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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105526

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105526

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105526
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 juin 2021, 28 octobre 2022 et 12 octobre 2023, Mme A C, représentée par Me Quillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 15 mars 2021 par laquelle la région Provence-Alpes Côte d'Azur a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) d'annuler la décision du 28 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a explicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

3°) de condamner le rectorat de l'académie d'Aix-Marseille et la région Provence-Alpes Côte d'Azur à lui verser la somme de 13 285 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 mars 2021, date de sa demande indemnitaire préalable, en réparation du préjudice résultant de sa chute survenue le 18 mars 2019 dans les escaliers du réfectoire du lycée Georges Duby à Luynes ;

4°) de mettre à la charge du rectorat de l'académie d'Aix-Marseille et de la région Provence-Alpes Côte d'Azur le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa chute a été causée par la présence d'eau sur le sol du réfectoire révélant un défaut d'entretien normal de celui-ci et une carence dans l'organisation de l'établissement scolaire susceptible d'engager la responsabilité de la région Provence-Alpes Côte d'Azur et du rectorat de l'académie d'Aix-Marseille ;

- elle a droit à être indemnisée de ses préjudices à hauteur de 326,76 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 657,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel, 4 000 euros au titre des souffrances endurées, 4 300 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent évalué à 2 %, 3 000 euros au titre de son préjudice d'agrément et 1 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire et permanent.

Par des mémoires en défense enregistrés le 29 septembre 2022 et le 7 mars 2023 ainsi qu'un mémoire enregistré le 16 novembre 2022 qui n'a pas été communiqué, la région Provence-Alpes Côte d'Azur, représentée par l'AARPI Baron, D conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête de Mme C ;

- à titre subsidiaire, à ce que le montant des indemnités à allouer soit ramené à de plus justes proportions ;

- à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- au rejet des conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes et à ce que soit mise à la charge de celle-ci une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 24 février et 20 avril 2023, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, représentée par Me Noyer, demande au tribunal de mettre à la charge de la région Provence-Alpes Côte d'Azur et du rectorat de l'académie d'Aix-Marseille la somme de 1 619,95 euros au titre de ses débours assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son premier mémoire, la somme de 539,98 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, ainsi qu'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce que le montant des indemnités relatives aux souffrances endurées et au préjudice esthétique soit ramené à de plus justes proportions.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2001678 du 25 juin 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal a désigné le docteur B en qualité d'expert ;

- le rapport d'expertise remis le 30 novembre 2020 ;

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 1er février 2021 taxant les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 170 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, élève du lycée Georges Duby à Luynes, a été victime d'une chute le 18 mars 2019 dans les escaliers du réfectoire de l'établissement, qui a fait l'objet d'une déclaration d'accident scolaire. A la suite de la réalisation d'une expertise médicale ordonnée le 25 juin 2020 par le juge des référés du tribunal administratif de Marseille, Mme C a sollicité la région Provence-Alpes Côte d'Azur ainsi que le rectorat de l'académie d'Aix-Marseille par courriers reçus le 15 mars 2021 afin d'être indemnisée des préjudices résultant de sa chute. Le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a rejeté sa demande par une décision explicite du 28 avril 2021 tandis que le silence du président de la région Provence-Alpes Côte d'Azur a fait naître une décision implicite de rejet. Mme C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions de rejet et de condamner la région Provence-Alpes Côte d'Azur ainsi que le rectorat de l'académie d'Aix-Marseille à l'indemniser de l'ensemble des préjudices résultant de sa chute dans l'enceinte du lycée Gorges Duby.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions par lesquelles le recteur de l'académie d'Aix-Marseille et le président de la région Provence-Alpes Côte d'Azur ont rejeté les demandes indemnitaires de la requérante :

2. Les décisions en litige ayant eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire de Mme C, la requérante doit être regardée comme ayant formulé des conclusions tendant à l'indemnisation de ses préjudices, donnant ainsi à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Il appartient au juge de plein contentieux non pas d'apprécier la légalité de la décision liant le contentieux mais de se prononcer lui-même sur le droit de la requérante à obtenir l'indemnité qu'elle réclame. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation des décisions par lesquelles ont été rejetées ses demandes indemnitaires préalables ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par Mme C :

En ce qui concerne la responsabilité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur :

S'agissant du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public :

3. Aux termes de l'article L. 214-6 du code de l'éducation, dans sa rédaction applicable au litige : " La région a la charge des lycées, des établissements d'éducation spéciale et des lycées professionnels maritimes. Elle en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement. () / La région assure l'accueil, la restauration, l'hébergement ainsi que l'entretien général et technique, à l'exception des missions d'encadrement et de surveillance des élèves, dans les établissements dont elle a la charge. /()".

4. Il résulte de ces dispositions que la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a la charge de l'équipement et du fonctionnement du lycée Georges Duby à Luynes et assure la restauration des élèves du lycée ainsi que l'entretien général et technique de ses locaux. Sa responsabilité est par suite susceptible d'être recherchée, en qualité de gestionnaire de l'ouvrage public que constitue ce lycée et à l'égard de Mme C, élève de ce lycée, qui était lors de sa chute usagère de l'ouvrage, sur le terrain de la responsabilité pour défaut d'entretien normal de cet ouvrage.

5. Pour obtenir la réparation par le maître de l'ouvrage des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers doivent démontrer devant le tribunal, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage invoqué. Pour s'exonérer de sa responsabilité, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.

