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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110950

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110950

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110950
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantFOUDIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2021, M. A B représenté par Me Foudil, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros hors taxes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la remise en cause implicite de la comptabilité de la société Groupe B et la qualification implicite d'un acte anormal de gestion n'ayant pas été réalisées régulièrement dans le cadre d'une vérification de comptabilité, la société a été privée des garanties inhérentes à cette procédure et notamment de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- les loyers, qui n'ont pas été réglés en 2018, n'avaient pas à être déclarés comme revenu ;

- les crédits et débits inscrits en comptabilité sont conformes aux prescriptions du plan général et comptable, au principe de permanence des méthodes comptables et donnent une image fidèle de la réalité ;

- l'administration opère un amalgame entre les mouvements liés à son statut de fournisseur et ceux qui sont liés à son statut d'associé alors que cette distinction est clairement établie dans les écritures comptables de la société Groupe B ;

- il est fondé à se prévaloir de l'instruction BOI-BIC-BASE-40-10 n° 110, publiée le 13 mai 2013, qui prévoit qu'une opération comptable doit être regardée comme une décision de gestion lorsque, en présence de plusieurs solutions, le contribuable a opté pour l'une d'elles ;

- il fondé à se prévaloir de l'instruction BOI-BIC-BASE-40-10 n° 130, publiée le 13 mai 2013, qui rappelle que les décisions de gestion régulières qui traduisent l'exercice, par le contribuable, d'une faculté de choix entre plusieurs possibilités offertes par la loi fiscale sont définitives dans leur principe et opposables tant à l'administration qu'au contribuable ;

- face aux difficultés financières rencontrées, la société a choisi de suspendre le paiement des loyers qui devaient lui être versés en tant que fournisseur, ce qui est retracé dans les écritures comptables de la société, et de privilégier le remboursement des avances importantes en trésorerie qu'il a réalisées en tant qu'associé ;

- les écritures comptables ne reflètent pas un abandon de loyers mais un renoncement temporaire à la perception du loyer pour ne pas accroître les difficultés de trésorerie rencontrées par la société ;

- les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé ont le caractère de revenus et ne sont imposables que dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et non pas dans la catégorie des revenus fonciers ;

- le service n'évoque pas le sort qui sera réservé aux loyers impayés, lorsque la société les réglera à son fournisseur ;

- le service ayant appliqué la garantie fiscale aux crédits inscrits en compte courant d'associé, qualifiés d'apports en compte courant, les sommes inscrites au débit de ce compte sont par nature des remboursements d'apports ;

- en taxant les sommes inscrites au débit du compte courant d'associé, le service a méconnu la garantie fiscale qu'il avait lui-même accordée et avec elle, le principe de sécurité juridique ;

- le service, sur qui repose la charge de la preuve, n'a pas démontré que les sommes litigieuses correspondraient au paiement des loyers, et non pas, comme le retracent les écritures comptables de la société, au remboursement des apports qu'il a effectués, qui ne sont pas taxables ;

- c'est à tort que l'administration lui a infligé des pénalités, ne démontrant ni l'élément matériel, ni l'élément intentionnel.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est à la fois actionnaire de la société SA Groupe B et propriétaire du château de Valdonne, situé à Peypin, qui constitue le siège de cette société. M. B a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, à la suite duquel une proposition de rectification lui a été notifiée selon la procédure contradictoire. L'administration a constaté qu'au cours de l'année 2018, il avait reçu de la société Groupe B, sur son compte bancaire personnel, onze virements pour un montant total de 110 000 euros, non déclarés. Le service considérant qu'il s'agissait des loyers du château de Valdonne, a imposé cette somme dans la catégorie des revenus fonciers. M. B demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018, et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes des dispositions du I de l'article 13 du livre des procédures fiscales applicables aux vérifications de comptabilité : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ".

3. Il résulte de l'instruction que, d'une part, l'administration s'est bornée à confronter les montants relevés sur le compte n° 0337933D001 détenu par le requérant auprès de la banque Palatine, aux extraits de compte de la société Groupe B communiqués au service par cette dernière et par M. B. D'autre part, le service n'a effectué aucun contrôle sur place, dans les locaux de la société Groupe B, de la comptabilité de cette dernière. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'administration ayant implicitement remis en cause la comptabilité de la société Groupe B et ayant implicitement qualifié les virements sur le compte du requérant d'acte anormal de gestion, aurait dû le faire dans le cadre d'une vérification de comptabilité. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la société a été privée des garanties inhérentes à cette procédure et notamment de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires doit donc être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

4. Il résulte de l'instruction que la société Groupe B occupe le château de Valdonne pour un loyer de 10 000 euros par mois. Au cours des exercices 2016 et 2017, la location de ce bien a été enregistrée dans la comptabilité de la société par un débit au compte 613 intitulé " loyer Peypin " avec pour contrepartie le crédit du compte 5127 " banque ". En 2018, les loyers ont été enregistrés comme crédit au compte 468 " charges à payer ", assorti d'un débit de même montant intitulé " loyer Peypin " au compte 613. Cette même année, a également été inscrit en comptabilité, un débit de 110 000 euros du compte 455, correspondant au compte courant d'associé du requérant, et un crédit de même montant au compte 512, " banque ".

