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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200903

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200903

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2022, un mémoire enregistré le 9 octobre 2022, et un mémoire enregistré le 15 novembre 2023 et non communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, Mme B A, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Pélissanne l'a licenciée pour " refus de poste " à compter du 1er décembre 2021 et l'a radiée des cadres de la fonction publique territoriale à compter de cette même date ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pélissanne de procéder au réexamen de sa situation administrative à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pélissanne la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle a toujours transmis ses arrêts de travail à la commune moins de 48 heures après leur établissement ; aucun procès-verbal de la commission administrative paritaire saisie pour donner un avis sur son licenciement n'a été établi et cette circonstance s'oppose à ce que soit vérifié le respect des règles de fonctionnement de cette commission ; la commune n'a pas respecté la procédure de licenciement pour abandon de poste ;

- elle-même n'a pas refusé successivement trois postes pour sa réintégration ; sa pathologie relève de la maladie professionnelle ; la commune n'a pas procédé à un aménagement de son poste de travail ; elle était en droit de faire valoir son droit de retrait dès lors que sa réintégration constituait un danger grave et imminent ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- la commune a mené à son encontre une enquête sociale à l'origine de la dégradation de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, la commune de Pélissanne, représentée par Me Font, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de la procédure de licenciement pour abandon de poste et de celle de l'article 72 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 sont inopérants ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction est intervenue à la même date en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Par lettre du 8 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que l'article 17 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 n'était pas applicable à la situation de Mme A qui, placée en disponibilité, relevait de l'article 72 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984.

Les observations présentées pour Mme A ont été enregistrées et communiquées le 9 novembre 2023 et celles présentées pour la commune de Pélissanne l'ont été le 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Balussou,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Pelgrin, représentant Mme A, et de Me Font, représentant la commune de Pélissanne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe technique territoriale au sein des services de la commune de Pélissanne, a été placée en congé de maladie à compter du 3 décembre 2018. Lors de la séance du 6 novembre 2019, le comité médical a conclu qu'elle était apte à exercer ses fonctions à compter du 3 décembre 2019. A la suite du recours formé par la requérante à l'encontre de cet avis, le comité médical départemental a confirmé, par un avis du 18 novembre 2020, qu'elle était apte à la reprise de ses fonctions à mi-temps thérapeutique. Le 2 novembre 2020, Mme A a demandé à bénéficier d'un congé de longue maladie. Le comité médical a rejeté cette demande le 24 février 2021 et a confirmé qu'elle était apte à la reprise de ses fonctions dans les mêmes conditions que celles indiquées précédemment. La commune l'a placée en position de disponibilité à compter du 3 décembre 2019 jusqu'à sa réintégration à mi-temps thérapeutique par un arrêté du 19 mars 2021. Lors de la visite médicale de reprise le 22 mars 2021, le médecin de prévention a émis certaines réserves à l'exercice professionnel de la requérante mais ne s'est pas opposé à la reprise du travail. Par une lettre du 2 septembre 2021, la commune a convoqué Mme A à une visite médicale pour une reprise des fonctions le 6 septembre 2021 et lui a demandé de se présenter sur le lieu de sa nouvelle affectation le 8 septembre suivant. Mme A ne s'est pas présentée et a adressé un nouvel arrêt de travail à la collectivité. Par une lettre du 5 octobre 2021, cette dernière l'a informée de la mise en œuvre de la procédure permettant de licencier un agent dans le cas où il refuse sans motif valable lié à son état de santé le poste qui lui est assigné après avis de la commission administrative paritaire. Elle l'a également informée de la saisine de cette commission, qui a émis un avis favorable au licenciement le 25 octobre 2021. Par un arrêté du 29 novembre 2021, le maire a licencié Mme A à compter du 1er décembre 2021 et l'a radiée des cadres de la fonction publique territoriale. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 29 novembre 2021 et d'enjoindre à la commune de Pélissanne de procéder au réexamen de sa situation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du cinquième alinéa de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. Le fonctionnaire mis en disponibilité qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés dans le ressort territorial de son cadre d'emploi, emploi ou corps en vue de la réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire qui, à l'expiration de son congé de maladie, refuse sans motif valable lié à son état de santé le poste qui lui est assigné peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire ".

3. Si l'arrêté attaqué vise l'article 17 du décret du 30 juillet 1987, il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle Mme A a refusé de se présenter sur le poste désigné par son employeur, elle était en situation de disponibilité d'office et non pas à l'expiration d'un congé de maladie. Par suite, la commune de Pélissanne a commis une erreur de droit en fondant cet arrêté sur l'article 17 du décret du 30 juillet 1987. Par ailleurs, il ressort des dispositions précitées de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 que c'est seulement dans l'hypothèse où l'intéressée aurait successivement refusé trois postes qui lui auraient été offerts en vue de sa réintégration que son licenciement aurait pu être prononcé. Mme A s'étant vu directement réintégrée sur un poste, la commune de Pélissanne n'était pas autorisée à la licencier. Par suite, l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 et doit être annulé pour ce motif, qui a été relevé d'office, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif de l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2021 tel qu'exposé au point précédent, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Pélissanne de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Pélissanne une somme à verser à Mme A au titre des mêmes frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la collectivité demande au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Pélissanne a licencié Mme A et l'a radiée des cadres de la fonction publique territoriale est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Pélissanne de réexaminer la situation administrative de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Pélissanne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Pélissanne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E.-M. Balussou

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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