6. Mme C évoque la présence de bassines remplies d'eau placées sur un comptoir à la sortie du réfectoire afin de recueillir les éléments de vaisselle déposés par les élèves en sortant de la salle de restauration, et fait valoir que de l'eau provenant de ces bassines serait tombée sur le sol devenu glissant de ce fait, ce qui aurait entrainé sa chute dans les escaliers le 18 mars 2019. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur relève quant à elle que le rapport du 20 mars 2019 du chef d'équipe du service de l'intendance et de la restauration du lycée, qui s'est rendu immédiatement sur les lieux de l'accident, relate que le sol était sec, et indique également que les élèves, lorsqu'ils débarrassent leurs plateaux avant de sortir du réfectoire, déposent ceux-ci sur une barre d'appui et placent leurs verres sur une table en inox et leurs couverts dans des bacs remplis d'eau. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la table qui supporte les bacs dispose d'un rebord et d'un orifice permettant l'évacuation d'eau. Dans ces conditions, s'il n'est pas exclu, au regard notamment des photographies des lieux et de la disposition des éléments du réfectoire produites, que de l'eau ait pu être ponctuellement projetée sur le sol à l'occasion du débarras d'éléments de vaisselle par les élèves qui se succèdent à la sortie du réfectoire peu avant le passage de l'intéressée, il n'est pas établi que de telles projections d'eau auraient rendu à la date et heure de l'accident le sol particulièrement dangereux au regard des conditions habituelles d'utilisation des locaux d'un réfectoire scolaire. Il résulte en outre de l'instruction que Mme C a chuté dans des escaliers après avoir emprunté la sortie de la salle de restauration qu'elle-même, ainsi que les autres élèves du lycée, utilisent régulièrement. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les risques présentés par l'état de l'ouvrage public auraient excédé, par leur importance, ceux contre lesquels les usagers connaissant les lieux devaient se prémunir en faisant preuve de vigilance et d'attention et dont ils sont tenus de supporter seuls les conséquences.

7. Par suite et en l'absence de défaut d'entretien normal par la région Provence-Alpes Côte d'Azur des locaux du lycée Georges Duby où se sont produits les faits en litige le 18 mars 2019, Mme C n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la région sur ce fondement.

S'agissant de la faute dans l'organisation du service public de la demi-pension :

8. A supposer que la requérante ait entendu soulever ce moyen à l'appui de ses conclusions dirigées contre la région Provence-Alpes Côte d'Azur, évoquant une " carence organisationnelle de l'établissement scolaire " en raison de la mise à disposition de bassines d'eau en sortie du réfectoire, en tout état de cause, il ne résulte de l'instruction ni que des bassines d'eau auraient été disposées à un emplacement inopportun en haut des escaliers, ni que les modalités de débarras des plateaux-repas présenteraient un risque particulier d'éclaboussures, alors d'ailleurs qu'il n'est pas soutenu que des faits similaires se seraient produits avant l'accident dont a été victime l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la responsabilité pour faute de la région ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat

S'agissant du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public :

9. L'entretien des locaux du lycée ne relevant pas de la compétence de l'Etat mais, ainsi qu'il a été dit au point 4, de celle de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la responsabilité de l'Etat ne saurait être recherchée sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage. Par suite, et à supposer que la requérante ait entendu rechercher la responsabilité de l'Etat sur ce fondement, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de la faute dans la gestion du service public de la demi-pension :

10. Aux termes du troisième alinéa du II de l'article L. 421-23 du code de l'éducation dans sa version applicable au litige : " Le chef d'établissement est assisté des services d'intendance et d'administration ; il encadre et organise le travail des personnels techniciens, ouvriers et de service placés sous son autorité. Il assure la gestion du service de demi-pension conformément aux modalités d'exploitation définies par la collectivité compétente. () ".

11. En se bornant à soutenir que les bassines d'eau auraient dû être entreposées ailleurs qu'à la sortie du réfectoire et que la chute dont elle a été victime résulte d'un " déficit de moyens humains " ou d'une mauvaise répartition des moyens ainsi que d'une carence dans l'organisation de l'établissement scolaire, et pour les motifs par ailleurs déjà indiqués au point 8, Mme C n'établit pas qu'une faute aurait été commise par l'administration de l'établissement scolaire dans la gestion du service public de la demi-pension.

12. Il suit de là que les conclusions indemnitaires dirigées contre l'Etat pris en la personne du recteur de l'académie d'Aix-Marseille à raison des conséquences dommageables de l'accident subi par la requérante le 18 mars 2019 doivent être également rejetées.

Sur les conclusions présentées par la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes :

13. Le rejet, par le présent jugement, des conclusions de la requête tendant à engager la responsabilité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et de l'Etat entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, tant au titre de ses débours qu'à celui de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur la charge des frais d'expertise :

14. Il y a lieu de mettre à la charge de Mme C les frais et honoraires de l'expertise du docteur B, liquidés et taxés à la somme de 1 170 euros par l'ordonnance du président du tribunal du 1er février 2021, et qui constituent des dépens de la présente instance, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes demandées par Mme C et par la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la région Provence-Alpes Côte d'Azur présentées à l'encontre de la requérante et de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes sont rejetées.

Article 3 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 170 euros sont mis à la charge définitive de Mme C.

Article 4 : Les conclusions de la région Provence-Alpes Côte d'Azur tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au recteur de l'académie d'Aix-Marseille, à la région Provence-Alpes Côte d'Azur et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressée à la caisse primaire centrale d'assurance-maladie des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2105526

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