5. Aux termes de l'article 14 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 15, sont compris dans la catégorie des revenus fonciers, lorsqu'ils ne sont pas inclus dans les bénéfices d'une entreprise industrielle, commerciale ou artisanale, d'une exploitation agricole ou d'une profession non commerciale : /1° Les revenus des propriétés bâties, telles que maisons et usines () ".

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les charges qu'il a supportées ayant excédé les revenus perçus à raison de la location du château de Valdonne, M. B a déclaré en 2016 et 2017 un déficit foncier. En 2018, M. B n'a pas déclaré la somme de 110 000 euros versée en onze virements bancaires de 10 000 euros sur son compte bancaire personnel détenu auprès de la Banque Palatine. S'il soutient qu'il n'avait pas à les déclarer dès lors que ces virements correspondent au remboursement de son compte courant d'associé, d'une part le requérant a perçu chaque mois le montant exact du loyer mensuel qui lui est dû à raison de la location du château de Valdonne. D'autre part, les paiements constatés dans la comptabilité de la société Groupe B, au débit du compte 455, portent explicitement le libellé " PREL LOCATIONS Pépin ".

7. En réponse à ces constats de l'administration, le requérant se borne à opposer les écritures comptables décrites au point 4 tout en soutenant que les crédits et débits inscrits dans la comptabilité de la société Groupe B sont conformes aux prescriptions du plan général et comptable, au principe de permanence des méthodes comptables et donnent une image fidèle de la réalité. Toutefois, les écritures comptables décrites au point 4 sont erronées dès lors que, d'une part, la dette locative de M. B est inscrite dans un compte de tiers alors que les échanges entre une société et ses associées doivent être transcrits dans leur compte courant d'associé, et que, d'autre part, les écritures de la société Groupe B ne traduisent pas la libéralité que le requérant a accordé à la société en acceptant de différer le versement du loyer. En l'absence de tout autre élément produit à l'appui de ses allégations, M. B n'est pas fondé à soutenir que les onze virements de 10 000 euros qu'il a perçus correspondent au remboursement de ses apports en compte courant d'associé et non pas, comme pour les exercices précédents, au paiement du loyer du château de Valdonne.

8. Au surplus et en tout état de cause, le propriétaire d'un bien mis en location qui n'a effectué aucune diligence pour obtenir le paiement du loyer, doit être regardé comme ayant renoncé à percevoir ce loyer l'année au cours de laquelle il lui était dû. Ce loyer auquel le propriétaire a renoncé doit être pris en compte dans le calcul de ses revenus annuels et imposé dans la catégorie des revenus fonciers au titre de l'année au cours de laquelle il aurait dû être versé. Par suite, à supposer même que la somme de 110 000 euros versée par la société Groupe B sur le compte bancaire personnel du requérant corresponde au remboursement de son compte courant d'associé, le montant du loyer que M. B a renoncé à percevoir au cours de l'année 2018 aurait dû être imposé dans la catégorie des revenus fonciers au titre de cette même année.

9. En second lieu, ainsi qu'il l'a été dit aux points 6 et 7, M. B a en réalité perçu au cours de l'année 2018, les loyers qui lui étaient dus à raison de la location du château de Valdonne. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'inscription, au demeurant artificielle dès lors que les écritures comptables précédemment évoquées sont erronées, d'un mouvement sur son compte courant d'associé pour soutenir que le revenu qu'il a perçu aurait dû être imposé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers plutôt que dans la catégorie des revenus fonciers.

Sur l'interprétation de la loi fiscale :

10. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification ".

11. En premier lieu, dans le cadre du contrôle fiscal dont le requérant a fait l'objet, l'administration a constaté le caractère effectif des crédits des comptes courants de M. B au titre des années 2016 à 2018. Mais, si ce dernier a bénéficié de la garantie fiscale prévue au second alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales quant à l'existence de ces apports en compte courant d'associé, y compris s'agissant des crédits inscrits à son compte courant d'associé détenu auprès de la société Groupe B, il ne résulte pas de l'instruction que cette garantie recouvre les débits de ce compte, et donc la somme de 110 000 euros. Par suite, le moyen tiré de ce que le service n'a pas respecté la garantie fiscale qu'il avait accordé et ce faisant, a méconnu les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, manque en fait et doit être écarté. Doit être écarté pour les mêmes raisons, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de sécurité juridique.

12. En deuxième lieu, les paragraphes n° 110 et n° 130 de l'instruction publiée le 13 mai 2013 sous la référence BOI-BIC-BASE-40-10, ne donnent pas une interprétation différente de la loi fiscale. Par suite, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de ces paragraphes de la documentation administrative.

Sur les pénalités :

13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. B, dirigeant de la société Groupe B dont les écritures comptables ne reflètent pas la réalité, a perçu 110 000 euros sur son compte bancaire personnel au titre de la location du château de Valdonne dont il est propriétaire, et qu'il n'a pas déclaré ce revenu foncier. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration lui a infligé une pénalité sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

La présidente,

signé

P. RousselleLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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