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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106639

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106639

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106639
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2021, Mme E A D, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de revenu de solidarité active du 17 août 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a, sur recours administratif préalable, confirmé le refus d'ouverture de droits au revenu de solidarité active ;

3°) d'enjoindre au conseil départemental des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 7 juin 2021 est entachée d'incompétence ;

- les décisions des 1er février et 7 juin 2021 sont entachées d'une erreur de fait révélant une insuffisant motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions d'ouverture de droits au revenu de solidarité active.

Le 26 septembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative, à la suite d'une mesure d'instruction du 21 septembre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le département des Bouches-du-Rhône a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Menasseyre, rapporteure,

- les observations de Mme C et de Mme B, pour le département des Bouches-du-Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D a sollicité le bénéfice du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône le 17 août 2020. Par une décision du 15 janvier 2021, notifiée par courrier du 1er février 2021, la présidente du conseil départemental a rejeté sa demande. Par des courriers du 3 mars 2021 et 30 mars 2021, Mme A D a formé un recours administratif préalable. Par une décision du 7 juin 2021, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé le refus d'ouverture de droits au revenu de solidarité active. Mme A D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Le recours administratif effectué les 3 et 30 mars 2021 par Mme A D, conformément aux dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles précité, contre la décision de de la présidente du conseil départemental du 15 janvier 2021, notifiée par courrier du 1er février 2021, ayant un caractère obligatoire, la décision de rejet du 7 juin 2021 s'est substituée à la décision initiale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme A D dirigées contre la décision du 15 janvier 2021 et de regarder les conclusions de la requête comme dirigées contre la décision du 7 juin 2021, en ce qu'elle confirme le refus d'ouverture de droits au revenu de solidarité active.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

5. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active. ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article R. 262-83 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ainsi que les membres du foyer sont tenus de produire, à la demande de l'organisme chargé du service de la prestation et au moins une fois par an, toute pièce justificative nécessaire au contrôle des conditions d'ouverture de droit, en particulier au contrôle des ressources, notamment les bulletins de salaire. En cas de non-présentation des pièces demandées, il est fait application des dispositions de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale () ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'auteur d'une demande de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation notamment ses activités et l'ensemble des ressources dont il dispose. Si l'autorité administrative est en mesure d'établir que le bénéficiaire ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active ou qu'il n'est pas possible, faute de connaître le montant exact des ressources des personnes composant le foyer, de déterminer s'il peut ou non bénéficier de l'allocation, elle est en droit de rejeter la demande présentée par l'intéressé.

8. Pour rejeter la demande de revenu de solidarité active présentée par Mme A D, la présidente du conseil départemental a considéré que l'intéressée avait dissimulé ses ressources dès lors qu'elle a déclaré que les membres de son foyer n'avaient aucune ressources dans sa déclaration trimestrielle de ressources alors que ses relevés de compte bancaires, sollicités pour l'instruction de sa demande, révélaient la présence de mouvements créditeurs, soit 1 500 euros en juin 2020, 1 151 euros en juillet 2020, 246 euros en août 2020 et 1001 euros en septembre 2020. Si Mme A D soutient que la somme de 1 500 euros provient d'un compte épargne, elle produit au soutien de cette allégation un relevé de compte de janvier 2020 faisant apparaître un retrait de ce montant alors qu'il résulte de l'instruction que cette somme de 1 500 euros procède d'un virement du compte professionnel de la société de son mari vers le compte courant de ce dernier, effectué le 3 juin 2020. Si elle entend justifier également ce virement comme étant un remboursement d'une somme investie lors de la création de la SASU de son époux, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, contrairement à ce qu'elle soutient, il résulte des relevés de compte courant de son époux qu'il a effectué un dépôt de 600 euros le 13 juillet 2020, dont la provenance n'est pas justifiée et qu'il a bénéficié d'un virement de 551 euros en provenance de l'organisme gestionnaire des congés payés des professionnels des travaux publics le 27 juillet, la somme de ces deux montants correspondant au montant de 1 151 euros retenu par le département. Il résulte également de ces relevés de comptes que la somme de 1001 euros retenue au titre du mois de septembre 2020 est constituée d'un dépôt d'espèces de 500 euros effectué le 9 septembre, dont la présence n'est pas expliquée, et d'un virement de 501 euros en provenance de la société Eurovia et ayant pour intitulé " salaire ". Enfin, si la requérante soutient que le dépôt de chèque d'un montant de 246 euros effectué le 10 août 2020, correspond au produit d'une vente de cuivre, elle ne l'établit pas et, en tout état de cause, un tel produit constitue une ressource devant être déclarée au sens des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. Toutefois, si le département était fondé à prendre en compte l'ensemble des ressources précitées dans le calcul des droits au revenu de solidarité active du foyer de Mme A D, il ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, rejeter sa demande au seul motif qu'elle aurait dissimulé ses ressources dès lors qu'il lui a été possible de déterminer le montant exact des ressources du foyer, en dépit de l'omission déclarative de Mme A D. Dans ces conditions, Mme A D est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé le refus d'ouverture de droits au revenu de solidarité active.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Dans la mesure où les éléments soumis au tribunal ne lui permettent pas de fixer lui-même les éventuels droits de Mme A D au revenu de solidarité active pour la période en litige, l'annulation de la décision du 7 juin 2021 prononcée par le présent jugement implique nécessairement, mais seulement, compte tenu des motifs qui la fondent, que le département des Bouches-du-Rhône procède à un nouvel examen des droits de Mme A D au revenu de solidarité active pour la période courant depuis le 1er août 2020, dans un délai de deux mois.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé le refus d'ouverture de droits au revenu de solidarité active de Mme A D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen des droits de Mme A D au revenu de solidarité active pour la période courant à compter du 1er août 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département des Bouches-du-Rhône versera une somme de 1 200 euros à Mme A D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A D et au département des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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