mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106924 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FOUDIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) A Investissement Marseille, représentée par Me Foudil, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification dont elle a été destinataire est insuffisamment motivée dès lors que la similarité de la facture émise par la société d'optimisation administrative opérationnelle (SOAO) avec les factures d'une autre société, qui a motivé le refus de la déduction en tant que charge de cette facture, n'a été invoquée par l'administration qu'au stade de la réponse à ses observations sur cette proposition de rectification, et que l'existence d'un acte anormal de gestion n'est pas caractérisée ;
- l'administration n'a pas apporté la preuve que la facture de la société SOAO du 20 novembre 2016 d'un montant de 30 285 euros, comptabilisée en tant que charge de sous-traitance le 25 novembre suivant, n'est pas une charge déductible ;
- les salaires versés à Mme A en qualité de responsable administrative correspondent à un travail qu'elle fournit réellement ;
- il en est de même des salaires versés à M. B en tant que responsable contrôle qualité.
Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Claudé-Mougel, rapporteur,
- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL A Investissement Marseille, qui exerce une activité de holding, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle elle été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés résultant de la remise en cause de la déduction de ses résultats de diverses charges notamment salariales. Elle demande au tribunal la décharge de ces impositions supplémentaires.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () " Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend ni du bien-fondé de ces motifs, ni des précisions apportées par l'administration sur l'origine des documents sur lesquels elle s'est fondée pour prononcer les redressements envisagés.
3. La proposition de rectification du 6 décembre 2019 mentionne la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, correspondant à la période et aux années d'imposition ainsi que les impositions, impôt sur les sociétés et taxe sur la valeur ajoutée, objets du contrôle, et expose les motifs de fait comme de droit sur lesquels l'administration se fonde pour justifier les rectifications du résultat déclaré par la société requérante, notamment la réintégration de certaines charges considérées comme injustifiées. S'agissant de la facture du 20 novembre 2016 de la société d'optimisation administrative opérationnelle (SOAO) d'un montant de 30 285 euros, comptabilisée comme une charge de sous-traitance à la date du 25 novembre suivant, elle mentionne que malgré les demandes formulées en cours de contrôle, par courriel du 18 juillet 2019 dont le contenu a été rappelé par un courrier adressé par voie recommandée avec accusé de réception le 25 juillet suivant, la société requérante n'a produit aucun contrat de sous-traitance, ni aucun résultat de cette prestation de service alors que son objet, qui consiste en l'étude, l'analyse et la mise en place de tableaux statistiques pour le compte de plusieurs restaurants dont elle détient des parts, suppose la remise de documents. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la circonstance, relevée dans la réponse aux observations du contribuable du 16 mars 2020, que la facture en cause a la même typologie graphique et rédactionnelle qu'une facture émise par la holding Harabass auprès d'une société Allal Primeur, présentée dans le cadre de la vérification de cette holding, ne constitue pas le motif essentiel du rejet de cette facture en tant que charge, mais une raison surabondante. En tout état de cause, la proposition de rectification du 6 décembre 2019 était suffisamment motivée, notamment au sujet de ce chef de rectification, pour permettre à la SARL A Investissement Marseille de formuler ses observations de façon utile. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration
En ce qui concerne la facture de la société d'optimisation administrative opérationnelle (SOAO) :
5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'administration a refusé la déduction de la facture de la société d'optimisation administrative opérationnelle (SOAO) au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 dès lors que la SARL A Investissement Marseille n'a fourni ni le contrat de sous-traitance conclu avec cette société, alors que le montant de 30 285 euros des prestations a été déduit en comptabilité comme charge de sous-traitance, ni aucun élément de nature à démontrer la réalité de cette prestation. Elle ne le fait pas davantage à l'appui de sa requête. Dans ces conditions, et l'administration ayant suffisamment apporté la preuve que cette charge était dépourvue de contrepartie, celle-ci était fondée à remettre en cause sa déductibilité.
En ce qui concerne les salaires versés à Mme A et à M. B :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause la déduction des salaires versés à Mme A, épouse du gérant de la SARL A Investissement Marseille, en qualité de responsable administrative dès lors qu'au cours du contrôle, la société requérante n'a été en mesure de présenter aucun élément, courrier ou courriel, rédigé par celle-ci, permettant d'établir la réalité du travail qu'elle fournit pour son compte, ni de désigner ses interlocuteurs dans le cadre de ces fonctions. A cet égard, la société requérante ne peut sérieusement se borner à soutenir que les fonctions de responsable administrative de Mme A ne donnent lieu à aucun écrit, ni à aucune rencontre formalisée, alors qu'elle ne décrit pas même la consistance de ses attributions.
7. En second lieu, l'administration a également remis en cause les salaires versés à M. B au titre de fonctions de responsable contrôle qualité dès lors que la SARL A Investissement Marseille n'a fourni aucun élément concret de nature à justifier du travail réellement réalisé par ce dernier, alors que, dans le cadre du contrôle d'une autre société, dénommée Harabass, assistée du même conseil que celui de la société requérante, cette société a affirmé que M. B était le directeur de production de la société SMG, qui est établie en Tunisie. Il résulte en outre de l'instruction que M. B n'a déclaré aucun salaire versé en France depuis 2010. Contrairement à ce que soutient la société requérante, ces circonstances, qu'elle ne conteste pas, suffisaient à remettre en cause la déduction des salaires comptabilisés comme ayant été versés M. B.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la SARL A Investissement Marseille doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL A Investissement Marseille est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL A Investissement Marseille et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Menasseyre, présidente,
M. Claudé-Mougel, premier conseiller,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
A. Claudé-Mougel La présidente,
signé
A. MenasseyreLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026