jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106269 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | URIEN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2106269 le 12 juillet 2021, le 4 mars et le 3 juin 2022, la société Maintenance Thermique, représentée par Me Mouriesse, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres exécutoires n°31771 du 15 décembre 2020 et n°32230 du 23 décembre 2020 par lesquels le département des Bouches-du-Rhône a mis à sa charge deux sommes de 9 467,79 euros ;
2°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 23 avril 2021 par laquelle le comptable public du département des Bouches-du-Rhône l'a obligée à payer la somme de 18 935,58 euros et de la décharger de cette obligation de payer ;
3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les titres exécutoires attaqués ne lui ont pas été notifiés ;
- la saisie administrative à tiers détenteur ne mentionne pas les voies et délais de recours ;
- les signataires de la saisie administrative à tiers détenteur et des titres exécutoires attaqués étaient incompétents ;
- la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires attaqués ne mentionnent pas les bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires attaqués méconnaissent les dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales en ce que la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires ne sont pas signés, et alors que le département devra justifier que le bordereau de titres de recettes a été signé ;
- la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires attaqués ont été pris en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- la créance ne peut pas être regardée comme certaine et exigible dès lors que les prestations du marché en litige sont toujours en cours d'exécution et qu'il n'a pas été procédé au règlement du marché ;
- le département des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à lui infliger des pénalités de retard, dès lors qu'elle ignore la réalité et l'étendue de retards qui lui sont reprochés, qu'elle conteste tout retard dans l'exécution de ses prestations, et leur imputabilité ; qu'en sus l'application de ces pénalités ne procède d'aucun décompte général, ni d'aucun courrier et qu'enfin, elle a déjà été prélevée sur des situations précédemment adressées ;
- la saisie administrative à tiers détenteur est caduque en application du 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
Par des mémoires en défense enregistrés le 6 décembre 2021 et le 22 avril 2022, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Maintenance Thermique une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires sont irrecevables dès lors que la société Maintenance Thermique ne produit pas les décisions attaquées ;
- la requête est tardive dès lors que la requête a été enregistrée le 12 juillet 2021 soit plus deux mois suivant la notification de la saisie administrative à tiers détenteur du 23 avril 2021, qui constitue le premier acte procédant des titres exécutoires attaqués ;
- la société Maintenance Thermique n'a ni intérêt ni qualité pour agir dès lors que la saisie à tiers détenteur vise le " groupement Maintenance Thermique " et non la société Maintenance Thermique ;
- les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative sont irrecevables dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaitre du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales ;
- il n'incombe pas au département des Bouches-du-Rhône mais au comptable public de défendre la régularité de l'avis à tiers détenteur émis à l'encontre de la société Maintenance Thermique ;
- les moyens tirés du défaut de signature, nom et qualité des auteurs des titres exécutoires, de l'incompétence de leurs auteurs, du défaut de précision sur les bases de liquidation de la créance et du non-respect de la procédure contradictoire ne sont pas fondés ;
- le moyen tiré l'absence de décompte général définitif n'est pas fondé dès lors que la règle selon laquelle une créance contractuelle ne peut pas être regardée comme certaine et exigible en l'absence d'un décompte général définitif n'a pas vocation à s'appliquer à un marché public de services ;
- il était fondé à émettre deux titres exécutoires pour le recouvrement de pénalités de retard, chacun pour trois mois, soit 9 467,40 euros chacun en application de l'article 10.1 du cahier des clauses administratives particulières, dès lors que vingt-huit ordres de service ont été exécutés avec retard ;
- le moyen tiré de ce que des retenues auraient été exécutées sur des factures n'est pas assorti de précision suffisante.
Une note en délibéré, présentée par le département des Bouches-du-Rhône, a été enregistrée le 18 novembre 2024.
