jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2111257 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MARS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 décembre 2021 et le 27 mars 2024 et un mémoire récapitulatif enregistré le 7 mai 2024, la société BNP Paribas Lease Group, représentée par Me Valensi, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la commune d'Istres et la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme de 61 943,68 euros en réparation de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Istres et de la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité contractuelle de la commune d'Istres est engagée du fait de l'absence d'exécution du contrat de location conclu avec elle le 30 septembre 2015 ;
- la commune n'a réglé aucun loyer prévu au contrat ;
- le contrat litigieux n'est pas nul ;
- elle n'a commis aucune faute de nature exonératoire ;
- à titre subsidiaire, si le contrat était déclaré nul, elle est fondée à rechercher la responsabilité de la commune sur le terrain de l'enrichissement sans cause et de la responsabilité quasi-délictuelle ;
- la commune a commis une faute en concluant un marché public le 12 août 2015 portant sur le même objet, de nature à engager sa responsabilité quasi-délictuelle ;
- à supposer que le transfert de compétence de la gestion des zones portuaires emporte transfert du contrat, la responsabilité de la métropole est solidairement engagée ;
- son préjudice total s'élève à la somme de 71 333,40 euros décomposé comme suit :
. 32 032,86 euros au titre des loyers impayés ;
. 39 300,54 euros au titre de l'indemnité de résiliation, composée de 35 854,50 euros au titre des loyers à échoir jusqu'au 30 août 2019 et 3 446,04 euros au titre des pénalités.
- ce préjudice doit être ramené à la somme de 61 943,68 euros après déduction du prix de vente du tracteur ;
- l'indemnité de résiliation n'est pas manifestement disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 février 2022 et le 21 mars 2024, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 2 mai 2024, la commune d'Istres conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la BNP Paribas Lease Group une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le contrat litigieux est entaché de nullité dès lors qu'il est dépourvu de cause car il présente un objet identique au marché public conclu le 12 août 2015 pour la location longue durée d'un tracteur ;
- sa responsabilité contractuelle ne peut être engagée ;
- le marché public a été exécuté par la métropole Aix-Marseille-Provence, la prestation de location a été réglée ;
- elle a transféré à la métropole Aix-Marseille-Provence l'intégralité des sommes correspondant aux prestations dont elle a bénéficié en application du contrat litigieux jusqu'à la date du transfert de compétences à la métropole de sorte qu'il n'y a pas d'enrichissement sans cause ;
- en tout état de cause, la BNP Paribas a été négligente, ce qui est de nature à l'exonérer de la faute commise ;
- l'action de la BNP Paribas est mal dirigée puisque c'est la société G2A Manutention qui a bénéficié du versement de 57 000 euros ;
- le préjudice de la BNP Paribas n'est pas justifié.
- le transfert de la compétence de la zone d'activité portuaire au 1er janvier 2018 a emporté transfert du contrat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, et un mémoire récapitulatif enregistré le 3 mai 2024, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Cuzzi, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que la commune d'Istres et la société G2A Manutention la garantissent des condamnations prononcées contre elle ;
3°) à ce que soit mise à la charge de la société BNP Paribas Lease Group une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable à son encontre faute de demande indemnitaire préalable ;
- le marché public lui a été transféré et elle l'a exécuté en rémunérant G2A Manutention à hauteur de 1 400 euros par mois ;
- elle doit être mise hors de cause ;
- la société G2A Manutention s'est enrichie en percevant 57 000 euros de la vente du tracteur et 62 000 euros au titre des loyers perçus en exécution du marché ;
- le contrat en litige ne lui a pas été transféré dès lors qu'il a été résilié avant transfert de la compétence au 1er janvier 2018 ;
- en tout état de cause il n'a pas pu lui être transféré dès lors qu'il est nul ;
- la société BNP Paribas Lesae Group ne pouvait ignorer l'illégalité du contrat litigieux, elle n'est donc pas fondée à demander l'indemnisation de son préjudice sur le fondement quai-délictuel ;
- la demande formée sur le fondement quasi-contractuel doit également être rejetée dès lors que la société BNP Paribas Lease Group ne justifie d'aucune dépense utile à la collectivité ;
- les clauses d'indemnisation du contrat sont illégales dès lors qu'elles méconnaissent la règle du service fait ce qui revient à consentir une libéralité ;
- le préjudice allégué n'est pas justifié en l'absence de contrat d'acquisition du tracteur et du contrat de financement afférent ;
- le quantum demandé n'est pas justifié ;
- elle doit être garantie par la commune d'Istres et la société G2A Manutention des condamnations prononcées contre elle.
Un mémoire, enregistré le 20 mai 2024 pour la commune d'Istres, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Simeray ;
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique ;
- les observations de Me Cuzzi pour la métropole Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 août 2015, la commune d'Istres a conclu avec la société G2A Manutention un marché public de location de longue durée d'un tracteur neuf avec les prestations de maintenance, lequel a été réceptionné le 30 septembre 2015. La commune d'Istres a également conclu, par un contrat signé les 25 et 30 août 2015, un contrat de location pour ce même tracteur avec la société BNP Paribas Lease Group. La commune n'a toutefois pas versé les loyers correspondants. En conséquence, la société BNP Paribas Lease Group a résilié le contrat de location le 17 octobre 2017. Par un courrier du 1er septembre 2021, la société BNP Paribas Lease Group a sollicité de la commune d'Istres la réparation de son préjudice correspondant au montant des loyers non payés majorés de l'indemnité de résiliation, auquel n'a pas répondu la commune. La société BNP Paribas Lease Group demande au tribunal de condamner solidairement la commune d'Istres et la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme de 61 943,68 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la métropole Aix-Marseille-Provence :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. La société BNP Paribas Lease Group sollicite la condamnation solidaire de la commune d'Istres et de la métropole Aix-Marseille-Provence à réparer son préjudice. Si cette société justifie avoir adressé une demande indemnitaire préalable à la commune d'Istres réceptionnée le 2 septembre 2021, elle ne justifie toutefois pas avoir saisi la métropole Aix-Marseille-Provence d'une demande préalable en ce sens. Dans ces conditions, en l'absence de liaison du contentieux, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée par la métropole Aix-Marseille-Provence tirée de ce que les conclusions indemnitaires de la requête dirigées à son encontre sont irrecevables.
