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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110227

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110227

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110227
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantCARVIN-GENEVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Carvin-Genevois, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation du préjudice résultant pour lui de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement adapté à sa situation et ses besoins ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Elle soutient que la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'aucune proposition de logement adaptée à son besoin et ses capacités n'a abouti depuis qu'elle a été reconnue par la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, le 19 septembre 2019, demandeur prioritaire devant être logé d'urgence, et alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat ;

- elle a subi, du fait de l'absence de proposition de logement correspondant à ses besoins et capacités résultant du manquement du préfet à son obligation, des troubles dans ses conditions d'existence dont le montant est évalué à 6 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2022, 17 mars et 19 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation allouée au requérant soit minorée.

Il soutient que Mme B a fait l'objet de plusieurs propositions de relogement, ses ressources financières ont augmenté et elle a modifié le périmètre géographique souhaité.

Par une décision du 8 octobre 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gaspard-Truc, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaspard-Truc, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 19 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui a saisi la commission de médiation des Bouches-du-Rhône d'un recours amiable sur le fondement du droit au logement opposable, a été déclarée prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités dans un délai de six mois, par décision de cette commission en date du 19 septembre 2019. En l'absence de proposition de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, Mme B a saisi le tribunal, aux fins de voir ordonner son relogement, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Par un jugement n° 2005626 du 25 novembre 2020 devenu définitif, le magistrat désigné par le président du tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au relogement de l'intéressée dans un délai de quatre mois. Par courrier du 14 septembre 2021, l'intéressée a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône d'une demande d'indemnisation du préjudice subi du fait de la carence de l'Etat en l'absence de logement. Cette demande a implicitement été rejetée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme globale de 6 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'absence de relogement par l'Etat.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans les Bouches-du-Rhône à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

4. Toutefois, le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre à l'intéressée le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.

5. Selon la décision du 19 septembre 2019, Mme B s'est vu reconnaître le droit au logement opposable de la commission de médiation pour les motifs suivants : " Logée dans un logement de transition, dans un logement-foyer ou une résident hôtelière à vocation sociale ".

6. Le préfet des Bouches-du-Rhône soutient que deux propositions de logement ont été faites à Mme B en septembre 2019 et octobre 2020, sans que l'intéressée n'ait souhaité donner suite. Or, il ne fournit aucune précision sur la nature des logements et leur caractère adapté et ne produit aucune pièce attestant que Mme B aurait effectivement été destinataire de ces propositions. La seule production de la fiche Syplo, logiciel interne aux services de la préfecture, qui se borne à indiquer " abandon par le réservataire " pour ces deux propositions examinées lors des séances de la commission d'accès au logement des 16 octobre 2019 et 21 octobre 2020 est insuffisante pour établir que l'Etat aurait satisfait à son obligation de relogement, et ce d'autant plus que Mme B n'a pas été radiée de la liste des demandeurs de logement social reconnus comme prioritaires.

7. Le préfet indique par ailleurs qu'une proposition de logement a été faite en novembre 2019, laquelle n'a pu aboutir du fait de la demanderesse qui n'a pas complété son dossier. Toutefois, le caractère incomplet d'un dossier ne saurait être assimilé à un refus en l'absence d'éléments probants attestant de la volonté de l'intéressée de ne pas apporter de réponse à l'administration, tel qu'un courrier dûment notifié resté sans suite. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme ayant fait obstacle à son relogement.

8. Le préfet affirme en outre que le bailleur social n'a pas retenu la candidature de Mme B aux propositions de logement qui lui ont été faites les 19 octobre 2020, 10 mars 2022 et 7 septembre 2022. Cette circonstance est également insuffisante pour délier l'Etat de l'obligation de relogement qui pèse sur lui.

9. Le préfet soutient qu'une dernière proposition a été faite à Mme B le 27 février 2023, sans toutefois préciser si cette dernière a pu aboutir, alors que la fiche Syplo indique que le dossier est en cours d'examen.

10. La circonstance qu'un logement a été attribué à Mme B le 30 mai 2023 ne met pas fin à la carence de l'Etat dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, le bail a été signé.

11. La requérante est donc fondée à soutenir que l'obligation de l'Etat à son égard de réparer le préjudice qui résulte de son non-relogement n'est pas sérieusement contestable et que cette situation engage la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

12. Il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas été relogée à la date du présent jugement. Si elle a quitté le logement qu'elle occupait dans une résidence sociale avec ses deux enfants dans des conditions dont la commission de médiation et le tribunal administratif avaient estimé qu'elles constituaient une situation de transition, Mme B est désormais hébergée avec ses deux enfants chez ses parents. Si le préfet se prévaut de ce que l'intéressée a vu ses ressources augmenter, les pièces produites à l'instance établissent que Mme B est toujours bénéficiaire du revenu de solidarité active. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 3 ans et 6 mois après l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation du 19 septembre 2019, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, à savoir Mme B et ses deux enfants, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser au requérant une somme de 2 625 euros sur la base d'une indemnisation de 250 euros par personne composant le foyer et par an.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser une somme globale de 2 625 euros à Mme B.

Sur les frais d'instance :

14. En l'absence de justification de dépens exposés dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme globale de 2 625 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et à Carvin-Genevois.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. Gaspard-Truc

La greffière

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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