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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110834

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110834

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110834
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL CERMOLACCE - GUEDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Cermollace, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté urbaine Marseille Provence, aux droits de laquelle vient la métropole d'Aix-Marseille-Provence, à lui verser la somme de 58 836 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison des désordres sur sa propriété résultant des travaux de réalisation de la ligne de bus B3A ;

2°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- dès lors que les travaux publics réalisés ont entraîné des troubles de jouissance dépassant les inconvénients normaux du voisinage pour lui et ses locataires, il est fondé à engager la responsabilité de la personne publique ;

- la société Ingerop conseil et ingénierie doit procéder aux travaux de canalisation préconisés par l'expert.

Par des mémoires en défense enregistrés les 21 juin 2022 et 23 mai 2023, la société Ingérop conseil et ingénierie, représentée par Me Jeambon, conclut à titre principal au rejet de la requête et des conclusions formées à son encontre par la métropole d'Aix-Marseille-Provence, à titre subsidiaire à ce que les sociétés Razel-Bec et Gagneraud construction la relèvent et garantissent de toute condamnation prononcée à son encontre, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la réalité des désordres n'est pas démontrée ;

- le lien de causalité entre la rétention d'eau alléguée et les travaux de voirie n'est pas établi ;

- sa mission contractuelle ne comprenait pas l'écoulement des eaux de pluie en provenance de la parcelle du requérant mais était limitée à l'emprise de la ligne de bus à haut niveau de service (BHNS), soit au domaine public ;

- aucune erreur de conception ne peut lui être reprochée ;

- même si une faute de conception devait être retenue à son encontre, les désordres sont seuls imputables aux sociétés Razel-Bec et Gagneraud construction, réunies en groupement momentané en vue de réaliser l'ouvrage.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2023, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par la SCP De Angelis, conclut au rejet de la requête, à ce que la société Ingérop conseil et ingénierie la relève et garantisse de toute condamnation prononcée à son encontre, sur le fondement de la responsabilité décennale, et à défaut, contractuelle, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'ouvrage étant impropre à sa destination, seule la responsabilité du maître d'œuvre peut être recherchée, au titre de la garantie décennale ;

- à défaut, la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre devra être recherchée pour manquement à son obligation de l'informer des non conformités de l'ouvrage, dont il avait seul connaissance, lors de la réception de l'ouvrage.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, la société Razel-Bec, représentée par Me Carillo, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au rejet des conclusions formées à son encontre par la société Ingérop conseil et ingénierie, à ce que la société Ingérop conseil et ingénierie ainsi que tout succombant la relève et garantisse de toute condamnation prononcée à son encontre sur le fondement de la responsabilité décennale et, à défaut, contractuelle, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la réalité des désordres, qui n'ont pas été constatés personnellement par l'expert, n'est pas démontrée ;

- l'ouvrage étant impropre à sa destination, seule la responsabilité du maître d'œuvre est susceptible d'être recherchée, au titre de la garantie décennale ;

- subsidiairement, la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre devra être recherchée pour manquement à son obligation de l'informer des non conformités de l'ouvrage, dont il avait seul connaissance, lors de la réception de l'ouvrage.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, la société Gagneraud construction, représentée par Me Reffay, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au rejet des conclusions formées à son encontre par la société Ingérop conseil et ingénierie et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Ingérop conseil et ingénierie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- aux termes du rapport d'expertise, sa responsabilité n'est pas retenue, seule étant retenue celle du maître d'œuvre, sa responsabilité ne peut donc pas être recherchée ;

- elle fait siens les moyens développés par la société Razel-Bec.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2024.

Vu :

- l'ordonnance n° 1509239 du président du tribunal du 20 septembre 2016 procédant à la liquidation et la taxation des frais d'expertise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Joly pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de Me Carillo pour la société Razel-Bec

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, propriétaire d'une parcelle cadastrée section I n° 42, située 72, chemin du Merlan à La Rose à Marseille, sur laquelle sont édifiés des locaux à usage commercial et une station de lavage de voitures, demande au tribunal de condamner la communauté urbaine Marseille Provence, aux droits de laquelle vient la métropole d'Aix-Marseille-Provence, à lui verser la somme de 58 836 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du ruissellement des eaux pluviales au droit de sa propriété, à la suite des travaux de création de la ligne de bus B3A devant sa parcelle.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : () 5° En matière de gestion des services d'intérêt collectif : a) Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8, gestion des eaux pluviales urbaines au sens de l'article L. 2226-1 et eau () ". Il résulte de ces dispositions que la métropole d'Aix-Marseille-Provence est compétente de plein droit en matière de gestion des eaux pluviales urbaines au sens de l'article L. 2226-1.

