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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109938

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109938

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSALORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2021, la société Sud Tourisme, représentée par Me Salord, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle instituée au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre du mois de février 2021, ensemble la décision du 2 novembre 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui verser la somme de 20 514 euros au titre de l'aide accordée pour le mois de février 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'administration ne peut lui opposer un refus au motif de l'incohérence du chiffre d'affaires (CA) et des données en sa possession, dès lors notamment que le CA de référence, correspondant au CA moyen mensuel de l'année 2019, est identique à celui qui lui a permis de bénéficier des aides au titre des mois de janvier, mars et avril 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est devenue sans objet, dès lors que l'aide sollicitée au titre du mois de février a été accordée à la société requérante.

Par un courrier du 20 décembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a, en application des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, adressé une demande de maintien de requête à la société Sud Tourisme.

Par un mémoire enregistré le 9 janvier 2021, la société Sud Tourisme demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice causé par le retard pris par les services des impôts pour lui verser l'aide au titre du mois de février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 760 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-elle a dû intervenir à plusieurs reprises auprès de la direction générale des finances publiques et ce n'est qu'après l'introduction de son recours contentieux que la décision d'octroi a été prise ;

- ce retard lui a causé un préjudice dans la mesure où elle s'est retrouvée en difficulté de trésorerie alors qu'elle emploie 22 salariés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin de réparation sont irrecevables en l'absence de demande préalable ;

- le moyen soulevé par la société requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sud Tourisme, qui exerce une activité de transports de voyageurs, a sollicité le bénéfice de l'aide exceptionnelle instituée au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 pour les mois de janvier à avril 2021 en retenant comme chiffre d'affaires de référence le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019. Les aides lui ayant été accordées au titre des mois de janvier, mars et avril, la société a, le 7 septembre 2021, de nouveau sollicité le versement de cette aide pour le mois de février 2021. Cette demande a été rejetée par une décision du 8 septembre suivant que la requérante a contestée par un recours gracieux, également rejeté par l'administration le 2 novembre 2021. La société requérante demande au tribunal d'annuler ces deux décisions. Après réexamen de sa demande, à la suite de l'introduction de sa requête, l'administration lui a accordé l'aide au titre de mois de février 2021 et l'a mise en paiement le 16 décembre 2021. Estimant que ce retard fautif dans le traitement de sa demande de renouvellement lui avait causé des préjudices, la société Sud Tourisme a alors demandé au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 15 décembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, la direction générale des finances publiques a validé le chiffre d'affaires ouvrant droit à l'aide pour le mois de février 2021 communiqué par la société Sud Tourisme et a procédé le

même jour à la mise en paiement de l'aide ainsi que cela a été exposé au point 1. La société Sud Tourisme ayant pris acte, dans le dernier état de ses écritures, de la suite favorable finalement été réservée à sa demande, les conclusions à fin d'annulation de la requête relatives au versement de cette aide ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'à défaut d'une réclamation préalable ayant lié le contentieux, la juridiction administrative ne peut être saisie de conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité de l'administration.

4. Il est constant que la société requérante n'a pas formé de demande préalable tendant à l'indemnisation du préjudice résultant du retard fautif pris pour lui verser l'aide au titre du mois de février 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à titre principal en défense doit être accueillie. Au surplus, les conclusions de la société Sud Tourisme tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme en réparation du préjudice causé par le retard pris par les services des impôts pour lui verser l'aide au titre du mois de février 2021 soulèvent un litige de plein contentieux distinct du litige relatif à l'annulation des décisions des 8 septembre et 2 novembre 2021.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Sud Tourisme sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros à verser à la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête de la société Sud Tourisme.

Article 2 : L'Etat versera à la société Sud Tourisme la somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Sud Tourisme, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à la directrice des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

F. A

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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