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2210442 le 9 décembre 2022, la société Maintenance Thermique, représentée par Me Mouriesse, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres exécutoires n°31771 du 15 décembre 2020, n°16889 du 14 juin 2021, n°25963 du 27 septembre 2021, n° 30337 du 26 novembre 2021, n° 34141 du 20 décembre 2021, n° 34257 du 23 décembre 2021, n°1020 du 19 janvier 2022 et n°1245 du 24 janvier 2022 par lesquels le département des Bouches-du-Rhône a mis à sa charge la somme de 45 382,30 euros ;
2°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 12 octobre 2022 par laquelle le comptable public du département des Bouches-du-Rhône l'a obligée à payer la somme de 45 382,30 euros et de la décharger de cette obligation de payer ;
3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les titres exécutoires attaqués ne lui ont pas été notifiés ;
- la saisie administrative à tiers détenteur ne mentionne pas les voies et délais de recours ;
- les signataires de la saisie administrative à tiers détenteur et des titres exécutoires attaqués étaient incompétents ;
- la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires attaqués ne mentionnent pas les bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires attaqués méconnaissent les dispositions du 4° de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales en ce que la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires ne sont pas signés, et alors que le département devra justifier que le bordereau de titres de recettes a été signé ;
- la saisie administrative à tiers détenteur et les titres exécutoires attaqués ont été pris en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- la créance ne peut pas être regardée comme certaine et exigible dès lors que les prestations du marché en litige sont toujours en cours d'exécution et qu'il n'a pas été procédé au règlement du marché ;
- le département des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à lui infliger des pénalités de retard, dès lors qu'elle ignore la réalité et l'étendue de retards qui lui sont reprochés, qu'elle conteste tout retard dans l'exécution de ses prestations, et leur imputabilité ; qu'en sus l'application de ces pénalités ne procède d'aucun décompte général, ni d'aucun courrier et qu'enfin, elle a déjà été prélevée sur des situations précédemment adressées ;
- la saisie administrative à tiers détenteur est caduque en application du 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Maintenance Thermique une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société Maintenance Thermique n'a pas formé de recours préalable ;
- la requête est irrecevable dès lors que la société Maintenance Thermique n'a pas adressé de mémoire en réclamation ;
- les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative sont irrecevables dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaitre du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales ;
- les moyens tirés du défaut de signature, nom et qualité des auteurs des titres exécutoires, de l'incompétence de leurs auteurs, du défaut de précision sur les bases de liquidation de la créance et du non-respect de la procédure contradictoire ne sont pas fondés ;
- le moyen tiré l'absence de décompte général définitif n'est pas fondé dès lors que la règle selon laquelle une créance contractuelle ne peut pas être regardée comme certaine et exigible en l'absence d'un décompte général définitif n'a pas vocation à s'appliquer à un marché public de services ;
- il était fondé à émettre les titres exécutoires en litige pour le recouvrement de pénalités de retard, en application de l'article 10.1 du cahier des clauses administratives particulières, dès lors que des retards ont été constatés concernant plusieurs prestations ;
- le moyen tiré de ce que des prélèvements ont été exécutés sur les acomptes mensuels est inopérant dès lors que le mode de recouvrement des titres exécutoires est sans incidence sur leur légalité.
Deux notes en délibéré, présentées par la société Maintenance Thermique, ont été enregistrées les 21 et 25 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Devictor ;
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique ;
- les observations de Me Benatjou, substituant Me Mouriesse, représentant la société requérante et de Me Urien, représentant le département des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. La société Maintenance Thermique a passé un marché avec le département des Bouches-du-Rhône pour l'exploitation et la maintenance des équipements techniques du bâtiment des archives et bibliothèque départementales Gaston-Defferre. En vue du recouvrement de pénalités de retard, le département des Bouches-du-Rhône a émis deux titres exécutoires, n°31771 du 15 décembre 2020 et n°32230 du 23 décembre 2020, à l'encontre de la société Maintenance Thermique pour la somme de 9 467,79 euros chacun. Le 23 avril 2021, le comptable public a émis à l'encontre de la société Maintenance Thermique une saisie administrative à tiers détenteur pour le recouvrement de la somme de 18 935,58 euros correspondant au montant total de ces deux pénalités de retards. Pour l'année 2021 et 2022, le département des Bouches-du-Rhône a émis sept nouveaux titres exécutoires n°16889 du 14 juin 2021, n°25963 du 27 septembre 2021, n° 30337 du 26 novembre 2021, n° 34141 du 20 décembre 2021, n° 34257 du 23 décembre 2021, n°1020 du 19 janvier 2022 et n°1245 du 24 janvier 2022 pour le recouvrement de pénalités de retard. Le 12 octobre 2022, le comptable public a émis à l'encontre de la société Maintenance Thermique une saisie administrative à tiers détenteur en vue de procéder au recouvrement de la somme de 45 382,30 euros correspondant au montant de ces sept titres exécutoires et du titre exécutoire n°31771 du 15 décembre 2020. Par les présentes requêtes, la société Maintenance Thermique demande l'annulation des titres exécutoires, des saisies administratives à tiers détenteurs et la décharge des sommes de 18 935,58 euros et de 45 382,30 euros et de l'obligation de payer y afférente.
