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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106550

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106550

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106550
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2021, M. C A, représenté par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 par laquelle la section compétente dans le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers du centre gérontologique départemental de Marseille a prononcé son exclusion définitive ;

2°) d'enjoindre à l'institut de formation en soins infirmiers du centre gérontologique départemental de Marseille de procéder à sa réintégration, à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'institut de formation en soins infirmiers du centre gérontologique départemental de Marseille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de Mme B pour signer la décision en litige ;

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des droits de la défense, le courrier de convocation de la section compétente dans le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ne faisant pas référence à l'objet de la réunion, ni aux suites susceptibles d'être données à la procédure ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, la section compétente ne s'étant réunie que le 21 mai 2021, soit plus d'un mois après les faits ;

- les motifs de la décision sont erronés ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, le centre gérontologique départemental de Marseille, représenté par Me Arnould, doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 18 février 2024 pour le requérant n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations du public et de l'administration ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'infirmier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Arnould pour le centre gérontologique départemental de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, étudiant en troisième année à l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre gérontologique départemental de Marseille depuis l'année universitaire 2018-2019, a été convoqué le 3 mai 2021 devant la section pédagogique compétente dans le traitement des situations individuelles qui, par décision du 21 mai 2021, a prononcé son exclusion définitive de l'institut en raison d'actes incompatibles avec la sécurité. M. A demande au tribunal d'annuler le courrier du 21 mai 2021 par laquelle la directrice de l'IFSI lui a notifié la décision d'exclusion définitive prise par la section compétente et doit être regardé comme sollicitant l'annulation de la décision de la section précité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux visé ci-dessus : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : / 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; / () Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. / Dans le cas où l'étudiant est dans l'impossibilité d'être présent ou s'il n'a pas communiqué d'observations écrites, la section examine sa situation. / Toutefois, la section peut décider à la majorité des membres présents de renvoyer à la demande de l'étudiant l'examen de sa situation à une nouvelle réunion. Un tel report n'est possible qu'une seule fois () ". Et aux termes de l'article 16 du même arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. / Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / -soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / -soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par le courrier en cause, la directrice de l'IFSI a, conformément à l'article 17 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, notifié la décision prise le 21 mai 2021 par la section compétente pour le traitement des situations individuelles à l'encontre de M. A. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la directrice de l'IFSI doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, il résulte de la combinaison des dispositions rappelées au point 2 et de l'article L. 121-1 du code des relations du public et de l'administration que, lorsque le cas d'un étudiant, qui aurait accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, est soumis à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, l'intéressé doit être mis à même de connaître les causes de cette saisine ainsi que les décisions susceptibles d'être prises à l'issue de la procédure, afin de pouvoir présenter utilement des observations et de se faire assister, le cas échéant, par la personne de son choix.

5. De plus, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'ainsi que M. A le soutient, la convocation qui lui a été adressée devant la section compétente pour le traitement des situations individuelles ne faisait ni référence à l'objet de la réunion, ni aux suites susceptibles d'être données à la procédure, ce qui entache la procédure préalable à la mesure d'exclusion définitive de l'institut d'irrégularité. En outre, il ne ressort pas des pièces versées à l'instance que ces éléments lui auraient été communiquées au cours de la procédure préalable. Toutefois, il ressort du dossier transmis à la section versé au dossier, qui a été communiqué au requérant lors de cet entretien préalable, que celui-ci a été informé de sa convocation à venir devant la section en raison de l'accomplissement reproché de tâches incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le rapport circonstancié de l'infirmière responsable de son stage décrivant la nature exacte des faits reprochés étant joint à ce dossier et communiqué au requérant. D'autre part, M. A a été informé lors de cet entretien préalable de la faculté qu'il aurait la faculté de présenter des observations et de se faire assister par la personne de son choix, et enfin des textes réglementant cette procédure, tout particulièrement le chapitre II de l'arrêté du 21 avril 2007. Dans ces conditions, M. A a, notamment lors de l'entretien préalable dont il a bénéficié le 29 avril 2021, bénéficié de l'ensemble des informations requises préalablement à sa comparution devant la section compétente, de sorte que le vice de procédure n'a pas été de nature à priver M. A d'une garantie et n'a pas entaché la décision contestée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.

7. En troisième lieu, si la section compétente dans le traitement pédagogique des situations individuelles ne s'est réunie que le 21 mai 2021, soit plus d'un mois après la suspension de son dernier stage, le respect du délai écoulé entre la date de la survenance des faits reprochés et celle de la décision contestée de la section n'est pas prescrit à peine d'irrégularité de la procédure. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

8. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du dossier de présentation à la section auteur de la sanction en litige et du rapport circonstancié de sa maîtresse de stage que Monsieur A a, pendant l'accomplissement ses stages, commis des erreurs lors de la prise de mesures de tension, dans la dispensation d'un traitement, omis de signaler des situations inquiétantes ou encore conservé par devers lui des médicaments qu'il aurait dû délivrer aux patients dont il avait la charge. Les auteurs de ces rapports font également état de difficultés chez l'intéressé à se positionner en tant que soignant, faisant preuve notamment d'un comportement de fuite lors de la réalisation d'actes techniques et d'une incapacité à comprendre la gravité des erreurs reprochées. Eu égard à la nature et la gravité de ses manquements et insuffisances lors de l'accomplissement de ses stages, M. A a effectué des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur tenant aux motifs de la décision et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.9. En dernier lieu, dès lors que la décision du 21 mai 2021ne constitue pas une sanction, M. A, ne saurait utilement soutenir qu'elle serait disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la section compétente pour le traitement des situations individuelles des étudiants de l'IFSI du centre gérontologique départemental de Marseille l'a exclu définitivement de la formation en soins infirmiers. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'institut de formation en soins infirmiers du centre gérontologique départemental de Marseille, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'institut de formation en soins infirmiers du centre gérontologique départemental de Marseille et au centre gérontologique départemental de Marseille.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 mars 2024.

La rapporteure,

signé

J. Ollivaux

La présidente,

signé

M. Lopa DufrénotLe greffier,

signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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