huissiers et autorisations d'occupation du domaine public pour la réalisation des travaux dans la commune de Sausset-Les-Pins. Seuls l'arrêté relatif à un permis de construire de 2007 et un constat d'huissier d'apposition de l'affichage public du permis de construire du 11 juillet 2007 ont été adressés par la société requérante à l'administration.

12. En se bornant à soutenir, en réponse à ces éléments, que les propos de l'acquéreur du terrain ne s'appuient que sur des allégations incertaines de son architecte, que le permis de construire de 2009 mentionné par la commune de Sausset-Les-Pins concerne l'édification d'un hôtel et d'une résidence de tourisme et non pas des travaux de terrassement, que des travaux de terrassement nécessitent peu d'ouvriers, que le chantier a bien eu lieu, que la facture a été régulièrement intégrée dans la comptabilité de la société CEBTP qui aurait régulièrement déclaré et reversé la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur cette facture, ce qui au demeurant n'est pas établi, la société requérante, qui n'a produit aucune pièce relative à des travaux réalisés en 2015, ne justifie pas de la réalité de ces derniers. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir c'est à tort que l'administration a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les travaux réalisés par la société CEBTP.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

13. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification ".

14. Ainsi qu'il l'a été dit au point 4, le courrier du 15 février 2016 constitue une simple demande de renseignements adressée par l'administration. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'absence de réponse à l'envoi, le 1er mars 2016, de pièces justificatives par la société requérante, a fait naître une prise de position tacite du service sur le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée en litige.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Résidences Hôtel Côte Sud et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

La présidente,

signé

P. RousselleLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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