Sur la validité du contrat :
4. D'une part, lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui tenant au caractère illicite du contrat ou à un vice d'une particulière gravité, relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.
5. D'autre part, une convention peut être déclarée nulle lorsqu'elle est dépourvue de cause ou qu'elle est fondée sur une cause qui, en raison de l'objet de cette convention ou du but poursuivi par les parties, présente un caractère illicite.
6. Ainsi qu'il a été dit, le marché public de fournitures et de services conclu le 12 août 2015 entre la commune d'Istres et la société G2A manutention porte sur la location de longue durée d'un tracteur neuf avec les prestations de maintenance pour les besoins du port des Heures Claires, pour une durée de 48 mois. Aux termes du bordereau des prix unitaires annexé à l'acte d'engagement, le prix du loyer mensuel est de 1 160,75 euros. Le contrat conclu le 30 août 2015 avec la société BNP Paribas Lease group porte également sur la location de longue durée d'un tracteur neuf avec les prestations de maintenance pour les besoins du port des Heures Claires de la ville d'Istres et prévoit le versement à société BNP Paribas Lease group, sur une période de 48 mois, de mensualités de 1 160,75 euros par la commune. Ainsi, la commune s'était engagée, par le contrat litigieux, à verser des loyers sans contrepartie réelle pour elle dès lors que ses besoins étaient déjà satisfaits par le marché conclu le 12 août 2015 avec G2A Manutention. Dans ces conditions, la commune d'Istres est fondée à soutenir que ce second contrat, qui porte sur du matériel déjà loué aux mêmes conditions par un contrat précédent conclu avec la société G2A Manutention, est dépourvu de cause et donc entaché de nullité et doit, pour ce motif, être écarté.
Sur les responsabilités quasi-contractuelle et quasi-délictuelle :
7. Le cocontractant de l'administration dont le contrat est entaché de nullité est fondé à réclamer, en tout état de cause, le remboursement de celles de ses dépenses qui ont été utiles à la collectivité envers laquelle il s'était engagé. Dans le cas où la nullité du contrat résulte d'une faute de l'administration, il peut en outre prétendre à la réparation du dommage imputable à cette faute et le cas échéant, demander à ce titre le paiement du bénéfice dont il a été privé par la nullité du contrat si toutefois le remboursement à l'entreprise de ses dépenses utiles ne lui assure pas une rémunération supérieure à celle que l'exécution du contrat lui aurait procurée.
8. La commune d'Istres, qui a pris la décision de conclure un contrat avec la société BNP Paribas Lease group à la demande de la société G2A Manutention alors que ses besoins étaient déjà satisfaits par un précédent marché portant sur le même objet, rendant un tel contrat inexécutable, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de la société BNP Paribas Lease Group.
9. Toutefois, la société BNP Paribas Lease group, organisme spécialisé dans les solutions de financement, qui ne pouvait ignorer l'existence d'un marché conclu entre la commune d'Istres et la société G2A Maintenance dès lors que cette société était le fournisseur du tracteur objet des contrats, a également commis une grave faute en concluant un contrat dont, compte tenu de son expérience et des circonstances ainsi invoquées, elle ne pouvait ignorer l'illégalité. Cette faute constitue la seule cause directe du préjudice subi par la société BNP Paribas Lease group à raison de la perte du bénéfice attendu du contrat. Cette société n'est donc pas fondée à demander l'indemnisation d'un tel préjudice.
10. Il résulte de l'instruction que le bénéfice de l'utilisation du tracteur agricole résulte de l'exécution du marché de location conclu avec la société G2A Manutention le 12 août 2015 et non du contrat litigieux. Par suite, la société BNP Paribas Lease group ne justifie pas, en réclamant le paiement des loyers impayés entre le 30 septembre 2015 et le 10 octobre 2017, date de résiliation du contrat litigieux, avoir exposé des dépenses utiles au profit de la collectivité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la BNP Paribas Lease Group doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
12. La commune d'Istres et la métropole Aix-Marseille-Provence n'étant pas les parties perdantes dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à leur charge la somme demandée par la société BNP Paribas Lease Group au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société BNP Paribas Lease group une somme de 1 250 euros à verser à la commune d'Istres et à la métropole Aix-Marseille-Provence chacune au titre des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société BNP Paribas Lease Group est rejetée.
Article 2 : La société BNP Paribas Lease Group versera une somme de 1 250 euros à la commune d'Istres et une somme de 1 250 euros à la métropole Aix-Marseille-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société BNP Paribas Lease Group, à la commune d'Istres et à la métropole Aix-Marseille-Provence.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. SimerayLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026