mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2105887 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7è Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | FENECH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2021, M. A C, représenté par Me Fenech, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de lui accorder la remise gracieuse de deux indus de revenu de solidarité active, respectivement d'un montant de 9 978,27 euros et 7 794,54 euros, constitué pour le premier sur la période de mars 2018 à décembre 2019, et sur la période de décembre 2016 à mai 2018 pour le second ;
2°) d'annuler les deux titres exécutoires n°7641 et n°7642 émis le 15 mars 2021 par le conseil départemental des Bouches-du-Rhône pour le recouvrement de cette dette.
Il soutient que :
- les titres de recettes sont erronés dès lors qu'ils portent sur deux périodes qui se chevauchent ; en tout état de cause et à titre subsidiaire, le montant de l'indu doit être recalculé, et limité à 9 600 euros ;
- il est de bonne foi dès lors que le bien qui génère les revenus locatifs réintégrés dans ses déclarations trimestrielles de ressources ne lui appartient pas en propre, mais est la propriété d'une SCI dont il est actionnaire.
Par un mémoire en défense, enregistré 13 octobre 2022, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné Mme Caselles, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caselles, première conseillère,
- les observations de Mme B, de la direction des affaires juridiques, représentant le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2009. Il avait déclaré ne percevoir aucune ressource. Il doit être regardé comme demandant d'une part l'annulation de deux titres exécutoires n°7641 et n°7642 émis le 15 mars 2021 d'un montant de 9 978,27 euros et 7 794,54 euros correspondant à deux indus, constitués pour le premier sur la période de mars 2018 à décembre 2019, et sur la période de décembre 2016 à mai 2018 pour le second, et d'autre part la remise gracieuse de ces trop-perçus.
Sur le bien-fondé des deux titres exécutoires :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2°de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant foyer.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ".
5. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
6. Il résulte d'un rapport d'enquête diligenté par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, et daté du 9 janvier 2020, que M. C a effectué plusieurs séjours en Algérie en 2019 d'une durée totale de 104 jours, supérieure à la durée des trois mois autorisée par l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, ce même rapport a révélé que M. C est associé d'une SCI qui est propriétaire d'un logement dans le 14ème arrondissement à Marseille, et que la location de ce bien a généré des revenus locatifs à hauteur de 400 euros par mois au bénéfice de l'allocataire depuis 1998. A cet égard, la circonstance que l'intéressé ne soit pas propriétaire du bien à raison duquel les revenus fonciers lui ont été versés est sans incidence sur le calcul des deux indus en litige dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'il a effectivement perçus ces mêmes revenus fonciers, versés en tout état de cause par la SCI dont il est associé. Enfin des versements créditeurs apparaissent sur le compte bancaire de M. C pour un total de 24 760 euros entre les mois de janvier 2017 et mai 2019, alors même que ce dernier s'était déclaré sans ressources.
7. Au regard des éléments mentionnés au point précédent, le département des Bouches-du-Rhône a procédé à une première régularisation qui a généré le premier indu en litige d'un montant de 9 978,27 euros constitué sur la période de mars 2018 à décembre 2019, puis à une deuxième régularisation après radiation des droits au revenu de solidarité active de M. C, qui est à l'origine du second trop perçu d'un montant de 7 794,54 euros, constitué sur la période de décembre 2016 à mai 2018. Si le requérant soutient que les périodes des deux indus se chevauchent, et que par suite, ils sont erronés, le département des Bouches du Rhône expose dans ses écriture en défense qu'en raison du délai de prescription biennale, elle a pris en considération, pour calculer le premier indu, les revenus de l'allocataire à compter de janvier 2018, et rappelle en parallèle que le calcul des droits résulte des ressources perçus par l'allocataire au titre du trimestre précédant immédiatement celui au titre duquel les allocation sont versées.
8. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le premier indu a été calculé à partir des données des mois de janvier et février 2018 pour le trimestre de mars à mai 2018, puisque les données de décembre 2017 correspondait à une période exclue en raison de la prescription évoquée plus haut, ce calcul mettait en évidence un trop perçu de 320,01 euros au titre de ce trimestre, tout en admettant que l'allocataire pouvait bénéficier de la somme 181,83 euros, au titre de la même période. Le calcul du second indu a donné lieu à une révision des montants de ce même trimestre de mars à mai 2018, le département des Bouches-du-Rhône considérant que la prescription de deux ans devait être écarté en raison de la fraude constatée. Il a alors réintégré le mois de décembre 2017 dans le calcul des droits de M. C au titre du trimestre de mars à mai 2018. Le département des Bouches-du-Rhône s'est donc borné à mettre en recouvrement, sur la période commune aux deux indus, un trop perçu de 181,83 euros, révélée par le second calcul étendant la période de vérification au mois de décembre 2017.
9. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le montant des deux titres exécutoires en litige n'est pas erroné, et que M. C n'est pas fondé à en demander l'annulation ou la réduction, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit le département des Bouches-du-Rhône a réintégré dans les déclarations trimestrielles de revenus non seulement le montant des revenus fonciers perçus par l'allocataire, mais encore la somme de 24 760 euros, correspondant à des versements créditeurs sur le compte du requérant, et que ce dernier passe sous silence dans sa requête.
Sur la remise gracieuse de dettes :
10. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
12. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active en cause a pour origine l'absence de déclaration par le requérant des revenus fonciers, mentionnés au point 6, versés par la SCI dont il est associé ainsi que des versements créditeurs relevés par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, sur le compte bancaire de l'allocataire, pour un total de 24 760 euros entre les mois de janvier 2017 et mai 2019. Eu égard à la nature et au montant de ces sommes, ainsi qu'au caractère récurrent des omissions déclaratives mentionnées au point 6 du présent jugement, M. C doit être regardé comme ayant fait de fausses déclarations en toute connaissance de cause. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, aucune remise de dette ne peut lui être accordée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
S. CasellesLa greffière,
Signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
N°2105887
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026