2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2106269 et 22106442 présentent des questions connexes à juger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par le département des Bouches-du-Rhône tirée du défaut de production des titres exécutoires attaqués
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. Le délai prévu au premier alinéa n'est pas applicable à la contestation des mesures prises pour l'exécution d'un contrat ". Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ".
4. La société Maintenance Thermique soutient que les titres exécutoires dont elle sollicite l'annulation ne lui ont jamais été notifiés et que pour cette raison, elle n'a pas pu produire les titres en litige lors du dépôt de sa requête. Elle justifie avoir demandé la communication des titres exécutoires n°31771 et n°32230 au département des Bouches-du-Rhône qui lui a communiqué en réponse le seul titre exécutoire n°32230 du 23 décembre 2020, qu'elle a produit dans son mémoire du 22 avril 2022. Dans ces conditions, elle justifie de l'impossibilité de produire le titre exécutoire n°31771 du 15 décembre 2020 à l'appui de sa requête et la fin de non-recevoir opposée par le département des Bouches-du-Rhône, tirée de ce défaut de production, doit, par suite, être écartée.
5. En revanche, elle ne justifie pas être dans l'impossibilité de produire les titres exécutoires n°16889, n°25963, n° 30337, n° 34141, n° 34257, n°1020 et n°1245 attaqués. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de ces titres exécutoires sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête
6. Aux termes de l'article L. 1716-5-1 du code général des collectivités territoriales : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () ".
7. Il ne résulte pas de l'instruction que la société Maintenance Thermique ait eu connaissance des titres exécutoires émis le 15 et le 23 décembre 2020 avant la notification de la saisie administrative à tiers détenteur le 10 mai 2021 comportant les références de ces titres exécutoires et mentionnant les voies et délais de recours. Par suite, le délai de recours n'a commencé à courir qu'à compter du 11 mai 2021 et a été prorogé jusqu'au 12 juillet 2021 dès lors que le 11 juillet était un dimanche. Dès lors, la requête enregistrée le 12 juillet 2021 n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée par le département des Bouches-du-Rhône doit être écartée.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt et de qualité pour agir
8. Aux termes de l'article R. 2142-20 du code de la commande publique : " Le groupement est : 1° Conjoint lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement s'engage à exécuter la ou les prestations qui sont susceptibles de lui être attribuées dans le marché ; / 2° Solidaire lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement est engagé financièrement pour la totalité du marché ". Aux termes de l'article 12.1.3 du cahier des clauses administratives générales FCS de 2009 applicable au marché en litige : " Quelle que soit la forme du groupement, le mandataire est seul habilité à présenter au pouvoir adjudicateur la demande de paiement. En cas de groupement conjoint, la demande de paiement présentée par le mandataire est décomposée en autant de parties qu'il y a de membres du groupement à payer séparément. Chaque partie fait apparaître les renseignements nécessaires au paiement de l'opérateur économique concerné ".
9. Il ressort de l'acte d'engagement du 11 avril 2019 que le contrat dont l'exécution est en litige a été conclu avec un groupement solidaire dont le mandataire est la société Maintenance Thermique. La société Maintenance Thermique a ainsi intérêt et qualité pour agir au nom des membres de ce groupement. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le département des Bouches-du-Rhône doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur :
10. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".
11. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
12. La société Maintenance Thermique demande l'annulation des actes de poursuite que constituent les saisies administratives à tiers détenteur du 23 avril 2021 et du 12 octobre 2022. Une telle demande ressortissant du contentieux du recouvrement, les conclusions à fin d'annulation de ces actes relèvent de la compétence du juge de l'exécution et doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires n°31771 et n°32230 et les conclusions à fin de décharge :
13. Aux termes de l'article 10.1 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché en litige : " Pénalités de retard : Lorsque le délai contractuel d'exécution ou de livraison est dépassé, par le fait du titulaire, celui-ci encourt, par jour de retard et sans mise en demeure préalable, une pénalité fixée à 100,00 €. Sur la partie forfaitaire de la prestation, le montant des pénalités est plafonné à 20% du montant forfaitaire mensuel. Sur la partie à bons de commande ou à marché subséquent, le montant des pénalités est plafonné à 20% du montant de la commande. L'application des pénalités est régie par le CCAG-FCS, sauf pour les cas de pénalités spécifiques pour lesquels une dérogation est précisée ci-dessous () ".
14. Il résulte du titre exécutoire n°32230 du 23 décembre 2020 et de la saisie administrative à tiers détenteur du 23 avril 2021 que les titres exécutoires n°31771 et n°32230 ont pour objet respectif " pénalités sur 3e acpte forfait " et " pénalités sur 2e acpte forfait " sans autre précision. Le département des Bouches-du-Rhône soutient avoir émis les deux titres exécutoires pour le recouvrement de pénalités de retard sur une période de trois mois chacun, pour un montant de 9 467,40 euros chacun dès lors que la pénalité de retard mensuelle est plafonnée à 3 155,80 euros en application de l'article 10 .1 du cahier des clauses administratives particulières. Toutefois, si le département des Bouches-du-Rhône soutient que vingt-huit ordres de service ont été exécutés avec retard, il ne l'établit pas en se bornant à produire les calendriers d'exécution non contradictoires et le courrier du 7 juillet 2021 par lequel la société requérante conteste les pénalités appliquées par le département et en alléguant que par ce courrier la société requérante aurait confirmé la réalité des retards constatés alors que d'une part, cela ne ressort pas de ce courrier et que d'autre part, ce courrier ne fait pas apparaître la durée et les dates des retards constatés. Au demeurant, le département ne produit aucun document permettant d'établir les dates d'exécution attendues des prestations en litige et les dates auxquelles elles ont été réalisées. Par ailleurs, le décompte des jours de retard allégué par le département, qui s'élèverait à 1 957 jours pour les ordres de services 1 à 13, soit plus de cinq années, ne correspond pas au retard total retenu de six mois par les titres exécutoires. Enfin, à supposer que les retards allégués portent seulement sur la partie forfaitaire de la prestation, le montant total des pénalités était plafonné à 20% du forfait mensuel en application de l'article 10.1 du cahier des clauses administratives particulières et non, comme l'affirme le département, le montant mensuel des pénalités. Dans ces conditions, la société Maintenance Thermique est fondée à soutenir que les pénalités de retards qui lui ont été appliquées n'étaient pas justifiées.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Maintenance Thermique est fondée à demander l'annulation des titres exécutoires n°31771 du 15 décembre 2020 et n°32230 du 23 décembre 2020. Par voie de conséquence, la société Maintenance Thermique doit être déchargée de la somme de 18 935,58 euros mise à sa charge.
16. En revanche, les conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires n°16889, n°25963, n° 30337, n° 34141, n° 34257, n°1020 et n°1245 étant rejetées la société Maintenance Thermique n'est pas fondée à demander la décharge de la somme de 45 382,30 euros mise à sa charge.
Sur les frais liés au litige :
17. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Maintenance Thermique et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions du département des Bouches-du-Rhône au titre de ces mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : Les conclusions aux fins d'annulation des saisies administratives à tiers détenteur des 23 avril 2021 et le 12 octobre 2022 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le titre exécutoire n°31771 du 15 décembre 2020 et le titre exécutoire n°32230 du 23 décembre 2020 sont annulés.
Article 3 : La société Maintenance Thermique est déchargée de la somme de 18 935,58 euros.
Article 4 : le département des Bouches-du-Rhône versera une somme de 2 000 euros à la société Maintenance Thermique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Les conclusions présentées par le département des Bouches-du-Rhône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société Maintenance Thermique et à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
É. DevictorLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026