3. D'autre part, le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise déposé le 29 juin 2016, que les travaux d'aménagement du circuit du bus à haut niveau de service dit " très grand bus " ont principalement consisté en une surévélation de la chaussée de 40 à 50 cm et en la création de rampes d'accès à la station. Par ailleurs, les deux avaloirs d'eaux pluviales qui assuraient auparavant l'évacuation des eaux de pluie ruisselant sur son terrain ont été supprimés au cours des travaux de voirie en litige, en raison de la réalisation de rampes descendant de la chaussée vers la station, créant ainsi une " digue interrompant l'écoulement des eaux pluviales en surverse ". L'expert relève que les eaux pluviales s'évacuent à partir des regards de la station de décantation et relevage dont un seul est situé au point bas. Il conclut que cette installation n'est pas conforme au motif que les eaux de pluie se déversent dans le réseau des eaux usées, le débit du regard de la station de décantation se trouvant au point bas ne permet pas une évacuation suffisamment rapide pour obtenir une plateforme d'accès à la station et aux commerces, accessible par tout temps. En outre, aux termes de son procès-verbal dressé le 18 février 2015, l'huissier constate la présence de flaques d'eau stagnante sale, illustrée par des photographies jointes, à l'emplacement de la station de lavage, alors que le dernier épisode pluvieux était antérieur de deux jours à la date de cet acte d'huissier. Dans ces conditions, la réalité du dommage supporté par le requérant, propriétaire du terrain d'assiette des locaux commerciaux est établie. De plus, l'absence d'eau sur la parcelle du requérant au moment des opérations d'expertise est sans influence sur le constat des difficultés d'écoulement sur cette parcelle, qui présentent un lien de causalité direct avec les modifications opérées sur le réseau d'eau pluviale par les travaux de voirie réalisés.

5. Par conséquent, M. A, en sa qualité de tiers à l'ouvrage public d'évacuation des eaux pluviales précité, est fondé à engager la responsabilité sans faute de la métropole d'Aix-Marseille-Provence au titre du dommage accidentel subi du fait des dysfonctionnements du réseau d'eau pluviale au droit de sa parcelle.

En ce qui concerne le préjudice :

6. M. A sollicite le versement d'une indemnité correspondant au montant, tel que chiffré par l'expert, des travaux de réfection du réseau d'eaux pluviales consistant, suivant les conclusions de celui-ci, en la création d'une canalisation sous la voirie routière permettant d'évacuer l'eau pluviale. Or il résulte de ce qui a été dit qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales, la métropole d'Aix-Marseille-Provence est seule compétente en matière d'évacuation des eaux pluviales. Par suite, la réalisation des travaux préconisés par l'expert ne pouvant être effectuée que sous la maîtrise d'ouvrage de cette personne publique, le cas échéant, avec l'autorisation du requérant s'agissant de ceux sur sa parcelle et non par ce dernier lui-même. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à demander la condamnation de la métropole d'Aix-Marseille-Provence à lui verser l'indemnité telle que réclamée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation formées par ce dernier ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les appels en garantie :

8. En premier lieu, en l'absence de condamnation prononcée à l'encontre de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, l'appel en garantie qu'elle forme à l'encontre la société Ingérop conseil et ingénierie doit être rejeté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs, les appels en garantie formés d'une part par les sociétés Ingérop conseil et ingénierie à l'encontre des sociétés Razel-Bec et Gagneraud construction, et d'autre part par la société Razel-Bec à l'encontre de la société Ingérop conseil et ingénierie ou de tout autre succombant, doivent être, par voie de conséquence, rejetés.

Sur la charge définitive des dépens :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

11. Les frais de l'expertise judiciaire ont été taxés et liquidés à la somme de 4 781,55 euros par ordonnance du 20 septembre 2016. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à ce qui a été dit au point 5, et en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive de la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant tendant à leur application et dirigées contre la métropole d'Aix-Marseille-Provence, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la métropole d'Aix-Marseille-Provence, la société Ingérop conseil et ingénierie, la société Razel-Bec et la société Gagneraud construction présentent au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 4 781,55 euros (quatre mille sept cent quatre-vingt un euros et cinquante-cinq centimes) sont mis à la charge définitive de la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la métropole d'Aix-Marseille-Provence, à la société Ingérop conseil et ingénierie, à la société Razel-Bec et à la société Gagneraud construction.

Copie pour information en sera adressée à M. B, expert.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

J. OLLIVAUX

La présidente,

Signé

M. LOPA DUFRÉNOT

Le greffier,

Signé

P. GIRAUD

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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