jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110845 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PELGRIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 décembre 2021 et le 17 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Marseille à lui verser la somme de 309 945,90 euros avec intérêts au taux légal capitalisés en réparation du préjudice financier et moral qu'elle a subi en raison du comportement fautif de la collectivité ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration a commis une faute dans le déroulement de sa carrière susceptible d'engager sa responsabilité ;
- l'administration engage sa responsabilité sans faute ;
- elle a été discriminée dans la gestion de sa carrière dès lors qu'elle aurait dû être nommée au grade de directeur territorial dès le 1er janvier 1996, qu'elle a subi un retard de nomination dans le grade d'attaché territorial hors classe à partir du 1er janvier 2018 et qu'elle n'a jamais bénéficié d'une réduction d'ancienneté en matière d'avancement d'échelon ;
- elle a subi une rupture d'égalité de traitement par rapport à d'autres agents ayant eu une carrière similaire à la sienne lui ayant fait perdre une chance de progresser et d'accéder au grade supérieur ;
- en raison des fautes commises dans la gestion de sa carrière, elle a droit à être indemnisée à hauteur de 289 945,90 euros au titre de son préjudice financier et de 20 000 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, la commune de Marseille, représentée par Me Phelip, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la réduction des sommes réclamées et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les créances antérieures au 31 décembre 2017 sont prescrites ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°87-1099 du 30 décembre 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,
- les observations de Me Pelgrin, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée le 3 janvier 1983 par la commune de Marseille et titularisée dans le grade d'attaché territorial au 1er janvier 1987. Nommée directrice territoriale à compter du 1er janvier 2005, elle a été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er avril 2021. Estimant que la commune de Marseille a commis des fautes dans le déroulement de sa carrière, Mme A a sollicité le maire de la commune par courrier reçu le 20 août 2021 afin d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices financier et moral résultant de ces fautes pour un montant total de 309 945,90 euros. Cette demande ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, Mme A demande au tribunal de condamner la commune de Marseille à lui verser la somme de 309 945,90 euros avec intérêts au taux légal capitalisés en réparation du préjudice subi.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la commune :
2. Il ne résulte pas de l'instruction que la responsabilité sans faute de la commune de Marseille doive être engagée au profit de Mme A, laquelle, au demeurant, n'assortit l'évocation de ce fondement de responsabilité dans ses écritures d'aucune précision.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune :
3. Dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, il est attendu du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Aux termes de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa version applicable au litige : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. Il a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : 1° Soit au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle des agents ; 2° Soit par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, après une sélection par voie d'examen professionnel ; / 3° Soit par sélection opérée exclusivement par voie de concours professionnel. ". L'article 80 de la même loi prévoit que : " Le tableau annuel d'avancement mentionné au 1° et au 2° de l'article 79 est arrêté par l'autorité territoriale dans les conditions fixées par chaque statut particulier. /()/ " et aux termes de l'article 21 du décret du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux dans sa version applicable au litige : " Peuvent être nommés au grade de directeur territorial, après inscription sur un tableau d'avancement, les attachés principaux comptant au moins quatre ans de services effectifs dans leur grade. Sont pris en compte, au titre de ces services, les services accomplis par les attachés principaux détachés dans l'un des emplois mentionnés à l'article 7 du décret n° 87-1101 du 30 décembre 1987 portant dispositions statutaires particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités territoriales et des établissements publics locaux assimilés".
5. Il résulte de ces dispositions que l'avancement de grade au choix ne constitue pas un droit pour un fonctionnaire et qu'il est fonction de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents, qui sont appréciés en prenant en compte principalement les comptes rendus d'entretiens professionnels et les propositions motivées formulées par leurs chefs de service.
6. En premier lieu, Mme A soutient avoir subi une discrimination durant vingt-cinq ans dans la gestion de sa carrière dès lors notamment qu'elle aurait dû être nommée au grade de directeur territorial dès le 1er janvier 1996. S'il n'est pas contesté qu'elle remplissait les conditions statutaires pour pouvoir accéder à ce grade, cette circonstance ne lui conférait aucun droit à être promue à cette date. Par ailleurs, la commune de Marseille fait valoir, sans être contredite, que les notations de Mme A établies par le directeur général étaient inférieures à celles des agents promus au grade de directeur territorial durant les années considérées. Par suite, Mme A, en se bornant à produire les attestations et lettres de soutien de ses anciens supérieurs hiérarchiques qui font état de ses qualités professionnelles et des fiches de notations qui, au demeurant, ne mentionnent pas la note définitive qui lui a été attribuée par le directeur général concerné au titre des années courant de 1996 à 2004, ne démontre pas que la commune aurait commis une faute en ne procédant pas à son avancement de grade avant le 1er janvier 2005 ni qu'elle aurait subi de ce fait une discrimination.
7. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article 16 du décret du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux modifié par le décret n°2016-1798 du 20 décembre 2016 que le grade d'attaché hors classe a été créé à compter du 1er janvier 2017. Si la requérante soutient qu'elle remplissait les conditions statutaires pour être promue à ce grade dès le 1er janvier 2018 et que les appréciations de ses supérieurs hiérarchiques étaient élogieuses, elle ne démontre pas la supériorité de ses mérites professionnels au regard de ceux des agents promus à compter de cette date, alors que la commune fait valoir, sans être contredite sur ce point, que ces agents bénéficiaient d'un nombre de points remplissant les critères de satisfaction pour être promus supérieur au sien en 2017 et en 2018. Par ailleurs, si Mme A soutient avoir occupé des fonctions de responsable administratif et financier à la direction de la police municipale au 1er janvier au 16 juin 2015 qui ne correspondaient pas à son grade de directeur territorial, elle ne l'établit pas par les pièces versées au dossier, alors au demeurant qu'il résulte de l'instruction et qu'elle ne conteste pas avoir refusé d'occuper quatre emplois de direction correspondant au grade de directeur territorial en 2014. Enfin, elle n'établit pas davantage que le poste de responsable du service du courrier central à la direction de la logistique sur lequel elle a été affectée le 1er décembre 2016 était précédemment occupé par un attaché territorial en début de carrière et qu'il ne correspondait pas à son grade, ni qu'elle aurait été placée dans une position " inique " en occupant le poste de directeur général des services par intérim de la mairie du 2ème secteur à compter du 7 janvier 2019 alors qu'il ressort notamment des termes de l'arrêté du maire de Marseille du 26 mars 2019 que Mme A a été détachée, à sa demande, sur l'emploi fonctionnel de directrice générale des services des mairies des 2ème et 3ème arrondissements du 1er avril 2019 au 31 mars 2020. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la décision de mettre fin à ses fonctions sur cet emploi fonctionnel ait été prise pour des motifs discriminants à son égard, ni davantage qu'elle aurait subi une rupture d'égalité de traitement par rapport à d'autres agents.
8. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune de Marseille aurait commis des fautes dans le déroulement de sa carrière ayant entraîné pour elle une perte de chance d'être promue au grade supérieur et de bénéficier d'un avancement d'échelon plus favorable. La requérante n'est, par conséquent, pas fondée à demander à être indemnisée des préjudices financier et moral qu'elle invoque à raison de ces fautes de l'administration.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription des créances de Mme A invoquée en défense, que ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme de 800 euros à verser à la commune de Marseille au titre des frais exposés par cette dernière sur le fondement des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera une somme de 800 euros à la commune de Marseille en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Marseille.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fabre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Fabre
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2110845
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026